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La pandémie accroît les risques de maltraitance des enfants, dit Régine Laurent

Le réseau des services sociaux du Québec est presque à saturation, dit l'Ordre des travailleurs sociaux.

Régine Laurent en gros plan devant une porte.

La présidente de la Commission spéciale sur les droits de l'enfant et la protection de la jeunesse, Régine Laurent

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« La crise de la COVID-19 menace la sécurité des enfants, surtout les plus vulnérables », a affirmé la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, jeudi. Mme Laurent réclame du ministre Lionel Carmant qu’il mette en place rapidement des moyens pour soutenir les familles et minimiser les impacts.

La présidente de la commission dit ne pas remettre en question les mesures mises en place par le gouvernement de François Legault pour contenir la propagation de la maladie.

Mais ces mesures, telles que le confinement obligatoire prolongé, entraînent des effets collatéraux qui bouleversent le milieu de vie des enfants et des jeunes, dit Régine Laurent.

En entrevue téléphonique, Mme Laurent dit qu'intuitivement, les commissaires savaient que la crise actuelle aurait pour effet d'accroître la vulnérabilité de certaines familles. Leurs craintes ont été confirmées.

On a été alertés par des chercheurs qui nous ont dit que les risques de maltraitance allaient s'accroître pour les enfants, dit Mme Laurent. Des intervenants nous ont rapporté être sur un pied d'alerte pour des enfants qui vivaient déjà des difficultés avant la pandémie.

Régine Laurent dit avoir parlé plus tôt cette semaine au ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. Ce dernier lui a affirmé qu'en protection de la jeunesse, les effectifs sur le terrain avaient été accrus dans certaines régions.

La vie quotidienne des familles est bouleversée par la pandémie qui a fait à ce jour huit décès au Québec. On recensait, jeudi, 1629 cas de coronavirus dans la province.

Des enfants à risque

Le fait que bon nombre d'enfants ne fréquentent pas les services de garde ni les écoles est préoccupant. Car une bonne proportion des signalements qui sont faits à la DPJ proviennent des enseignants et du personnel des services de garde.

Il y a des tout-petits qui sont confinés à la maison, décrit Régine Laurent. Certains parents subissent des pertes d'emploi, des pertes de revenu et vivent un niveau de stress inégalé.

Cette situation très anxiogène pour des familles déjà fragiles constitue un risque qu'il faut prendre au sérieux. Il ne faut pas négliger cela.

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

Régine Laurent ne précise pas quels pourraient être les moyens que devrait mettre en place le ministre.

En fin de journée, jeudi, Lionel Carmant a fait savoir qu'il cherchait des solutions qui permettraient de recréer le filet social habituel que représentent les écoles et services de garde.

Nous sommes créatifs dans les circonstances, a-t-il affirmé dans un message courriel.

Une vigilance collective

Tant Régine Laurent que Lionel Carmant appellent les citoyens à être vigilants, collectivement, quant au sort des enfants qui les entourent. Si on les voit traîner dans les rues, on peut demander : ''Qu'est-ce que tu fais, tout seul, à six ans?'', dit Mme Laurent.

J'en profite pour demander à la population de signaler les problèmes de maltraitance ou d'abus.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux services sociaux

Jeudi, le premier ministre Legault a lancé un appel : Tous les Québécois qui veulent faire du bénévolat, qui peuvent faire du bénévolat, s'il vous plaît [...] c'est important.

Cet appel s'inscrit dans cette nécessité de faire preuve d'une vigilance collective, dit Mme Laurent. Il faut trouver des façons de soutenir les intervenants en protection de la jeunesse. Les enfants et les jeunes doivent comprendre que, malgré le stress, malgré la crise, on ne les oublie pas.

Le réseau est presque à saturation

Guylaine Ouimette, présidente de l'Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, affirme de son côté que les travailleurs sociaux continuent à oeuvrer sur le terrain malgré cette crise qui les touche aussi personnellement.

Mais Mme Ouimette dit constater que le réseau des services sociaux est presque à saturation. Dans ce contexte, elle demande la contribution de tout le monde.

Il est temps plus que jamais que chacun et chacune de nous joue un rôle de sentinelle bienveillante afin d'assurer la protection des personnes les plus vulnérables, dont les enfants, a-t-elle indiqué en entrevue à Radio-Canada.ca.

Il faut avancer

La crise engendrée par la propagation de la COVID-19 a entraîné l'annulation des audiences que prévoyait tenir la commission dans les semaines à venir.

Mais les commissaires sont à pied d'oeuvre.

On est tous au travail à 9 h le matin, assidûment, en visioconférence, dit Régine Laurent. On a énormément d'analyses à faire. Un jour, la pandémie se sera résorbée... Il faut avancer.

Un vaste examen du système

La commission a été mandatée par le gouvernement Legault pour examiner, en matière de protection de la jeunesse, l’organisation et le financement des services, le rôle et les responsabilités des réseaux publics et de leurs partenaires (y compris les organismes communautaires) et l'organisation et le mode de fonctionnement des tribunaux.

Elle a été créée à la suite du décès d’une fillette de sept ans dont le cas était connu de la Direction de la protection de la jeunesse.

Une enquête menée par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS sur les circonstances de ce drame a révélé qu’une succession d’événements évitables avait placé la fillette dans une situation à haut risque.

En décembre dernier, la présidente de la commission a formulé ses premières recommandations, exhortant Québec à consacrer plus d'argent aux services aux familles, qui ont longtemps souffert des compressions.

Dans le budget qu'il a présenté en mars, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, s’est engagé à injecter 950 millions de dollars sur cinq ans pour les jeunes en difficulté. De cette somme, 450 millions ont été prévus pour l’embauche d’intervenants supplémentaires dans les services de protection de la jeunesse. 

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