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L'aide existe, il faut se manifester, disent les professionnels en santé mentale

La Croix-Rouge offre, sur référence d'Info-Social 811, un service d'aide téléphonique au Québec.

Plusieurs personnes, dont une porte un masque, marchent sur un trottoir.

Il faut aussi s'occuper de la santé mentale des gens en période de pandémie, dit la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À l'heure où le premier ministre François Legault appelle les Québécois à livrer la plus grande bataille de leur vie pour défaire le coronavirus, les professionnels en santé mentale insistent sur la nécessité de soutenir la population sur le plan psychologique. Il faut rappeler l’importance de rester en contact, affirme Lynda Poirier, présidente du Regroupement des centres de prévention du suicide (RCPSQ).

Dans certaines régions de la province, le volume d’appels est plus élevé, dit Mme Poirier, qui dirige aussi le Centre de prévention du suicide de Québec. Des gens rendus plus anxieux par la crise épidémique appellent pour eux-mêmes ou pour un proche dont la situation les inquiète.

Les centres de prévention du suicide sont en concertation d’urgence pour assurer le maintien des services d’intervention téléphonique advenant le cas où il y aurait plus d’appels au cours des prochains jours, semaines, affirme Lynda Poirier.

Les Québécois qui ne savent tout simplement pas à quel saint se vouer peuvent aussi composer le 811, où de l'aide psychosociale est offerte de manière gratuite et confidentielle, 24 heures sur 24, 365 jours par année.

Les intervenants du 811 les adresseront peut-être à la Croix-Rouge canadienne, qui s'est vu confier il y a environ une semaine par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec le mandat d'offrir un service d'appels amicaux aux personnes isolées.

Pour le moment, le service d'appels amicaux n'est offert que sur référence du 811, dit Carl Boisvert, porte-parole de la Croix-Rouge au Québec. Formés en santé et en sécurité, les bénévoles de la Croix-Rouge servent en quelque sorte de tampon. Ils vont détecter les besoins et les problèmes des gens et leur enlever un peu de pression, explique M. Boisvert.

Quelquefois, les besoins exprimés ne sont pas tant liés à la santé mentale qu'à des questions de première nécessité, la nourriture par exemple. On regarde dans notre bottin et on recommande aux gens les ressources appropriées dans leur région, dit Carl Boisvert.

La psychologie, service essentiel

Et il y a les psychologues : les deux tiers des 8700 membres de l’Ordre des psychologues du Québec pratiquent dans des cliniques privées ou dans leur bureau, à titre de travailleurs autonomes. Leurs services ne sont pas à la portée de toutes les bourses... Il n'en reste pas moins que ces professionnels se sont vu confirmer, par le gouvernement Legault, l'assurance qu'ils faisaient partie de la liste des services jugés essentiels en cette période de pandémie de COVID-19.

En date de mercredi, le Québec dénombrait 6 décès et 1339 cas confirmés de coronavirus. Dans ce contexte très particulier, l'Ordre recommande à ses membres de ne pas cesser leur pratique s’ils sont en mesure de fournir leurs services.

Seuls les cas pour lesquels la vidéoconférence ou l'appel téléphonique ne sont vraiment pas appropriés doivent faire l'objet d'une rencontre en face à face. Les psychologues doivent alors observer les règles dictées par la santé publique : éviter tout contact physique comme les poignées de main, désinfecter poignées de porte, chaises et dessus de bureau avec lesquels les clients ont pu être en contact, se laver les mains.

À l’Ordre des psychologues du Québec, on croit que la plupart des professionnels poursuivent leur pratique malgré la pandémie. Mais pour le quantifier et savoir s'ils le font en personne ou à distance, l’Ordre consultera ses membres dans les prochains jours, par sondage.

L’Ordre élabore un formulaire de consentement qui sera mis en ligne sous peu sur son site Internet, et par lequel les professionnels pourront s’entendre avec leurs clients pour effectuer des consultations par vidéoconférence ou par téléphone. Le professionnel doit s'assurer que les principes de confidentialité seront respectés et appliquer les mêmes règles déontologiques que lors de rencontres en personne.

Bien entendu, les psychologues qui présentent eux-mêmes des symptômes ou qui reviennent de voyage doivent se mettre en quarantaine pour 14 jours.

En vertu de leur Code de déontologie, les psychologues peuvent demander un dédommagement à tout client qui annule une séance. Mais, étant donné le caractère exceptionnel de la situation qui prévaut actuellement, l’Ordre invite ses membres à faire preuve de souplesse et de compréhension.

Une réalité nouvelle et soudaine

Le confinement obligatoire prive certes des psychologues d'une partie de leur clientèle. Toutefois, de nouveaux clients se manifestent, anxieux devant cette cochonnerie de maladie, pour reprendre les mots de l'écrivain Albert Camus, qui ne parlait pas de la COVID-19, mais de la peste. Même ceux qui ne l'ont pas la portent dans leur coeur, a-t-il écrit dans son roman justement intitulé La peste.

Les deux dernières semaines, ça a été vraiment la folie, affirme la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou.

La première difficulté a été la vitesse à laquelle les psychologues ont dû s’adapter pour répondre au grand nombre de questions des gens, dit-elle. Des gens qui faisaient face, comme les psychologues eux-mêmes, à cette problématique qu’on n’avait pas vu venir et qui était complètement nouvelle.

Christine Grou salue le fait que le gouvernement s’occupe en priorité de santé et de sécurité. Les autorités de santé publique font un excellent travail, dit-elle.

Mais la santé mentale ne doit pas pour autant passer en second. Je suis très préoccupée par l’état de détresse psychologique manifesté par certaines personnes, dit la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

L'Ordre a publié sur son site Internet (Nouvelle fenêtre) des conseils et de l'information à l'intention de la population.

Un malheur n'arrive jamais seul

Dans une crise, les gens qui étaient déjà fragilisés se retrouvent encore plus vulnérables. Pas seulement parce qu'ils sont confinés à la maison, mais bien parce qu'ils sont encore plus isolés, explique Christine Grou. Car on peut être en confinement et être, malgré tout, entouré d'un solide réseau. Mais pour les autres... Les gens qui ont un problème de consommation vont consommer plus, cite-t-elle à titre d'exemple. Ceux qui ont des problèmes avec la régulation de leurs émotions vont avoir plus de difficultés.

Frappée en tout premier par la pandémie de COVID-19, la population chinoise illustre bien comment la crise épidémique accroît le degré de détresse psychologique.

Une enquête, menée en ligne, a permis de récolter près de 53 000 réponses sur le degré de détresse psychologique des Chinois au temps du coronavirus. Les résultats de l'enquête ont été publiés dans la revue General Psychiatry (Nouvelle fenêtre). Une chercheuse de Sorbonne Université, à Paris, Catherine Tourette-Turgis, en fait état dans le magazine La Conversation.

Ainsi, parmi les répondants à cette enquête :

  • 5,4 % ont manifesté un stress psychologique aigu;
  • 35 % des hommes et 65 % des femmes ont manifesté un stress psychologique modéré;
  • les femmes ont présenté un plus haut degré de détresse psychologique que les hommes;
  • les adultes âgés de 18 à 30 ans et ceux de plus 60 ans ont été davantage en grande détresse;
  • les travailleurs migrants ont enregistré le plus haut score de détresse psychologique dans les épicentres de l’épidémie.

Au stress normal engendré par la menace de la propagation et de la contagion de la COVID-19 s’ajoute celui d’être confiné à la maison, de ne pas pouvoir finir son année scolaire, de ne pas pouvoir payer son loyer parce qu’on risque de perdre son emploi... ou qu'on l’a carrément perdu.

Dans de telles circonstances, la pandémie pourrait fort bien laisser des séquelles à long terme sur une fraction de la population.

Prendre du recul

L’anxiété étant une machine se nourrissant de tout (y compris de la peur de manquer de papier hygiénique), le défi du psychologue consiste à aider ses patients à départager les inquiétudes qui sont légitimes de celles qui sont disproportionnées.

Il faut aider les gens à prendre de la distance, à se dégager un peu de ces pensées intrusives qui les laissent impuissants, dit Christine Grou.

Et dans ce magma d’émotions confuses, la culpabilité n’a pas sa place. Personne ne se lève le matin en se disant : ‘’Aujourd’hui je vais passer la journée à me sentir mal’’, explique Christine Grou. Si vous pouviez vous sentir mieux, vous le feriez! Alors ne vous culpabilisez pas de ressentir de l’anxiété.

Quand le cours de nos pensées s’affole, Mme Grou recommande de se livrer sans jugement à un exercice d’auto-observation :

  • Comment je me sens?
  • À quoi je pense quand je ne me sens pas bien?
  • Qu’est-ce qui tourne dans ma tête?
  • Qu’est-ce que je suis en train de faire?
  • Quelle action puis-je faire pour me sentir mieux?

Les ingrédients du bien-être varient selon les personnalités. Danser dans le salon, écrire ou appeler un ami, faire du rangement, des mandalas, des muffins… Il faut éviter de rester dans ces pensées négatives qui nous empêchent d’agir, dit la présidente de l’Ordre des psychologues.

Le confinement, un stress en soi

La durée du confinement est, en elle-même, un facteur de stress, selon les éditeurs de la revue The Lancet (Nouvelle fenêtre) qui en ont analysé l’impact psychologique à partir de données recueillies dans dix pays qui ont traversé des épidémies du SRAS, d’Ebola et de grippe A (H1N1).

De leur analyse, la professeure Catherine Tourette-Turgis rapporte dans La Conversation qu’une durée de confinement supérieure à dix jours est prédictive de symptômes post-traumatiques, de comportement d’évitement et de colère.

Les experts recommandent notamment de créer des services de soutien afin de venir en aide aux personnes souffrant d’anxiété et de dépression.

Les bons mots

De nombreux rubans jaunes sur lesquels est écrit « danger ».

Il faut trouver les bons mots pour ne pas augmenter le niveau d'anxiété dans la population, affirme la spécialiste en santé mentale Sonia Lupien.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La chercheuse Sonia Lupien a fondé et dirige le Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et, selon elle, il importe de trouver les bons mots pour ne pas accroître le niveau d’anxiété dans la population.

Nos domaines de recherche sont hyper importants en ces temps de pandémie, a-t-elle expliqué à l’émission Midi info de Radio-Canada. Et, de la même manière que le gouvernement consulte les chercheurs en épidémiologie et en infectiologie pour le guider durant cette pandémie, il doit aussi consulter les experts en santé mentale pour trouver les bons mots, les meilleurs mots pour ne pas stresser les gens.

Il doit le faire et je pense qu’il le fait déjà, a-t-elle assuré, parce que le message est extrêmement important.

Le marathon des parents

Même décrits sobrement, les faits ne sont pas rassurants : état d’urgence sanitaire, fermeture des écoles, des services de garde, des centres commerciaux, des salles de restaurant, des centres d’entraînement, des cinémas, des bibliothèques et des piscines publiques… Interdictions de rassemblement tant extérieur qu’intérieur.

Que reste-t-il comme activités pour les familles recluses?

Il faut que les parents fassent attention à eux parce que c’est un marathon qu’ils font, reconnaît Christine Grou. Et je ne veux pas le dire de manière culpabilisante, mais la manière dont les enfants vont traverser cette période va dépendre beaucoup de l’attitude de leurs parents.

Si les parents s’adaptent bien à cette situation hors du commun, les enfants s’adapteront bien aussi.

Les conseils prodigués par les psychologues doivent être adaptés aux situations de chacun et il y a tellement de cas de figure que ces conseils-là vont varier beaucoup, dit Mme Grou.

Et l’adaptation sera fort différente selon qu’on est entassés dans un petit quatre et demi ou dans une vaste maison. Selon qu’on a un salaire qui entre ou l’insécurité au ventre. Soyez indulgents; si une journée vous préparez un repas moins nutritif ou laissez les enfants devant la télé, c’est pas grave. Les enfants, on n’a pas à les organiser 12 heures par jour.

Dans une famille composée à la fois d’enfants d’âge très différent, on ira prendre une marche avec les bambins pendant que les ados écouteront leur musique. On va appeler les grands-parents, communiquer sur Skype avec les amis, ranger, cuisiner ou montrer au plus vieux comment changer un pneu. Il faut faire en sorte que les enfants apprennent quelque chose, et il y a beaucoup de choses à apprendre dans une maison.

On ne parle que de ça...

Les médias doivent être mis sur pause de temps en temps, recommande encore la présidente de l’Ordre des psychologues, parce que dans l'espace médiatique en ce moment, on ne parle que de ''ça''.

Et elle rappelle que la bonne information est celle qui permet de se documenter et de se protéger.

Les bonnes nouvelles ne sont pas à négliger : le nombre de tests de dépistage qui sont faits, le nombre de personnes qui ont un résultat négatif au test de dépistage ou qui se rétablissent, et l’ensemble des mesures qui sont prises par les autorités sont autant de facteurs encourageants.

Il faut se rappeler que tout cet épisode aura une fin, conclut Christine Grou.

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553).

Ce service est disponible partout au Québec, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Des outils sont aussi proposés aux Québécois sur le site commentparlerdusuicide.com (Nouvelle fenêtre)

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