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Attention aux faux remèdes qui prétendent prévenir le coronavirus

Le thérapeute acupuncteur et spécialiste en médecine traditionnelle chinoise, Guojian Huang, dans sa clinique proposant son mélange d'herbes à une journaliste de CBC.

Le thérapeute acupuncteur et spécialiste en médecine traditionnelle chinoise Guojian Huang affirme que son mélange d'herbes suit une recette utilisée par des médecins chinois s'étant rendus à Wuhan.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des experts médicaux invitent les Canadiens à ne pas croire les on-dit, après qu'une enquête en caméra cachée de CBC a révélé qu’un acupuncteur de Winnipeg a vendu une tisane en prétendant qu’elle pouvait protéger ses clients du coronavirus.

Dans un courriel envoyé à des clients, Guojian Huang, un thérapeute acupuncteur et spécialiste en médecine traditionnelle chinoise, a affirmé que le fait de boire une infusion de six herbes pendant six jours leur permettait de demeurer en sécurité.

La COVID-19 est arrivée... ainsi que cette tisane pour prévenir la COVID-19, indiquait le courriel envoyé le 18 mars.

Guojian Huang invitait les clients de la clinique d’acupuncture à commander dès maintenant la tisane préventive contre le coronavirus.

Une publication Facebook du même jour présentait des propos similaires.

C’est plutôt scandaleux, affirme le président national de l’Association canadienne de médecine chinoise et d’acupuncture, Cedric Cheung. On ne pouvez pas faire une déclaration qui peut induire les patients en erreur.

Santé Canada n’a approuvé aucun produit pour prévenir, traiter ou soigner la COVID-19, la maladie causée par le nouveau coronavirus.

Vendre des produits de santé illégaux, faire des fausses affirmations ou des affirmations trompeuses sur la prévention ou le traitement de la COVID-19 est illégal au Canada, indique un porte-parole de Santé Canada dans un courriel.

Nous prenons cette affaire très au sérieux et nous prenons des mesures pour arrêter cette activité, ajoute-t-il.

Des sachets de thé vendu à une journaliste

En caméra cachée, une journaliste de CBC s’est fait passer pour une cliente, la semaine dernière, et s’est rendue dans la clinique de Guojian Huang pour acheter la tisane. Le traitement de six jours coûte 60 $.

Le thérapeute affirme que 200 médecins soignants et membres du personnel médical se sont rendus dans la ville de Wuhan, où le virus a été détecté pour la première fois en décembre, qu’ils y ont soigné des patients infectés par la maladie, mais qu’aucun de ces professionnels n’a été touché par le virus.

Avant d’aller à Wuhan, tout le monde a bu ce type de tisane et tout le monde est rentré sain et sauf à la maison. Ils sont restés près d’un mois là-bas, affirme-t-il.

Il précise qu’en deux jours il a déjà vendu des centaines de sachets qu’il prépare dans sa clinique au Centre de soins Ankang Acupuncture.

La publicité de la clinique de Guojian Huang affirmant que la tisane permet de se protéger de la COVID-19 et invite à en acheter pour toute la famille.

La publicité de la clinique de Guojian Huang affirme que la tisane permet de se protéger de la COVID-19.

Photo : Ankang Acupuncture Healing Centre Inc.

Guojian Huang dit utiliser des herbes en provenance de Vancouver et de Toronto et suivre une recette élaborée par les médecins chinois s'étant rendus à Wuhan.

Parfois, l’expérience est plus importante que la science, affirme le thérapeute à la journaliste s’étant présentée dans sa clinique.

Il a ensuite décliné une entrevue, mais indique par courriel que ses raisons de croire aux effets thérapeutiques de l’infusion viennent de plusieurs enseignements.

Toutes les informations que je vous ai données au téléphone ou à la clinique, je les ai reçues de séminaires et de plusieurs articles de recherche, d’informations en ligne… Les médecins chinois y racontaient leurs expériences et leurs connaissances sur l’utilisation de la médecine chinoise à base de plante et l’acupuncture pour prévenir et soigner le coronavirus, explique-t-il dans son courriel.

Dans un deuxième courriel envoyé par la suite, il complète et nuance son propos.

S’il vous plaît, ne vous méprenez pas sur les bienfaits des tisanes chinoises. Pour la prévention, le plus important reste la distanciation sociale, le lavage des mains, l’isolement, le port de masques, de gants, de lunettes au besoin. Les herbes ne sauraient remplacer tout ça, dit-il.

Des experts dubitatifs

Un médecin torontois qui a traité des patients durant l’épidémie de SRAS invite le public à ne pas croire aux annonces concernant des traitements et les remèdes pour la COVID-19.

Mon inquiétude, c’est que [les gens] sont désespérés, explique ce dernier, Peter Lin. Ils vont se tourner vers ces solutions et penser ensuite qu’ils sont invincibles. Ils ne choisiront pas les mesures qui vont réellement les protéger parce qu’ils croient maintenant dans une tisane spéciale.

Le Dr Lin ajoute avoir entendu toutes sortes de prétendus remèdes contre la maladie, comme boire un mélange d’eau chaude et de vinaigre à titre en préventif.

Tout le monde cherche une solution magique du type “Prenez de la vitamine C et tout ira bien”, indique-t-il. Malheureusement, avec ce virus, s’il arrive dans les poumons, il y reste attaché. Donc, la meilleure solution, c’est encore d’éviter qu’il ne s'y rende. En d’autres mots, il faut protéger ses frontières personnelles.

Cedric Cheung, de l’Association canadienne de médecine chinoise et d’acupuncture, ajoute que, dans les cas de pandémies comme celle de la COVID-19, les médecines alternatives peuvent aider les patients, mais elles doivent être utilisées en coordination avec la médecine occidentale.

Le président national de l’Association canadienne de médecine chinoise et d’acupuncture Cedric Cheung dans son bureau.

Le président national de l’Association canadienne de médecine chinoise et d’acupuncture, Cedric Cheung, estime que des publicités de produits prétendant pouvoir soigner ou prévenir la COVID-19 sont scandaleuses.

Photo : Cedric Cheung

Si un membre de mon organisation [a fait] de fausses déclarations [qui peuvent induire les patients en erreur], je prendrai des mesures, affirme-t-il.

Cedric Cheung indiquait mercredi qu’une lettre a été envoyée à Guojian Huang. Celle-ci demande au thérapeute d’être prudent quant à ses publicités concernant des produits en relation avec la COVID-19 et ajoute que tout autre manquement pourrait être sujet à des actions en justice.

Un virologiste winnipégois affirme de son côté que, si Guojian Huang n’a pas contracté le virus, cela ne signifie pas pour autant que son infusion a joué un rôle.

Les corrélations ne signifient pas une situation de causalité, explique Jason Kindrachuk, titulaire d’une chaire de recherche canadienne en virus émergents à l’Université du Manitoba. Nous n’avons pas de vaccin et nous n’avons pas de médicament. Si on ne peut pas valider [les effets d’un produit] cela ne confirme rien.

Une profession non régulée

Guojian Huang n’est pas enregistré auprès du Collège manitobain des médecins et chirurgiens, selon la registraire, la Dre Anna Ziomek.

Celle-ci ajoute que le Collège n’enregistre pas et ne régule pas les praticiens de médecine chinoise ou les acupuncteurs.

Selon la Loi sur les professions de la santé réglementées, seules les personnes ayant reçu une autorisation du Collège peuvent utiliser le titre de docteur.

Si leur pratique n’est pas soumise à réglementation, beaucoup de praticiens de médecine chinoise choisissent tout de même d’appartenir à une organisation provinciale qui propose des examens pour devenir membre.

Guojian Huang est le président de l’Association professionnelle manitobaine d’acupuncture. Selon la vice-présidente, Yujing Qiu, M. Huang n’aurait pas dû utiliser un mot tel que protéger dans ses publicités.

Il aurait dû choisir quelque chose comme "aide", précise-t-elle dans un courriel. Cela peut aider certaines personnes à titre préventif, mais pas tout le monde.

Santé Canada et le gouvernement du Manitoba ne régulent pas les mélanges d'herbes spéciaux. La province indique que des inspecteurs en santé publique enquêtent sur les cliniques d'acupuncture uniquement en cas de plaintes.

Il n’existe à ce jour aucun processus de contrôle de routine de ces établissements.

Santé Canada encourage toute personne ayant des informations sur des publicités ou des promotions concernant des produits prétendant guérir ou prévenir le virus, à les signaler en ligne sur son Formulaire de plainte d'un produit de santé.

Avec des informations de Caroline Barghout et Kristin Annable

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