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Y aura-t-il un marché pour le crabe du golfe?

Un crabier dans le port de Rimouski.

La saison du crabe des neiges a été lancée mercredi matin dans la zone 17.

Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

La saison de pêche est épargnée par la COVID-19, mais pour combien de temps? À première vue, la situation est encourageante pour les pêcheurs acadiens : les crabiers de la zone 17 dans l’estuaire du Saint-Laurent au Québec sont partis en mer mercredi matin. Mais là-bas, on craint que le marché, très affaibli, déborde quand la pêche dans le golfe commencera.

Nous autres, depuis 7 h à matin, on a eu au moins entre 600 et 650 téléphones, raconte Carol Gaudreau, qui est propriétaire de la poissonnerie Sainte-Odile à Rimouski. Il faut fonctionner avec les réservations, faire payer les clients dehors, il faut qu’il n'y ait aucun contact.

Avant de se lancer dans sa boutique, il explique avoir travaillé 25 ans comme acheteur de crabe un peu partout dans l’Est-du-Québec. Les affaires vont bien localement. Tout comme dans la Péninsule acadienne, le crabe est un produit y est apprécié.

Mais, ce qui le tracasse, c’est l’état du marché américain. Aux États, il va s’en shipper un peu, mais il y a de quoi qui va bloquer. C’est ce que je pense. J’espère que non.

J’ai peur que ça va péter quelque part… du moment que la zone 12 va ouvrir.

Carol Gaudreau, propriétaire de la poissonnerie Sainte-Odile

La zone 12, celle des crabiers acadiens, est beaucoup plus importante que la 17 (2 millions de livres). Là ça va rentrer à coup de 100 000, 150 000, 200 000 livres par jours, ajoute le propriétaire de la poissonnerie. C’est là, d’après moi, que la plogue va se tirer.

Des prix plus bas?

Gilles Gagnon est propriétaire de l’usine de transformation Les crabiers du nord, à Portneuf-sur-mer sur la Côte-Nord, en face de Rimouski. Sa production en usine commence vendredi, et il est lui aussi très inquiet de l’état des marchés.

Le crabe de l’est du Canada s’en va pratiquement tout aux États-Unis.

Il n’y a plus de restaurant, plus de casino, plus de bateau de croisière. Ça m’a fait très mal.

Gilles Gagnon, propriétaire des Crabiers du nord
La pêche au crabe est un maillon important de la chaîne économique de la Péninsule acadienne

La pêche au crabe est un maillon important de la chaîne économique de la Péninsule acadienne

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Selon lui, la pêche va avoir lieu, mais dans l’incertitude. Je ne sais pas comment les marchés vont réagir à tout ça, mais moi, ma peur, c’est que les marchés ne soient pas capables de tout prendre, ou qu’ils ne paieront pas cher.

L’industrie a peut-être une carte dans sa manche : Le taux de change est de notre bord; pour les Américains, acheter au pays est plus économique.

Le travail dans les usines maintenu

Tout comme au Nouveau-Brunswick, toutes les activités non essentielles sont proscrites au Québec. La pêche a le droit de continuer normalement, du moment que les règles de la santé publique sont respectées.

Si l’usine est obligée de fermer, on n’a plus personne pour vendre… pis on se retrouve qu’on est mal pris un petit peu, résume Alex Ouellet, dans son bateau au quai de Rimouski-Est, peu de temps avant de prendre la mer, mercredi.

Carte qui délimite des zones de pêches au crabe des neiges.

Carte de pêche au crabe des neiges de Pêches et Océans Canada

Photo : Radio-Canada / Site web de Pêches et Océans Canada

À cause de sa petite taille, la zone 17 compte seulement quelques petites usines. Avec environ 70 employés, c’est plus facile d’appliquer des normes d’éloignement physique dans les circonstances, explique Gilles Gagnon. On va être très très prudent.

À la place d’êtres 10 dans une ligne, on peut en mettre 6 ou 7, ajoute-t-il.

C’est sûr qu’on va produire un peu moins, mais on va produire quand même.

Gilles Gagnon, propriétaire des Crabiers du nord

Gilles Gagnon doit respecter une distance d’un mètre entre chaque employé. Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement demande plutôt aux citoyens de garder une distance de deux mètres avec les autres. Nous autres, s’ils nous obligent à rester à deux mètres, ce serait pratiquement impossible.

Oublions le crabe, dans n’importe quelle ligne, que ce soit le poulet ou le porc, les gens font extrêmement attention, et ils ne sont pas à deux mètres.

Limiter les contacts à bord et sur terre

Les bateaux sont des environnements petits. Difficile pour les membres d'un équipage de rester éloignés les uns des autres avec le coronavirus. J’ai peur de ça, dit René Doucet, propriétaire crabier à Rimouski. Il demande à son équipage de redoubler de prudence.

J’ai des hommes qui sont en pensions, chez nous. J’en ai un qui est en ville, il est chez sa blonde. Je lui ai dit : ''tu restes chez vous, tu ne vas pas ailleurs, sinon tu perds ta job''.

Le pêcheur devant son bateau.

René Landry, président de l'Association des pêcheurs de crabe de la zone 17

Photo : Radio-Canada

Des changements ont été apportés dans la procédure de débarquements. D’habitude, le peseur à quai, il faut qu’il vienne à bord du navire pour vérifier s’il reste du crabe dans la cale, ajoute René Landry, le président de l’Association des pêcheurs de crabe de la zone 17.

On a pris des mesures : il ne descendra pas à bord pour éviter les rapprochements.

Le président demeure tout de même optimiste. La pêche est un produit alimentaire, on n’arrêtera pas le monde de manger.

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Nouveau-Brunswick

Industrie des pêches