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La peur de la pandémie, aussi vieille que le monde?

Depuis toujours, l’humanité craint la pandémie, suspendue au-dessus d'elle telle une épée de Damoclès. Livres, films, séries, jeux de toutes sortes tablent sur cette crainte collective. Pourquoi cette peur nous ne lâche-t-elle jamais?

Peinture illustrant les effets de la peste à Bâle, en Suisse, en 1349.

Peinture illustrant les effets de la peste à Bâle, en Suisse, en 1349.

Photo : Getty Images

La menace d’une épidémie à l’échelle planétaire n'est pas récente, elle plane sur nous depuis des temps immémoriaux, explique l’anthropologue Samuel Veissière, professeur adjoint au Département de psychiatrie de l’Université McGill.

C’est quelque chose qui a émergé à la fin du Néolithique, après que les animaux et les plantes aient été domestiqués et que les humains se soient sédentarisés, soutient-il.

Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir qu’il y a eu des pandémies importantes à cette époque. C’est alors qu’est apparue l’idée de la quarantaine, puisqu’un étranger était perçu comme un vecteur potentiel de pathogènes, explique le chercheur.

Encore aujourd’hui, remarque M. Veissière, on emploie souvent des métaphores virologiques pour identifier les dangers. On parle parfois des étrangers comme si c’était des vermines, ou on dit des jeunes qu’ils vont se faire "infecter" par de mauvaises idées. L’idée des pathogènes est au coeur de beaucoup de nos préoccupations.

Pendant les temps de pandémies, on a souvent une augmentation de la peur de l’autre et de la xénophobie.

Samuel Veissière, professeur à l’Université McGill

De plus, les humains ont une propension à focaliser sur le négatif, affirme le chercheur, pour expliquer la force de cette peur.

On remarque plus facilement l’information négative, on s’en souvient mieux et on est intrinsèquement motivés à la partager avec les autres, pour des raisons de survie. D’un point de vue physiologique et physique, on est une espèce assez faible, donc notre seule force est notre intelligence collective.

Le cerveau humain a tendance à surinterpréter les dangers, parce qu’il vaut mieux, du point de vue de la survie, surinterpréter un danger plutôt que de le minimiser.

Samuel Veissière, professeur à l’Université McGill

Ce qui met nos sens en alerte, c’est aussi la nouveauté de la menace, avancent certains chercheurs.

Les humains ont tendance à minimiser les risques qu’ils connaissent (les accidents de la route, les maladies coronariennes, la grippe, par exemple) et à focaliser sur les plus spectaculaires, comme un attentat terroriste ou une pandémie, même si le risque personnel qu’ils courent est moindre.

Il y avait 30 décès liés au coronavirus au Canada en date du 25 mars.

À titre de comparaison, il y a eu en 2018 :

  • 79 536 décès dus au cancer;
  • 53 134 dus aux maladies du coeur;
  • 13 480 aux maladies cérébrovasculaires;
  • 13 290 aux blessures involontaires;
  • 12 998 aux maladies chroniques des voies respiratoires inférieures;
  • 8511 dus à la grippe.

Une société anxieuse

La pandémie s’inscrit aussi dans un contexte d’anxiété collective, croit M. Veissière. Cette anxiété est notamment liée à la période de grande incertitude que nous traversons, notamment en lien avec les changements climatiques et l’effritement des structures communautaires et familiales de nos sociétés, pense-t-il.

À cela s‘ajoute le fait que, dans les pays développés, nous ne sommes plus habitués à faire face au danger, estime Samuel Veissière. Depuis au moins deux générations, nous n’avons pas connu de guerre, de famine, d’épidémie.

Au moindre coup imprévu, nous avons donc tendance à disjoncter. Il y a une relation inversement proportionnelle entre la quantité de stresseurs dans un environnement et la résilience des personnes dans cet environnement, avance le chercheur.

Les conditions étaient déjà en place pour une pandémie d’anxiété. Le COVID-19 nous a donné un thème, une excuse, pour justifier des symptômes qui, en fait, étaient déjà là.

Samuel Veissière, professeur à l’Université McGill

Si cette crise peut avoir quelque chose de bon, ce pourrait être de nous faire réfléchir à nos comportements et ralentir la cadence.

On est trop anxieux, trop individualistes, on travaille trop, on produit trop, on prend trop l’avion, note M. Veissière.

Les conséquences de ce mode de vie sont désastreuses tant du point de vue politique et psychologique qu’environnemental.

Le ralentissement obligé de toutes nos activités dû au confinement donnera peut-être l’envie à plusieurs d’adopter un autre rythme.

Pour autant qu’on en profite, à terme, pour se rapprocher de nos familles et nos communautés, et non pas pour s’isoler encore plus.

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