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Trump souhaite un retour au travail « avant Pâques » pour « sauver » les États-Unis

Alors que le nombre de cas de COVID-19 grimpe plus vite aux États-Unis que n'importe où ailleurs dans le monde, Donald Trump fait la promotion d'un retour rapide au travail.

Le président Trump a reçu Fox News dans les jardins de la Maison-Blanche mardi matin pour faire le point sur la gestion de la pandémie et pour répondre à des questions du public.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Après avoir flirté publiquement lundi avec l’idée de renvoyer rapidement les travailleurs américains à leur gagne-pain, le président Donald Trump a précisé sa pensée mardi en exprimant sur les ondes de la chaîne Fox son désir de relancer le gros de la production et des activités commerciales du pays d’ici Pâques, soit avant le 12 avril.

De l’avis du président des États-Unis, les conséquences économiques des mesures sanitaires prises contre la pandémie de COVID-19 s’annoncent plus graves que celles de la pandémie elle-même.

Notre peuple est plein de vigueur et d'énergie. Il ne veut pas être enfermé, a fait valoir M. Trump lors de son intervention télévisée. Il a ajouté : Vous pouvez détruire un pays de cette façon, en le fermant.

Il est, selon lui, question de sauver la nation d’une insurmontable crise économique.

Quant aux risques pour la santé des Américains, il souligne que la grippe fait des milliers de victimes chaque année et on ne met pas le pays à l’arrêt pour autant.

Sur recommandation de l’équipe d’experts formée par la Maison-Blanche pour lutter contre la pandémie, le président Trump a demandé aux Américains, le 16 mars dernier, de s’isoler chez eux pendant deux semaines pour ralentir la propagation du virus à travers le pays, alors que le nombre de cas grimpait rapidement.

Le respect de cette directive n’est pas obligatoire, mais de nombreux Américains s’y conforment.

Cette période d’isolement pourrait être prolongée, a tout de même reconnu le président à contrecoeur. Cela dépendra de l’évaluation de la situation au terme des 15 jours d'isolement prévus.

Donald Trump dit quelque chose à Mike Pence en lui montrant un document avant leurs interventions télévisées.

Le vice-président Mike Pence et des experts en santé publique de la Maison-Blanche accompagnaient Donald Trump sur le plateau de Fox News.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Tout comme son chef, le vice-président Mike Pence fait la promotion d’un retour rapide au travail. Sur les mêmes ondes, peu avant l’intervention du président, il a fait savoir que ce dernier discutait avec l’équipe d’experts de la Maison-Blanche afin que soient développées de nouvelles mesures sanitaires en milieu de travail.

Plus tard, lors du point de presse quotidien de la Maison-Blanche, le président a aussi déclaré qu’il estime que nous commençons à voir la lumière au bout du tunnel, bien que sa propre équipe de spécialistes considère devoir collecter plus de données sur la pandémie avant d’évoquer tout échéancier de sortie de crise.

Ce que le président suggère, c'est que cette lumière au bout du tunnel pourrait être un train fonçant sur nous si les gens sortent et se déplacent de manière à propager davantage la maladie, a ironisé sur les ondes de CNN la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après cette déclaration. Elle appelle Donald Trump à ne pas prendre de décisions à contre-courant de l'avis des experts.

Le Dr Anthony Faucy, une sommité en matière de maladies infectieuses qui fait partie de l’équipe formée par la Maison-Blanche, a d’ailleurs indiqué mardi dans une entrevue radiophonique que le président écoutait et acceptait toutes ses recommandations ainsi que celles de ses collègues jusqu’à présent. Reste à voir ce que cette équipe proposera au président au terme de la période d’isolement de 15 jours, et s’il s’en satisfera.

Une réelle menace

Malgré les mesures d’isolement en vigueur, les États-Unis sont à risque de devenir le plus important foyer d’éclosion de la COVID-19, d’après l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le nombre de malades risque d’y dépasser celui enregistré en Chine et en Italie.

Le total de cas diagnostiqués y croît à un rythme effréné. Il a doublé depuis samedi, augmentant d’environ 10 000 par jour, pour frôler les 50 000 cas au moment d’écrire ces lignes mardi.

Un homme seul traverse la 5e Avenue à New York. Peu de passants et de véhicules sont présents aux alentours.

Le coeur de Manhattan, comme beaucoup d'autres secteurs urbains, a pris des airs de ville fantôme.

Photo : Reuters / Carlo Allegri

Ce chiffre pourrait aussi être bien inférieur au nombre réel de malades, les autorités américaines ayant fait l’objet d’abondantes critiques étant donné le faible nombre de tests de dépistage réalisés, surtout en janvier et en février.

Le nombre de tests par jour a grandement augmenté récemment, mais seulement 88 000 tests ont été réalisés au total. Cela correspond à 0,027 % de la population du pays.

Des politiciens de toute allégeance, ainsi que de nombreux spécialistes en santé publique et divers ténors de l’économie américaine, ont exprimé leur inquiétude à l’idée d’une reprise rapide du commerce et de la production.

Liz Cheney, troisième dans la hiérarchie républicaine à la Chambre des représentants, a réagi sur Twitter en s'opposant au discours du président.

Nous n’aurons pas une économie qui fonctionne normalement si nos hôpitaux sont débordés et si des milliers d'Américains de tous âges, y compris nos médecins et nos infirmières, meurent parce que nous n'avons pas fait le nécessaire pour arrêter le virus.

Liz Cheney, représentante du Wyoming

Nous ne pensons pas que nous serons prêts, de quelque manière que ce soit, à revenir à la normale dans 5 ou 6 jours, ou lorsque les 15 jours seront terminés, a pour sa part reconnu le gouverneur républicain du Maryland, Larry Hogan. Son État, avec 349 cas confirmés, n’est pas parmi les plus touchés du pays.

Une reprise trop rapide inquiète même du côté de Wall Street. Les marchés réagiront mal parce qu'ils ont appris que cette approche ne fonctionne pas, ont prévenu des experts des marchés boursiers, dont l’investisseur Axel Merk.

Du point de vue médical, il faut interrompre la croissance exponentielle du nombre de cas, et cela nécessite le maintien des mesures d’isolement, a déclaré ce dernier.

Le pire serait à venir

Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, est loin d’être plus optimiste que son homologue du Maryland. Il prévoit que la vitesse de propagation du virus dans son État devrait atteindre de nouveaux sommets dans deux à trois semaines, soit au cours des jours précédant le dimanche de Pâques.

Le gouverneur de l'État de New York parle, assis devant des centaines de boîtes de matériel médical.

Andrew Cuomo a réagi au souhait exprimé par le président Trump alors qu'il annonçait la conversion d'un centre de congrès en hôpital de fortune.

Photo : Reuters / Mike Segar

L’État de New York, qui compte environ 20 millions d’habitants, signale déjà plus de 25 000 cas, soit presque dix fois plus que n’importe quel autre État américain.

C’est plus de la moitié des cas répertoriés à travers le pays, et sur la scène internationale, seules la Chine, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne en ont diagnostiqué davantage.

Un assouplissement des règles sur la distanciation sociale pourrait avoir des conséquences catastrophiques, craint le gouverneur Cuomo, qui ne croit pas que cela concorde avec les désirs de la population.

Si vous demandez au peuple américain de choisir entre la santé et l'économie, le choix sera évident. Aucun Américain ne va dire qu’il faut stimuler l'économie au prix de vies humaines.

Andrew Cuomo, gouverneur de l'État de New York

Tout indique que son État et certains autres, à l’exemple de la Californie, maintiendront des restrictions, même si la Maison-Blanche venait à encourager la reprise des activités dès le début du mois d’avril. Ces États n’avaient pas attendu la directive de Washington pour adopter des mesures de confinement.

Avec les informations de Reuters, CNN, et Associated Press

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