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JO de Tokyo : soulagés, les athlètes canadiens se tournent vers 2021

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Aurélie Rivard après avoir remporté le 400 m libre (S10) aux Jeux paralympiques de Rio.

Aurélie Rivard après avoir remporté le 400 m nage libre (S10) aux Jeux paralympiques de Rio.

Photo : AFP/Getty Images / YASUYOSHI CHIBA

Radio-Canada

Après des semaines d'incertitude, les athlètes canadiens sont maintenant fixés. Les Jeux de Tokyo sont reportés à 2021, une décision du Comité international olympique (CIO) qu'ils accueillent favorablement.

Lundi, la triple championne paralympique Aurélie Rivard disait que l’incertitude, c’est l’enfer. La décision du CIO a donc galvanisé la nageuse québécoise.

C’est un soulagement énorme. Même si tout le monde s’y attendait, ce n’était pas confirmé et j’avais toujours une espèce de scénario catastrophe derrière la tête, a-t-elle confié à Radio-Canada Sports. Là, je suis contente que ce soit confirmé. Il reste juste à confirmer des dates, mais ce sont des détails.

Maintenant, on peut se concentrer sur quelque chose de précis, on peut refaire le plan. Déjà, mon coach m’a textée là-dessus. Donc là, on peut commencer à prendre des actions et ça, c’est rassurant.

La veille, la nageuse de Saint-Jean-sur-Richelieu avait même évoqué une retraite éventuelle en cas d’annulation des Jeux. Maintenant, il n’en est plus question.

Moi, depuis 2016, c’était sûr que j’allais à Tokyo, que ce soit en 2020, 2021, 2022. Donc, un an, je suis capable de continuer.

Le bon côté de la médaille

Comme la plupart de ses compatriotes, le cycliste Hugo Houle salue la décision du CIO. Il estime d'ailleurs que l'annonce du Canada de ne pas envoyer d'athlètes à Tokyo cet été peut avoir pesé dans la balance.

C’est certain que la réaction des différents pays a eu pour effet de mettre de la pression sur le CIO. Il devait quand même avoir son idée en tête, mais s’était quand même donné quatre semaines au cas où la situation allait s’améliorer très rapidement. Il s’était juste acheté un peu de temps, a partagé le cycliste d'Astana.

Hugo Houle ajoute qu'il était rendu très difficile pour les athlètes de s'entraîner de façon adéquate.

Le problème, c’est que tant qu’il n’y a pas d’annonce officielle, les athlètes continuent à s’entraîner et à prendre des risques malgré ce que nos gouvernements nous disent de faire en raison de la crise (du coronavirus). Tout ça était un peu contradictoire, a-t-il expliqué.

C’est une bonne nouvelle, je vais pouvoir aller aux Jeux olympiques! J’aurais été déçu s’il y avait eu des Jeux et que le Canada n’y était pas allé, même si c’était la bonne décision à prendre.

Le cycliste Hugo Houle
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Hugo Houle roulant sur son vélo.

JO de Tokyo : Hugo Houle réagit

Photo : Getty Images / Anne-Christine Poujoulat

Un grand soulagement

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La plongeuse est en action dans les airs.

JO de Tokyo : la réaction de Meghan Benfeito

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

La plongeuse Meghan Benfeito a appris la nouvelle mardi matin à son réveil.

Hier, on voyait plein de textes contradictoires, raconte-t-elle. J’avais l’impression que les nouvelles étaient fakes… puis j’ai vu plusieurs articles ce matin. C’est un soulagement de finalement, pas avoir une date, mais de savoir que l’entraînement qu’on fait va pouvoir servir.

L’athlète de 31 ans, récemment vue sur les médias sociaux alors qu’elle s’entraînait à faire des plongeons sur son divan, prend les choses avec calme et envisage l’avenir au jour le jour. Mais elle avoue que les derniers jours ont été riches en émotions.

Les Jeux olympiques de Tokyo seraient les quatrièmes de la triple médaillée de bronze olympique. Qu’ils soient organisés en 2020 ou en 2021 ne change rien pour elle.

Je disais déjà vouloir rester un an après les Jeux, que c’était impossible pour moi que les Jeux soient ma dernière compétition. Ce n’est pas si grave que ça. Est-ce que je vais continuer un après les Jeux? Pas certaine, mais pour moi c’est OK de continuer un an encore.

Meaghan Benfeito n’est pas encore complètement guérie d’une blessure au poignet et ce report lui donnera plus de temps pour se rétablir. Elle aimerait cependant être rapidement fixée sur les dates exactes des Jeux en 2021.

J’espère qu’on ne va pas nous faire attendre des mois encore, s'exclame-t-elle. Il faut faire un plan avec ça au plus vite.

Une spirale d'émotions

Le judoka Antoine Valois-Fortier est un autre athlète qui respire mieux maintenant que le CIO a retardé la présentation des Jeux à l'année prochaine.

Il y a eu comme une spirale d’émotions cette semaine, donc c’est sûr que c’est un soulagement. Avec tout le contexte actuel, ça devenait pas mal angoissant de ne pas savoir ce qui allait se passer avec nos Jeux olympiques. Je suis très satisfait qu’ils aient pu prendre la bonne décision pour mettre de l’avant la santé de tout le monde et des athlètes.

Antoine Valois-Fortier, judoka

Le judoka originaire de Québec avait appuyé la position du Canada de ne pas envoyer ses athlètes à Tokyo en 2020, mais il avoue qu’il aurait mal digéré que les Jeux aient lieu cette année sans qu’il puisse y prendre part.

C’est sûr que l’angoisse, ça commence à te tourner dans la tête un peu, admet-il. Tout d’un coup que les Jeux ont lieu en juillet, et on ne sera juste pas là. T’essaie de te concentrer sur ce que tu peux contrôler, mais ça reste toujours un petit tiraillement intérieur entre l’athlète et le citoyen. Je suis content que tout ça se soit bien terminé et que l’effet boule de neige ait fonctionné, que pas mal d’autres pays aient suivi après l’annonce du Canada.

Le médaillé de bronze des Jeux de Londres en 2012 regarde déjà en avant et plusieurs interrogations lui viennent à l’esprit.

Il reste tout de même une bonne liste de questions, à savoir quand les calendriers vont reprendre? Comment vont-ils modifier la qualification? Et nous sommes dans une crise qui est loin d’être réglée à l’échelle planétaire, observe-t-il. Ça pourrait encore durer bon nombre de semaines, voire de mois. Je suis juste curieux de voir la suite des choses. J’aimerais ça pouvoir lire le futur dans une boule de cristal pour voir comment tout ça va se dérouler.

Antoine Valois-Fortier

Antoine Valois-Fortier

Photo : Getty Images / TOSHIFUMI KITAMURA

Unir la planète

L'escrimeur Joseph Polossifakis a toujours gardé bon espoir de voir le CIO prendre la bonne décision, soit celle de repousser les Jeux olympiques d'une année. Malgré tout, un doute subsistait, surtout depuis l'annonce du Comité olympique canadien (COC) de ne pas envoyer de ses athlètes à Tokyo si les Jeux devaient avoir lieu cet été.

Il y avait toujours ce petit doute-là, de se dire : ‘’Imagine si le CIO ne bouge pas’’, mais dans ma tête, les chances étaient de notre côté, confie le Montréalais. Il y avait tellement de voix autres que celle du Canada qui s’opposaient à avoir des Jeux cet été que ce n’était plus juste le Canada qui était contre le reste de la planète en terme d’opinion.

Même si des questions demeurent quant à d'éventuelles modifications des différents processus de qualification, il croit que le pire est derrière lui. Polossifakis, qui espère participer à ses deuxièmes Jeux olympiques, est surtout fier de l'apport du système sportif canadien au dénouement de l'impasse qui paralysait les athlètes depuis quelques semaines.

C’est sûr que le leadership [du COC] a forcé une prise de décision assez rapide, et ça a amené d’autres personnes et d’autres comités olympiques à se prononcer. [...] Le Canada a pris cette position-là, très forte, et ça a vraiment porté ses fruits.

Il estime avoir tout le temps nécessaire pour être au sommet de son art au printemps ou à l'été 2021, et assure vouloir faire partie d'une aventure olympique qui, selon lui, sera parmi les plus grandes de l'histoire.

C’est le plus gros événement dans le monde, et c'est spécial de pouvoir faire partie de cette famille olympique, de ce que ça représente, l’unité. Ce sera le sport sans frontières, sans politique, c’est ce dont on a besoin maintenant pour nous unir. Je sens de plus en plus que nous sommes unis contre un ennemi invisible. [...] Tout le monde va être content d’être [aux Jeux], on va vraiment apprécier ce qui a été fait pour les mettre en œuvre et tout le travail que ça aura pris de toutes parts. Je crois que ce seront les meilleurs Jeux de tous les temps.

Modifier le plan de match

La championne olympique de lutte Erica Wiebe est d'accord avec le report des Jeux. Ça lui permet de revoir son plan de match tout en respectant les directives de confinement.

Cette année de délai m'oblige à revoir mon plan de match avec l'équipe qui m'aide. On doit bâtir ensemble le plan idéal pour la prochaine année, a écrit Erica Wiebe à Radio-Canada.

Erica Wiebe serre le poing après avoir battu une adversaire.

La lutteuse canadienne Erica Wiebe

Photo : Associated Press / Manish Swarup

Pour l'instant, je me concentre à minimiser les risques d'attraper le virus. Je suis à la maison, et je reste éloignée des autres.

Quand nous sortirons de cette pandémie, nous pourrons reprendre l'entraînement, mais pour le moment, la priorité, c'est de rester en santé.

Erica Wiebe, championne olympique de lutte

Les athlètes auront donc une année de plus pour se préparer aux Jeux. L'entraîneur Frédéric Jobin, responsable de l'équipe canadienne masculine de kayak de vitesse, y voit du positif.

Les athlètes vont comprendre assez rapidement que c’est un avantage, entre autres d’avoir plus de temps pour travailler sur leurs faiblesses et de renforcer leurs qualités, a-t-il dit à Radio-Canada.

Un obstacle de moins

Diane Roy admet que le report des Jeux paralympiques lui facilite la vie.

Les Jeux étaient présentés (à la fin août), alors que mon garçon commencera sa maternelle, explique l'athlète en fauteuil roulant. Avec l’annonce du report, les Jeux ne tombent plus dans cette période, alors c’est un obstacle de moins dans ma tête.

La longue expérience internationale de Diane Roy lui permet de relativiser bien des choses en ces temps où tout le monde est dans le même bateau.

Diane Roy

Diane Roy

Photo : Société Radio-Canada

Faire des plans B, j’en ai plein mes bagages, des gros comme des petits, indique-t-elle avec humour. Il y a pire. Là, on espère juste que ça va s’estomper, mais ça grossit. C'est sûr que je n’ai pas la même réaction qu’un athlète qui vise ses premiers Jeux.

En quarantaine pour un minimum de deux semaines, Diane Roy ne manquera pas de choses à faire pour s’occuper.

Ça va passer vite, car quand je reviens de voyage, il y a du ménage à faire, du télétravail, m’occuper de mon gars et recommencer à m’entraîner dans le garage, précise-t-elle.

Je suis super motivée pour ça, tu ne peux pas t’imaginer. Ça m’écœurait avant de faire du rouleau et là, ça me lève presque le cœur, conclut-elle.

Prolonger sa carrière

À 36 ans, le kayakiste Mark de Jonge en est très certainement à ses derniers Jeux, s’il se qualifie.

Médaillé de bronze à Londres en 2012, l’athlète de Nouvelle-Écosse a toujours comme objectif de se rendre à ses troisièmes Jeux, avant d’entreprendre une deuxième carrière.

Mon objectif vient d’être repoussé d’un an, dit-il. Beaucoup de choses peuvent se produire dans la prochaine année. Ce qui pourrait vouloir dire que, peu importe si je donne mon maximum, ça se peut que je n’y arrive pas. Je ne suis assuré de rien. C’est ça le problème dans le sport, tout est incertain. Mais à ce moment-ci, les Jeux en 2021 sont définitivement un de mes objectifs.

Je veux finir ça d’une belle façon. Ça fait 21 ans que je pratique ce sport, j’en ai vu de toutes sortes. Mais je ne prévois pas de terminer ma carrière assis sur mon divan en quarantaine. Donc j’aimerais vraiment me rendre à ces Jeux.

Et ces Jeux seront énormes, parce que tout le monde sera réuni après cette pandémie mondiale. Je crois que les Olympiques seront encore plus symboliques et je veux en faire partie.

Mark de Jonge, médaillé de bronze à Londres
Le kayakiste canadien Mark de Jonge dans son embarcation sur l'eau à la fin d'une course aux Jeux panaméricains.

Mark de Jonge

Photo : The Canadian Press / Aaron Lynett

La bonne chose à faire

Adam van Koeverden n’est plus un athlète actif. Il est maintenant député libéral de la circonscription de Milton, en Ontario, et porte aussi le titre de secrétaire parlementaire de la ministre de la Diversité et de l’Inclusion et de la Jeunesse et du ministre du Patrimoine canadien.

Même s’il est encore lié au monde sportif par son poste de secrétaire parlementaire, le champion olympique n’a pas été inclus dans le processus décisionnel qui a mené le Canada à se retirer des Jeux de 2020 et à demander leur report. Mais il l’appuie sans réserve et souligne que c’était la seule chose à faire.

Comme l’ont dit les gens des comités olympique et paralympique canadiens, c’était immoral de demander aux athlètes de s’entraîner pour des Jeux.

Maintenant, les athlètes vont pouvoir se concentrer sur ce qui est important : rester en santé et en sécurité, aider à garder leurs familles et leurs communautés en santé et en sécurité.

Psychologiquement, pour la majorité des athlètes à travers le monde, pas uniquement au Canada, c’était la bonne chose à faire et ça atténuera le stress et l’anxiété.

(Avec les informations de Jean St-Onge, de Michaël Roy, de Jacinthe Taillon, d'Olivier Pellerin, de Justine Roberge et de Philippe Crépeau)

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