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Le CO2, une ressource commerciale?

Une cheminée crache sa fumée dans le ciel.

Les Canadiens produisent en moyenne 15,1 tonnes de CO2 par personne chaque année.

Photo : getty images/istockphoto

Audrey Neveu

Longtemps considéré comme la bête noire des grands industriels, le dioxyde de carbone (CO2) n’est plus vu que comme de la simple pollution. Grâce à la mise au point de différentes technologies, il serait possible d’utiliser commercialement le carbone tout en réduisant les émissions de CO2. Ce cercle vertueux n’est toutefois réaliste que pour une petite poignée d’industries.

À la raffinerie de pétrole Sturgeon, au nord d’Edmonton, le CO2 est devenu une véritable ressource. Capté grâce à un filtre spécial de l’entreprise Enhance Energy, il est compressé sous forme liquide, puis acheminé par pipeline à 240 kilomètres au sud, dans un champ pétrolifère situé près de Clive. Là-bas, Enhance Energy l’injecte dans les puits de pétrole en fin de vie.

Le CO2 agit comme un solvant, explique le président d’Enhance Energy, Kevin Jabusch. Depuis 10 ans, son entreprise met sur pied le pipeline de CO2Alberta Carbon Trunk Line (ACTL), le plus important en Amérique du Nord, en cours de construction.

Nous l’injectons dans des réservoirs de pétrole matures, dans lequel il reste environ la moitié du pétrole d’origine, poursuit Kevin Jabusch. En ajoutant du CO2, on augmente la pression dans le réservoir, ce qui permet d’extraire le pétrole restant.

Une fois dans le sol, le CO2 y est entreposé durablement.

Une carte montre le tracé du nord au sud du projet ACTL.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le CO2 capté est envoyé de la raffinerie pétrolière Surgeon, au nord d'Edmonton, jusqu'à un champ pétrolifère situé à Clive, au centre de l'Alberta.

Photo : Courtoisie : Enhance Energy

Puisque nous utilisons des routes, des pipelines et des réservoirs existants, nous avons une très faible empreinte environnementale , croit-il. Kevin Jabusch souligne que l’Alberta a un grand potentiel de décarbonisation des énergies fossiles grâce à cette méthode, car elle possède déjà les réservoirs pétroliers dans lesquels entreposer le CO2 capté.

D’autres usages industriels

Le CO2 peut également être utilisé pour fabriquer des boissons gazeuses ou du savon, ou encore pour faire pousser des légumes en serre plus rapidement, mais ces procédés consomment somme toute peu de CO2.

Le grand problème, c'est qu'on émet énormément de CO2, et le nombre de procédés qui en utiliseraient assez pour avoir un impact notable sur l’environnement est très limité, explique Frédéric-Georges Fontaine, professeur titulaire du Département de chimie de l’Université Laval. L'utilisation du CO2 pour produire du carburant a beaucoup de potentiel, selon lui.

À mon avis, et de celui de plusieurs experts, la meilleure façon serait les matériaux de construction. On peut introduire le CO2 dans le ciment et donc l’entreposer de façon permanente pendant plusieurs années.

Frédéric-Georges Fontaine, professeur titulaire du Département de chimie de l'Université Laval

C’est justement ce que souhaite faire la cimenterie Lafarge Canada, qui a mis sur pied trois projets pilotes de captage et de réutilisation du CO2 dans ses usines de l’Ouest canadien. À son usine de Richmond, près de Vancouver, l’entreprise Svante a installé un filtre spécial qui capte une tonne de CO2 par jour. L'industrie du ciment est une grande émettrice de CO2, tout comme les industries pétrolière et gazière.

La cimenterie Lafarge de Richmond est éclairée alors que la nuit tombe.

La cimenterie Lafarge de Richmond, près de Vancouver, en Colombie-Britannique, est l'une des trois de l'entreprise à accueillir un projet pilote de captage de carbone.

Photo : Courtoisie : Lafarge Canada

Le défi actuel n'est pas technologique. On a craqué le "code Da Vinci" au niveau de la technologie. On sait comment faire la capture du CO2 à très bas coût.

Claude Létourneau, président-directeur général de Svante

Le plus grand défi, c'est le modèle d'affaires, où tout le monde va pouvoir faire de l'argent tout en réglant les émissions de CO2 dans l'atmosphère, estime Claude Létourneau.

Des incitatifs pour augmenter le captage

Tous les acteurs du captage de carbone le disent : le prix sur la pollution est un grand incitatif pour le captage et l’utilisation de carbone. Selon Claude Létourneau, cependant, le prix canadien – qui doit atteindre 50 $ la tonne en 2022 – n’est pas suffisant.

Éventuellement, le consommateur devra assumer un coût de 100 $ la tonne pour développer l'industrie à l'échelle qui est requise pour stocker les millions de tonnes de CO2 qu’on produit, affirme Claude Létourneau.

Vue intérieure d'une usine avec plusieurs machines industrielles.

L'usine de Svante, à Vancouver, lui permet de tester les méthodes de capture du carbone.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Osorio

Il croit également que le Canada aurait avantage à imiter les États-Unis, qui offrent un crédit d’impôt pour la séquestration du carbone. Ces mesures incitatives combinées feraient réellement décoller la demande commerciale pour le captage de CO2, juge-t-il.

Là où on a une faiblesse, au Canada, c'est qu'on est très bons pour développer le concept, mais pour déployer à grande échelle commercialement, on n'a pas les outils financiers ou le volume pour le faire, croit Claude Létourneau. Le secteur américain représente plus de potentiel pour supporter le déploiement de ces usines à plus grande échelle.

Changements climatiques : un outil suffisant?

Même si l’utilisation commerciale du CO2 connaît une véritable envolée, Claude Létourneau et bien des experts le répètent : ce ne sera pas suffisant pour contrer le réchauffement climatique.

Il n'y aura pas de formule magique.

Frédéric-Georges Fontaine, professeur titulaire du Département de chimie de l'Université Laval

Si on se base juste sur la valorisation du CO2 pour régler les changements climatiques, ce n’est pas une cause perdue, mais pas la façon la plus légitime d’y arriver, estime le professeur Frédéric-Georges Fontaine. C'est un outil parmi tant d'autres pour arriver vers un équilibre des émissions du CO2. Ça implique une réduction de la consommation; une meilleure utilisation des déchets; tout un ensemble de changements.

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