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Comment les humoristes en confinement se sont approprié le direct sur Instagram

Les six personnes sont chacune chez elles et sont installées devant une caméra.

Collage de différentes vidéos en direct montrant Mathieu Dufour, Arnaud Soly, Matthieu Pepper, Véronique Cloutier, Alexandre Champagne et Guillaume Pineault.

Photo : Radio-Canada

Justine de l'Église

Quelque chose de fascinant se passe en ce moment dans le milieu de l’humour québécois. Dans le contexte de la pandémie et de l’annulation de tous les spectacles, la jeune génération d’humoristes a trouvé – très rapidement – une façon de créer un sentiment de communauté avec le public. Cette façon 2.0 de se rassembler en cette ère de la distanciation sociale est une sorte de baume en période d'incertitude.

Le soir venu, les alertes pleuvent sur les téléphones. Un torrent d’artistes lancent des vidéos en direct et invitent tour à tour leurs collègues à y participer à distance.

Mathieu Dufour anime son SHOW-rona virus; Guillaume Pineault et Matthieu Pepper donnent vie à Ça prend pas la tête à Pepp Pineault, le late show; Arnaud Soly enfile la perruque de Brian, l’infirmier déchu au bout du fil au 811; Katherine Levac et Rosalie Vaillancourt sirotent du vin en jouant à une partie de Do, date, dump; et Yannick De Martino et Julien Lacroix se font des lectures de scènes de films.

Les humoristes ont pris la Instagram d’assaut pour y offrir toutes sortes d’expériences et le public est au rendez-vous.

Travailler ensemble

L’option « duplex » d’Instagram permet de s’inviter, de discuter, de rigoler entre humoristes et membres du public. Le tout peut avoir l’air chaotique, mais dans les faits, le milieu s’est organisé très rapidement – avec les moyens du bord.

Dans les coulisses, dans un groupe Facebook réservé aux humoristes, on s’invite mutuellement à se joindre à des directs et on se partage des heures de diffusion. Il y a comme une grille horaire qui s’organise organiquement. On est comme des petites fourmis qui construisent quelque chose ensemble, explique Arnaud Soly.

Arnaud Soly, assis sur le plateau de « Faites-moi rire ».

L'humoriste Arnaud Soly

Photo : Zone 3 / AMELIE GRENIER

L’humoriste a rapidement invité d’autres personnes à participer à ses directs. Que ce soit pour faire des doublages d’émissions ou improviser des folies avec ses personnages déjantés, Arnaud Soly ne travaille pas seul.

Grâce aux collaborations de collègues, le personnage de Brian d’Info-Santé a même su se développer au fil des différentes vidéos en direct. Il y a Alex Champagne qui fait mon coloc, mais ce n’était pas prévu! On ne se donne pas rendez-vous, on ne prépare rien, mais il est à tous les lives. Il y a aussi deux ex-blondes de mon personnage qui reviennent. Il y a des histoires qui se créent. J’essaie de laisser ça aller, explique Arnaud Soly.

La genèse d’un mouvement

Difficile de dire comment s’est lancé le mouvement exactement. On l’observe aussi chez les musiciens et musiciennes, les personnalités web et les célébrités en général. En période de confinement, il semble que le milieu a rapidement foisonné.

Du côté de l'humour québécois, Mathieu Dufour a été parmi les premiers à faire des directs. A-t-il lancé le bal? Il l’ignore, mais dans les trois ou quatre jours suivant le début de son initiative, Instagram était saturé de vidéos d’humoristes.

Le jeune homme sourit à la caméra, une main sous le menton.

L'humoriste Mathieu Dufour

Photo : capture d'écran / mathieudufour.com

Au départ, les directs de Mathieu Dufour n’avaient d’ailleurs rien à voir avec le coronavirus. Ça a commencé un peu de manière absurde, raconte-t-il. J’ai atteint les 60 000 abonnés sur Instagram et j’ai fait un live pour les remercier. J’ai vu qu’il y avait beaucoup de gens à l’écoute. Je me suis dit, peut-être si je le refais et que je l’annonce d’avance, il va y avoir encore plus de gens!

C’est ce qu’il a fait dès son deuxième direct, soit au lendemain de l’annonce de l’annulation des spectacles par le premier ministre québécois François Legault. Les demandes de participation de camarades artistes ont commencé à arriver en grand nombre. Mathieu Dufour a donc alterné entre les personnalités invitées de manière impromptue, créant un talk-show entièrement numérique et improvisé.

Une émission organisée, ou presque

Le tout a pris une tournure beaucoup plus sérieuse pour Mathieu Dufour quand le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a participé au SHOW-rona virus. « L’émission » a maintenant un générique et ses gags récurrents. L’initiative est devenue tellement populaire que l’équipe de gérance de Mathieu Dufour l’aide à bâtir chaque soir une liste de personnes invitées. Le reste demeure improvisé.

C’est fou le nombre de demandes de participation qu’on reçoit. J’ai un horaire de "booking" maintenant!

Mathieu Dufour, humoriste

Je me sens comme si j’avais fait Tout le monde en parle, a écrit Marie-Lyne Joncas à la blague dans sa story, lundi soir, après sa participation.

Mathieu Dufour reçoit toutes sortes de personnes au SHOW-rona virus. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, est venue faire un tour, de même que la députée de Québec solidaire Catherine Dorion. L’humoriste a même reçu en direct deux ambulancières paramédicales qui travaillent dans la région de Montréal.

On a un bon roulement, assure l’humoriste. Et là, j’ai en plus pris le pari de le faire jusqu’au 1er mai. Ça fait encore 39 shows!

Un bonheur collectif

Arnaud Soly et Mathieu Dufour n’ont jamais reçu autant de messages de fans leur disant que ce qu’ils font leur fait du bien. On s’offre la possibilité de rire, de dédramatiser, de se rassembler. En temps d’inquiétude et d’incertitude, pour plusieurs internautes, ces vidéos font l’effet d’un baume.

C'est peut-être une leçon pour ceux et celles qui critiquent les réseaux sociaux, les accusant de rendre les gens asociaux.

Peu à peu, on se rend compte à quel point c’est fondamental, que les réseaux sociaux sont une source de joie, de divertissement et de rigolade, analyse Chiara Piazzesi, professeure en sociologie à l’Université du Québec à Montréal, spécialisée en réseaux sociaux.

Elle n’est d’ailleurs pas surprise que le direct sur Instagram soit aussi populaire en cette période de confinement collectif.

Ça simule la sociabilité. Ça simule un contact avec d’autres personnes, avec quelqu'un qui nous faire rire, qui nous partage des expressions de soi – et qui est loin, mais qu’on ressent comme proche, si on interagit avec elle.

Chiara Piazzesi, professeure en sociologie spécialisée en réseaux sociaux

Même si une vidéo en direct ne remplace pas une performance en personne, « ça donne une expérience qui se rapproche du présentiel », constate la professeure. On conserve les défauts et les caractéristiques du direct, l’authenticité, l’excitation d’assister à quelque chose de spontané.

Impossible pour le moment de dire si la tendance du direct sur Instagram est là pour durer chez les humoristes du Québec.

Lundi soir, Matthieu Pepper et Arnaud Soly en discutaient sur la plateforme. Ils se disaient que toute une génération d’humoristes allait parler de cette époque pour longtemps encore. Évidemment, cette impression ne vaut pas uniquement pour le milieu de l’humour québécois.

On est au début de cette crise. J’ai l’impression que toute la planète va se souvenir de ça pendant longtemps, avance Arnaud Soly. Le monde au complet est paralysé. C’est incroyable. C'est du jamais vu.

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