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Les pilotes du Saint-Laurent gardent le cap face à la COVID-19

Les gens de la mer savent que si le virus entre à bord de leur navire, il peut faire des ravages.

Un minéralier sur l'eau.

Un minéralier sur le Saint-Laurent (archives)

Photo : Radio-Canada / Laurence Royer

Michel-Félix Tremblay

Les pilotes qui guident les navires sur le fleuve entre Les Escoumins et Montréal doivent prendre des précautions supplémentaires pour limiter les contacts avec les équipages étrangers qu'ils côtoient de près. Bien que les mesures actuelles semblent efficaces, ces spécialistes du Saint-Laurent ont réclamé des règles plus sévères de la part de Transports Canada.

La traditionnelle poignée de main du capitaine signifiant qu'il abandonne les commandes au pilote qui grimpe à bord est désormais remplacée par un léger hochement de tête, à bonne distance.

C'est sûr que c'est un peu moins cordial surtout quand tout le monde se promène avec un masque dans la face, il y a moins de jasage comme d'habitude, lance, sourire en coin, le président de l'Association des pilotes du Bas-Saint-Laurent, Yves Plourde.

Depuis la mise en place des mesures pour endiguer la pandémie de la COVID-19, le pilote qui embarque sur le navire bénéficie d'une salle de bain qui lui est exclusivement réservée. Les lieux qu'il fréquente ainsi que les instruments de navigation sont préalablement décontaminés.

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Transport maritime, bateau, navire, fleuve, marchandise, approvisionnement, commerce, hiver.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Le pilote est tenu de respecter une distance de deux mètres avec les autres membres d'équipage dont la plupart arrivent de l'étranger.

Car le risque de contamination est bien réel. Le chef des pilotes de la zone Les Escoumins–Québec confirme que des navires provenant d'Espagne ou d'Italie, deux pays où l'épidémie explose, remontent le fleuve comme d'habitude.

Même si la très grande majorité des navires respectent les nouvelles normes de salubrité, Yves Plourde avoue que quelques mauvais élèves, des cas isolés, note-t-il, se sont aventurés dans le Saint-Laurent depuis le début de la pandémie. Ceux-là, on les rapporte, précise Yves Plourde.

L'Administration de pilotage des Laurentides, la société d'État fédérale qui régit le pilotage au Québec, confirme que moins d'une dizaine de navires ont dérogé aux nouvelles normes sanitaires.

Ce n'était pas de la mauvaise foi, c'était pour des questions de nettoyage des lieux de travail des pilotes, nous avons contacté les armateurs concernés.

Fulvio Fracassi, premier dirigeant, Association de pilotage des Laurentides

Période d'incubation trop courte pour des navires étrangers?

L'époque où un navire étranger devait obligatoirement se placer en quarantaine avant d'accoster au pays appartient bel et bien au passé.

Car même en ces temps de pandémie, des bateaux accostent ici même si, à peine 10 jours plus tôt, ils bordaient des quais européens ou américains.

D'ailleurs, l'Association des pilotes du Bas-Saint-Laurent avait suggéré à Transports Canada d'imposer une période dite d'incubation de 14 jours entre le moment où le navire quitte un port et celui où il accoste au pays afin d'éviter la propagation de la COVID-19.

Deux semaines, c'est le temps maximum pour développer la maladie.

Des navires, comme les porte-conteneurs, peuvent traverser l'Atlantique en neuf jours seulement, mentionne Yves Plourde.

On a fait cavale (sic) dans ce sens-là auprès des autorités fédérales, après plusieurs débats Transports Canada a jugé que ce n'était pas nécessaire.

Yves Plourde, président, Association des pilotes du Bas-Saint-Laurent

Selon Yves Plourde, aucun pilote n'éprouve de symptômes de la COVID-19, preuve, selon lui, que finalement les mesures en place demeurent suffisantes. On présume que ce sont des gens qui connaissent leur affaire conclut-il.

Directives de Transport Canada depuis la pandémie

96 heures avant d'arriver en eaux canadiennes, le capitaine doit aviser Transports Canada de l'état de santé de l'équipage.

Si des symptômes sont signalés, un agent de quarantaine de l’Agence de la santé publique du Canada peut demander aux membres de l’équipage de s’isoler, de porter un masque ou de se faire soigner.

Transports Canada permet aux membres d'équipage de continuer d’accorder le congé à terre aux gens de mer.

Source : Transports Canada, 19 mars 2020

Des équipages plus craintifs

Par rapport au début de la pandémie, la crainte de contamination s'est renversée constate le président de l'Association des pilotes du Bas-Saint-Laurent.

Maintenant, les équipages ont plus peur de nous que nous on a peur d'eux.

Yves Plourde, président, Association des pilotes du Bas-Saint-Laurent

Avec les cas qui se développent au Canada, des capitaines interdisent désormais à leur équipage de prendre des congés à terre, et ce, même si Ottawa le permet encore.

C'est ce qui serait arrivé la semaine dernière à Matane, a assuré le maître de port, Jean-Pierre Harisson.

Le Federal Churchill provenant d'Allemagne a accosté à Matane la semaine dernière soulevant une certaine crainte dans la population.

Le Federal Churchill provenant d'Allemagne a accosté à Matane la semaine dernière soulevant une certaine crainte dans la population.

Photo :  Radio-Canada/Courtoisie

L'équipage du Federal Churchill aurait reçu l'ordre de ne pas dépasser la barrière du quai commercial.

Des Matanais ont d'ailleurs écrit à Radio-Canada, pour expliquer leurs craintes que l'équipage propage le virus dans la région.

Joint en mer, à bord de l'Algoterra, entre Terre-Neuve et le Cap-Breton, le capitaine Denis Saucier confirme que la perspective qu'un virus circule à bord d'un navire constitue un cauchemar pour les gens de la mer.

Si on arrive là, le bateau faut qu'il soit attaché, c'est fini, on ne peut plus voyager, mentionne-t-il.

D'ailleurs, même pour les voyages entre les provinces, des mesures strictes sont prises à quai.

Lorsque l'Algoterra lancera les amarres au port de Halifax, toutes les communications auront été faites par radio ou par téléphone.

Je n'ai pas le droit de faire de changement d'équipage, normalement quand on arrive on fait toujours des meeting de sécurité, les gens de terre viennent à bord, maintenant ça se fait via Skype.

Denis Saucier, capitaine

Transports Canada autorise toujours les équipages à débarquer et ce, peu importe depuis combien de temps ils ont quitté un quai.

Cependant, selon Denis Saucier, dans certains cas comme Halifax, les autorités portuaires imposent à l'équipage de demeurer à bord du navire.

Transport maritime à plein régime encore

Timonerie de l'Amundsen

Timonerie de l'Amundsen

Photo : Radio-Canada

Pour l'instant, les pilotes ne constatent aucune diminution du trafic maritime dans le Saint-Laurent depuis la crise sanitaire.

Yves Plourde s'attend cependant à ce que l'effet coronavirus se fasse sentir d'ici trois semaines à quatre semaines.

Les marchandises étaient déjà commandées donc les navires les amènent mais à partir du moment où les gens arrêtent de consommer, le stock en magasin n'aura pas besoin d'être renouvelé.

L'homme de mer anticipe une diminution du trafic sous les 10  %.

Il faut dire que la plupart des armateurs effectuent des liaisons régulières. Un peu comme les autocars qui voyagent à heures fixes, peu importe le nombre de passagers, la majorité des navires continueront de circuler, mais avec beaucoup moins de marchandises à bord.

Les navires vont se promener vides comme en 2008 pendant la dernière grosse crise [économique].

Yves Plourde, président, Association des pilotes du Bas-Saint-Laurent

Environ 200 pilotes maritimes guident les navires dans le Saint-Laurent. Ils sont divisés en trois secteurs, Les Escoumins–Québec, Québec–Trois-Rivières et Trois-Rivières–Montréal.

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