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Coronavirus : Paris espère « ne pas se casser la gueule »

Des infirmiers transportent un patient sous respirateur artificiel.

Le personnel médical français est extrêmement sollicité depuis plusieurs semaines.

Photo : afp via getty images / PATRICK HERTZOG

La menace invisible du coronavirus s’apprête à frapper la région parisienne. Déjà, c’est dans la capitale que l’on retrouve le plus de Français infectés par la COVID-19. Les hôpitaux craignent d’être submergés de patients dans les prochains jours. L’alarme a été sonnée.

Récemment, le vocabulaire s’est fait plus guerrier. Les mots semblent taillés pour préparer au pire. Les Parisiens sont avertis. La menace est rendue chez eux.

La crise va être longue. Les prochains jours vont être particulièrement difficiles, a martelé mercredi le directeur général de la Santé pour la France, Jérôme Salomon.

Il a évoqué une tension majeure dans la région Île-de-France, qui comprend notamment Paris et sa banlieue. C’est la situation la plus critique au pays, avec près de la moitié des cas confirmés.

Après s’être propagé dans l’est de la France, c’est maintenant à la capitale la plus densément peuplée d’Europe que s’en prend le coronavirus.

Et plusieurs craignent que les urgences parisiennes ne tiennent pas le coup…

Un moment charnière d’ici le week-end

Le grand responsable des hôpitaux publics de Paris (AP-HP) a sonné l’alarme en milieu de semaine. Un grand appel qui ressemblait un peu à un cri de désespoir.

On a besoin de milliers de personnes supplémentaires auprès des malades, a réclamé Martin Hirsch, la voix parfois tremblante dans une longue tirade de cinq minutes à la radio.

En début de crise, la France avait lancé un appel aux infirmières, médecins et spécialistes récemment partis à la retraite pour qu’ils reprennent du service. Environ 40 000 auraient levé la main.

Mais ce n’est pas assez.

Qu'on fasse appel à la réquisition, s’est exclamé Martin Hirsch, évoquant un moment charnière, où tous les efforts doivent être faits. Et rapidement.

La France est en guerre sanitaire, avait expliqué le président Emmanuel Macron. Qu’elle force ceux qui ont des connaissances à servir dans les hôpitaux débordés, lui répond Martin Hirsch.

Le responsable des hôpitaux parisiens craint l’épuisement du personnel. Il sait aussi qu’il en perdra davantage aux mains du virus. Déjà, plus de 700 soignants parisiens sont ainsi tombés, infectés par le coronavirus.

Offrir plus que des applaudissements quotidiens aux fenêtres

Une infirmière soigne une femme dans un hôpital français.

Les hôpitaux parisiens craignent qu'une vague de patients ne submerge bientôt leurs services.

Photo : afp via getty images / ANNE CHAON

Martin Hirsch a aussi exigé que les efforts surhumains du personnel hospitalier soient dûment reconnus par l’État. Pour le moral des troupes, il a réclamé des primes. Une façon plus tangible de dire merci.

La crise sanitaire survient dans un contexte difficile pour les hôpitaux français. Des années de compressions et de restructurations ont laissé leurs marques. Depuis des mois, les urgentistes sont en grève, réclamant plus de moyens pour faire leur travail.

De manifestation en manifestation, parfois aux côtés des gilets jaunes, ils n'ont réussi à obtenir qu’une partie des sommes réclamées. La pandémie semble avoir convaincu le président d’ouvrir son portefeuille.

Mercredi soir, Emmanuel Macron a promis un plan massif pour revaloriser l’hôpital et les métiers de la santé. Pas de détails pour l’instant. Il faudra attendre de passer la crise du coronavirus pour juger de l’offre.

Le président a aussi promis des primes et des heures supplémentaires plus généreuses pour les soignants. Une autre façon de motiver les troupes, avant une réponse qu’il a promise profonde et dans la durée.

Ce qu’il manque toujours

Un homme et des soldats portant des masques.

Le président Emmanuel Macron dans un hôpital de campagne militaire dans la région de Mulhouse.

Photo : Reuters / POOL New

Le responsable des hôpitaux de Paris semble donc avoir été entendu sur la question financière. Mais il a aussi réclamé des munitions dans cette guerre sanitaire. Et ça, on ne sait pas s’il les recevra.

Ces munitions, ce sont des médicaments et ces coûteux respirateurs. Martin Hirsch en réclame un pour chaque patient qui sera admis dans les hôpitaux de la capitale. Donc, beaucoup.

Si le rythme actuel des admissions se maintient à Paris, l’ensemble des respirateurs déjà en place seront occupés au cours des prochains jours. Que se passera-t-il la semaine prochaine?

Je ne veux pas qu'on connaisse les difficultés qu'on a connues sur les masques, s’est exclamé Martin Hirsch, car les respirateurs permettent de sauver des vies.

La France en possède déjà environ 30 000, mais nul ne peut prédire si cela sera suffisant. Dans l’Est, région touchée en premier par l’épidémie, ces équipements de pointe ont parfois cruellement fait défaut.

Le personnel médical de Mulhouse, en Alsace, a été contraint de se donner une règle : s’il n’y a pas assez de respirateurs pour tous, la priorité ira aux patients de moins de 75 ans. Ceux qui ont davantage de chance de survivre.

À Paris, Martin Hirsch espère ne pas devoir en arriver à trancher ainsi. Il espère que son cri d’alarme sera entendu, que les respirateurs et les soignants lui parviendront à temps. Dans les prochains jours.

Je ne veux pas me retrouver ce week-end avec toutes celles et tous ceux qui font des efforts surhumains, à leur dire : la France n'a pas tout fait, les moyens de vous soutenir n’ont pas été suffisants.

On peut le faire, a-t-il lancé, tentant de rester optimiste et encourageant. Un cri du cœur pour ne pas dégringoler, ne pas se casser la gueule.

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