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Cohabiter avec un travailleur essentiel, une situation anxiogène pour certains

D'autres trouvent aussi des stratégies ingénieuses de gestion des risques.

Une mère tient son bébé dans ses bras, dans son salon.

Carla Carneiro et son fils Philippe se retrouvent particulièrement isolés depuis que les mesures de distanciation sociale sont en vigueur au Québec.

Photo : Radio-Canada / Carla Carneiro

Un grand nombre de familles, de couples ou de colocataires doivent composer ces jours-ci avec un semi-isolement, c'est-à-dire une situation où l'un des membres de la maisonnée doit, malgré la pandémie, aller à l'extérieur pour travailler parce qu'il fournit un service essentiel.

Il s'agit d'une situation qui soulève des craintes et des frustrations chez plusieurs, mais qui génère aussi des stratégies ingénieuses de gestion des risques.

« Comme être une maman toute seule à la maison »

Carla Carneiro reste à la maison avec le petit Philippe, qui aura bientôt cinq mois. Son mari, qui est policier, part patrouiller chaque matin.

Avec les mesures d'isolement social en place, son quotidien de jeune maman est complètement chamboulé. Normalement, on va déjeuner avec des amis, on passe du temps au parc avec d'autres mamans, on voit grand-maman et grand-papa. Mais avec ce qui se passe et en étant des sources d'exposition au virus, on essaie de s'isoler, raconte Carla Carneiro. Donc, pour moi et mon fils, voir des gens, c'est non. Voir la famille, c'est non.

Pour tenter de limiter les risques de contamination, le couple a mis en place une nouvelle routine, explique l'enseignante au secondaire. On utilise les mêmes souliers pour sortir, mais David porte des souliers différents lorsqu'il doit aller travailler. Il a un manteau spécial lorsqu'il part au travail. Dès qu'il rentre à la maison avec son sac, il le dépose à l'entrée. Son linge va directement dans la laveuse. Sa boîte à lunch, il la dépose sur le comptoir. On met le tout directement dans le lave-vaisselle. Après ça, on nettoie le comptoir. Il prend sa douche avant de pouvoir toucher à quoi que ce soit à la maison, surtout avant de pouvoir toucher à son garçon.

Son mari est de plus en plus sollicité et de moins en moins présent pour l'aider avec le bébé.

C'est un peu comme être une maman toute seule à la maison. Et bientôt, s'il continue à avoir des gros quarts de travail de 12 heures, je vais être en quelque sorte comme une mère monoparentale complètement isolée. C'est difficile pour le moral. C'est difficile pour l'énergie aussi.

Carla Carneiro, enseignante au secondaire en congé parental

Elle trouve la situation un peu injuste. On dirait que la santé de tout le monde est importante, mais que la nôtre ne l'est pas assez pour qu'on puisse se protéger, s'isoler nous aussi. Donc ça, c'est un peu une frustration qu'on vit. Par contre, on comprend que c'est un choix de vie qu'on a fait, d'avoir ces métiers-là.

« Ramener le moins de contaminants possible à la maison »

Les quatre membres d'une famille de Terrebonne, assis et souriants, dans leur salon.

Sarah Jacques et David Ouimet, avec leurs enfants Eleonore et Ethan, composent comme ils peuvent avec le fait que David doit aller au travail tous les jours parce qu'il offre un service essentiel.

Photo : Radio-Canada / Sarah Jacques

Chez la famille Jacques-Ouimet à Terrebonne, on est aussi inquiet à l'idée de contaminer les enfants, Eleonore, 3 ans, et bébé Ethan. Parce que le père, David Ouimet, est pompier et est en contact avec des dizaines de personnes chaque jour.

Il y a de plus en plus de pompiers, de policiers qui attrapent le coronavirus. Et puis, malheureusement, leurs familles deviennent des dommages collatéraux. Donc, on essaie de trouver des moyens d'éviter ça et de ramener le moins de contaminants possible à la maison. Par exemple, moi, je prends une douche en caserne avant de prendre la voiture et de quitter le travail.

David Ouimet, pompier pour la Ville de Montréal

Sarah Jacques est consciente d'être exposée avec ses enfants, malgré ces mesures préventives.

On a un peu l'impression que nous, tout ce qu'on fait comme effort social, qu'on va à l'épicerie juste un, qu'on lave notre épicerie, qu'on voit personne, qu'on est encabané, on a un peu l'impression que c'est un coup d'épée dans l'eau, vu que lui est exposé et ramène tout ça à la maison. Donc, on est stressé et un peu désemparé, en fait. On ne trouve pas de solutions pour se protéger.

Sarah Jacques, employée dans le domaine des loisirs en télétravail

Comme bien d'autres parents en ce moment, elle reste à la maison et s'occupe des enfants tout en continuant à travailler. Ses enfants auraient été admissibles pour aller dans une garderie d'urgence ouverte par le gouvernement pour ceux dont les parents occupent un travail essentiel.

Mais ce n'était pas une option envisageable pour le couple, comme l'explique le père de famille. Est-ce que ça protège les enfants qu'on les mette tous ensemble dans une même pièce avec une éducatrice, sachant que chaque parent de ces enfants-là "va au combat" chaque jour? On expose des enfants qui sont déjà exposés à la maison!

« Se contaminer entre nous trois, mais sans plus »

Geneviève Arsenault et sa petite fille Claire.

Geneviève Arsenault et sa petite fille Claire

Photo : Geneviève Arsenault

Chez une autre famille de Montréal, c'est la maman, Geneviève Arsenault, qui est médecin de famille et qui doit sortir tous les jours pour s'occuper de ses patients. Son conjoint prend donc soin de la petite Claire tout en travaillant de la maison. On a pris la décision familiale qu'on priorisait Geneviève afin qu'elle puisse être présente pour servir la population.

Chaque fois qu'elle rentre à la maison, avant de prendre sa fille dans ses bras, Geneviève désinfecte son cellulaire, sa montre, son sac de travail et saute dans la douche. Elle a envisagé d'accepter l'offre d'envoyer son mari et sa fille dans un chalet dans Lanaudière avec ses beaux-parents, mais elle l'a déclinée.

On y a réfléchi longuement. Mais ça aurait voulu dire que moi, je ne serais pas rentrée en contact avec eux le temps de la pandémie, ce qu'on ne trouvait pas réaliste. [...] Dans le fond, on a comme pris la décision de rester à Montréal puis de se contaminer entre nous trois, mais sans plus, en sachant qu'il y avait moins de complications chez les enfants.

Geneviève Arsenault, résidente en médecine familiale
Un couple en vacances.

Florence Côté est résidente en médecine interne à Québec et est plus exposée que la moyenne de la population aux risques de contracter le coronavirus. Toutefois, cela ne crée pas de tensions avec son conjoint, Nicolas Lavallée.

Photo : Radio-Canada / Florence Côté

La conjointe de Nicolas Lavallée est aussi médecin et est au front dans les hôpitaux tous les jours. Une situation qu'il gère bien jusqu'à présent. Ce n'est pas tant anxiogène pour moi, parce que ça fait partie des risques de vivre avec quelqu'un qui travaille dans le milieu de la santé. Simplement, comme la situation est extraordinaire, ces risques-là sont plus élevés. Mais c'est son travail. Ça fait partie de mon quotidien de gérer ça.

« On s'est fait des petits systèmes à la maison »

Une jeune femme dans un égoportrait pris à l'extérieur.

Marilyne Parent fait du télétravail en ce moment, mais ce n'est pas le cas de tous ses colocataires.

Photo : Radio-Canada / Marilyne Parent

Et il y a la réalité de ceux qui vivent en colocation. Marilyne Parent cohabite avec trois personnes, dont une n'est pas en isolement parce qu'elle doit sortir pour se rendre à son travail à Service Canada.

Pas question de lui demander de partir ou de s'isoler dans sa chambre. Mais elles ont tenté de limiter la contamination, comme l'explique Marilyne Parent. On s'est fait des petits systèmes à la maison. On a des petits désinfectants à côté de nos portes, de la porte d'entrée par exemple. On lave les poignées du réfrigérateur, celles des armoires quotidiennement. On se lave les mains en rentrant. Si on est sortis dehors, on met notre linge à laver tout de suite. Et quand on fait nos courses, on se passe le message pour éviter les sorties inutiles. Chaque jour, on ajuste notre routine selon les nouveaux développements, les nouvelles recommandations.

Leur clé, c'est la communication, à son avis.

On est chanceux, parce qu'on a une belle cohésion de groupe. On discute tous les jours, on se tient au courant. On a un consensus sur notre gestion de risque, quelles sont nos limites. On y va dans l'ouverture et dans l'honnêteté. C'est primordial en ce moment d'être honnête parce que tout le monde, on a le droit de se protéger.

Marilyne Parent

Pour le moment, donc, dans ces maisonnées où l'isolement complet n'est pas possible, couples et colocataires trouvent des solutions... Le temps n'est pas à la dispute ni aux tensions, mais plutôt à la recherche de stratégies pour garder, tant que faire se peut, tout le monde en sécurité... et en santé.

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