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Immunosupprimés, des employés du réseau de la santé sont privés de salaire

Malgré des directives claires de médecins qui leur indiquent de rester à la maison.

Le personnel de santé retraité aide pendant la pandémie.

Photo : iStock

Des employés du réseau de la santé s'estiment victimes d'une injustice au Québec. Atteints d'une maladie chronique, ils ont un billet médical qui exige leur retrait immédiat du travail en raison de la COVID-19. Or leur employeur refuse de les payer pendant leur isolement.

Radio-Canada a recueilli le témoignage de plusieurs employés, qu'ils soient des infirmières, des préposés aux bénéficiaires ou même des analystes en informatique.

Chacun a un problème médical particulier : sclérose en plaques, maladie de Crohn, insuffisance surrénalienne, polyarthrite rhumatoïde, etc. Normalement, leur état de santé ne les empêche pas de travailler.

En cette période de pandémie, toutefois, leurs propres médecins estiment que les risques de complications sont accrus. Ils devraient donc être placés en isolement pour leur propre sécurité.

Je ne peux même pas sortir pour aller à la pharmacie ou à l'épicerie parce que ma situation de santé actuellement ne me le permet pas, explique Gisèle, une infirmière de Québec à qui nous avons donné un nom fictif pour lui éviter des représailles. Je dois rester à la maison.

Atteinte d'une maladie chronique, Gisèle est en isolement depuis le 19 mars. Malgré deux billets médicaux, le CHU de Québec-Université Laval refuse de lui verser ses prestations d'assurance salaire.

Ça nous met dans une situation précaire. Je trouve ça d'une grande injustice qu'on n'ait pas le droit à l'assurance-salaire présentement.

Gisèle [nom fictif], infirmière au CHU de Québec-Université Laval

Le Syndicat interprofessionnel du CHU de Québec (SICHU) rapporte qu'une centaine de ses membres sont dans la même situation actuellement dans ce seul établissement.

Le CHU de Québec compte plus de 12 500 employés

Le CHU de Québec compte plus de 12 500 employés

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

« J'ai peur »

Une préposée aux bénéficiaires du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale est dans une situation semblable.

Annabelle, dont nous avons aussi modifié le nom, est atteinte d'une maladie neurologique. Son médecin a récemment rédigé un billet dans lequel il réclame son isolement en raison de la COVID-19.

En étant immunosupprimé, on peut se ramasser avec une hospitalisation. Sur mon papier, c'est écrit que ça peut mener au décès. C'est épeurant, confie Annabelle.

Annabelle (nom fictif), une préposée aux bénéficiaires du CIUSSS de la Capitale-Nationale, est atteinte d'une maladie neurologique

Annabelle [nom fictif], une préposée aux bénéficiaires du CIUSSS de la Capitale-Nationale, est atteinte d'une maladie neurologique

Photo : Radio-Canada

Malgré cet avis médical, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a refusé son arrêt de travail. Son employeur lui a confié de nouvelles tâches à la place, sans contact avec les patients, mais Annabelle estime que sa santé est toujours menacée.

C'est tout le personnel que je côtoie dans une journée, sur le stationnement, dans l'ascenseur, n'importe où! J'ai bien beau être en isolement le reste du temps, mais on côtoie beaucoup [de gens] dans un hôpital.

Annabelle [nom fictif], préposée aux bénéficiaires au CIUSSS de la Capitale-Nationale

Elle a accepté de rester en poste, mais à contrecœur. S'ils me mettent en isolement là, je n'ai plus de salaire! Donc en étant monoparentale, je ne sais pas comment je ferais pour subvenir aux besoins de mes enfants.

Je me sens impuissante et j'ai peur! J'ai peur pour ma santé et la santé de mes enfants et de mes parents aussi, parce que mes parents sont pris pour garder mes enfants en ce moment.

Contraire aux directives ministérielles?

Le 15 mars dernier, le Secrétariat du Conseil du trésor du Québec envoyait un message aux sous-ministres et aux dirigeants d'organismes gouvernementaux au Québec dont le titre était COVID-19 : orientations quant au télétravail.

Dans cette note, on peut lire que les personnes de 70 ans et plus ainsi que celles atteintes de maladies chroniques ou immunosupprimées doivent demeurer en isolement volontaire, [et] leur traitement sera maintenu.

Les décisions du CHU de Québec et du CIUSSS de la Capitale-Nationale semblent donc, à première vue, aller à l'encontre de cette directive.

On a fait des représentations auprès de l'employeur, indique la présidente du SICHU de Québec, Nancy Hogan.

Ces gens-là étaient disponibles au travail. Arrive cet événement exceptionnel, cette situation exceptionnelle, nous considérons qu'elles doivent être rémunérées.

Nancy Hogan, présidente du Syndicat interprofessionnel du CHU de Québec
Nancy Hogan, présidente du Syndicat interprofessionnel du CHU de Québec

Nancy Hogan, présidente du Syndicat interprofessionnel du CHU de Québec

Photo : Radio-Canada

Selon Mme Hogan, les craintes sont très présentes chez ses 4600 membres. Elle espère que l'employeur réglera bientôt cette situation et adoptera une bonne communication pour diminuer l'anxiété et le stress.

Encore peu de télétravailleurs

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale explique que si un employé ayant un problème médical particulier ne peut pas faire de télétravail, on tente de le relocaliser dans un autre secteur sécuritaire.

Dans l'éventualité où aucune option ne serait satisfaisante, nous évaluons la possibilité de rémunérer ces personnes, indique par courriel Mathieu Boivin, agent d'information aux relations médias.

Cela confirme donc que les employés immunosupprimés qui sont renvoyés chez eux, comme Gisèle, ne touchent pas automatiquement leur salaire.

M. Boivin explique par ailleurs que le CIUSSS examine actuellement les possibilités permettant d'accroître le travail à domicile.

En date du 23 mars, cependant, le CIUSSS ne recensait que 45 cas de télétravail, alors que l'organisation compte plus de 17 700 employés dans la grande région de la Capitale-Nationale.

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