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Coronavirus : un homme atteint de Rouyn-Noranda lance un appel à la vigilance

Une personne avec des gants dépose un liquide dans une éprouvette.

Un homme ayant testé positif à la COVID-19 a vu sa femme transférée d'urgence dans un hôpital de Québec. (archives)

Photo : Associated Press / John Minchillo

Émilie Parent Bouchard

Un homme de Rouyn-Noranda lance un cri du coeur : l'Abitibi-Témiscamingue n'est pas à l'abri de la pandémie de coronavirus. Sa femme a été transportée à Québec en urgence après avoir reçu un résultat positif et séjourné en chambre à pression négative puis aux soins intensifs du centre hospitalier de Rouyn-Noranda. Comble de malheur, la famille élargie de l'homme s'est réunie pour des funérailles le 13 mars dernier, en Abitibi, et au moins huit personnes qui ont assisté à cet événement ont des symptômes.

Le 15 mars, deux jours après les funérailles auxquelles a assisté au moins une personne en provenance de l'Europe, le couple commence à avoir des symptômes. À cette date, seuls les rassemblements de plus de 250 personnes sont interdits par le décret sanitaire en vigueur depuis deux jours au Québec.

Ma femme a commencé à faire de la fièvre. Elle toussait et elle toussait. Elle n'a pas de problèmes de poumons. Moi quand je tousse, c'est quasiment normal, je suis un asthmatique chronique. C'est ça qui est épeurant dans mon cas, confie l’homme dans la mi-soixantaine, dont nous taisons l’identité faute de pouvoir obtenir le consentement avisé de sa femme.

Ping-pong téléphonique

C'est seulement le 19 mars que le 811 réfère le couple pour dépistage. La fille du 811, quand elle a vu qu'on était en Abitibi, elle a dit : ‘’à Rouyn-Noranda il n'y a pas de centre de dépistage. Il faut vous présenter à l'urgence’’, fait valoir l’homme, qui juge cette consigne « illogique » puisqu’il n’a aucune preuve écrite attestant que c’est la procédure qu’il doit suivre.

Dimanche dernier, le 22 mars, une semaine après l’apparition des premiers symptômes, le couple se présente donc à l'urgence, avant d'être renvoyé à la maison.

Ils nous ont retournés chez nous en disant qu'ils allaient nous rappeler. C'est comme si j'avais la peste.

Un homme de Rouyn-Noranda testé positif

Des complications sérieuses

C'est seulement le lendemain qu'on leur donne rendez-vous pour un dépistage. La femme, qui n'avait pas de problème de santé connu, dit-il, ne quittera cependant jamais l'hôpital. Elle est transportée par avion à Québec en soirée mercredi, après une hospitalisation de trois jours.

Ils l’ont intubée et ils l’ont shippée à Québec. Elle est vraiment au top de la maladie, on a peur de la perdre. Je ne sais même pas si je vais la revoir, confie son mari, la voix nouée par l’émotion. C'est moi qui devrais être sur le dos à sa place. On ne sait pas pourquoi c'est elle.

Appel au respect des consignes sanitaires

Cet homme, qui a aussi reçu un résultat positif jeudi après-midi, a accepté de nous parler pour « sauver des vies ».

C'est nous autres qui l'avons... Ceux qui pensent qu'il n'y a pas de danger, là... Ce qui me fait peur, c'est l'inconscience. C'est comme s'il ne se passait rien. Juste dans ma famille, on est rendus au-dessus de huit qui ont des symptômes, met-il en garde, précisant qu’au moins une cinquantaine de personnes assistaient aux mêmes funérailles que lui.

Sa femme est dans un état jugé stable, a-t-il confié en fin d’après-midi jeudi. Lui reste à la maison et est suivi à distance par des professionnels de la santé. Il espère pouvoir fêter les 61 ans de sa femme, au mois de juin.

Le CISSS-AT refuse de dévoiler les foyers d’éclosion

Toujours en lien avec cette histoire, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue refuse de confirmer qu'un patient positif a été transporté d'urgence vers Québec dans la soirée de mercredi. Il n’infirme toutefois pas cette information et confirme qu’au moins une personne a dû être hospitalisée dans la région.

La médecin-conseil de la Direction de la santé publique, Dre Omobola Sobanjo, évoque des raisons de confidentialité. Cette mesure vise à éviter la stigmatisation, dit-elle.

Elle ajoute qu'éventuellement, le nom de la MRC sera divulgué lorsque jugé nécessaire.

Si les enquêtes [épidémiologiques] sont terminées, si j’ai plus d’informations, si je suis capable de vous donner des informations importantes et pertinentes pour la population, je vais vous le dire. Je ne gagne rien à vous cacher des choses. Lorsqu’il y aura un gain [en termes de santé publique] à divulguer une information, on va la divulguer, assure-t-elle, précisant que ces informations pourraient par exemple concerner des lieux précis à éviter.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Uniformisation de la prise de rendez-vous dans la province

Quant à la confusion pour l'obtention d'un rendez-vous de dépistage, la Directrice des services professionnels et de l'enseignement universitaire indique que le système a maintenant été uniformisé à l'échelle de la province.

Dre Annie Léger insiste sur la nécessité de téléphoner à la ligne 1-877-644-4545 et de remplir le formulaire clinique avec la personne au bout du fil.

La façon de procéder pour obtenir une autorisation est obligatoirement d’appeler au 1-877. Il n’y a pas d’autre manière. Encore hier, j’ai dit aux médecins ‘’si vous me faites une prescription pour un dépistage, nous allons la refuser’’. [Le patient] doit être trié via le 1-877 et mis sur la plateforme, c’est une question de données épidémiologiques et de santé publique. Il n’y aura pas d’exception.

Malgré les informations transmises au couple par le 811 à l'effet qu'il devait se présenter à l'urgence pour un test de dépistage, la Dre Léger assure que toutes les cliniques de dépistage ont été sorties des salles d'urgence de la région.

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Abitibi–Témiscamingue

Santé publique