•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le gouvernement albertain mise sur les consultations virtuelles

Plan serré de la poitrine d'un médecin en sarrau avec un stéthoscope au cou.

Le gouvernement albertain a récemment suivi l'exemple de la Colombie-Britannique en lançant l'application mobile Babylon, qui permet aux médecins de faire des consultations virtuelles (archives).

Photo : Radio-Canada / David Donnelly

Mirna Djukic

Le ministère de la Santé de l’Alberta redouble d’efforts pour encourager citoyens et médecins à recourir à des consultations virtuelles ou par téléphone. Même s’il a accepté de presque doubler le salaire offert aux médecins qui le font pendant la pandémie, la stratégie suscite certaines inquiétudes dans le milieu médical.

Le gouvernement albertain veut faciliter les consultations médicales à distance pour faciliter l’accès aux soins tout en préservant la distanciation sociale.

Pour encourager les médecins des réseaux public et privé à adopter cette pratique, il est prêt à les payer 38 $ pour chaque consultation de plus de 10 minutes effectuée par téléphone ou vidéoconférence pendant la pandémie. C’est le même salaire que pour une consultation face à face. C’est aussi 18 $ de plus que ce qu’il avait annoncé la semaine dernière.

Mercredi dernier, le ministère de la Santé avait annoncé l’activation d’un code de facturation spécial, qui permettrait aux médecins des réseaux public et privé de se faire payer pour donner des consultations sur Internet ou au téléphone.

Presque en même temps, il a annoncé le lancement de l’application mobile Babylon en Alberta, en partenariat avec Telus Santé.

Babylon permet aux Albertains d’entrer en contact avec un médecin et de faire des consultations par vidéo. Elle contient aussi un agent conversationnel [chatbot, NDLR] qui donne des conseils à l’utilisateur en fonction de ses symptômes.

Tous ces services sont couverts par le ministère de la Santé, et donc gratuits pour les Albertains. Ils peuvent cependant être offerts par des médecins du réseau privé.

L’application est gratuite et repose sur les services d’un groupe de médecins qui a signé une entente avec le gouvernement et Telus.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Le ministère fait marche arrière sur les salaires

L’initiative avait cependant reçu un accueil plutôt tiède dans le milieu médical. La Dre Jennie Herd, médecin de famille de Calgary, avait entre autres affirmé que le salaire proposé alors par le gouvernement (20 $ par consultation) couvrirait à peine les frais d’exploitation de sa clinique.

L’Association médicale de l’Alberta (AMA) avait également exprimé des inquiétudes face à ce modèle d’affaires dans une lettre ouverte. Elle s’est réjouie de voir le gouvernement changer de cap au sujet des salaires.

Il y a maintenant plusieurs codes de facturations différents que les médecins peuvent utiliser pour les consultations en santé mentale et physique, qu’elles soient reliées ou non à la COVID-19.

Ces codes représentent un important pas en avant pour assurer la viabilité des cliniques médicales et soutenir les milliers d’Albertains qu’elles emploient, a déclaré la présidente de l’AMA, Christine Molnar, par communiqué.

Le porte-parole de l’opposition officielle en matière de Santé, David Shepherd, est du même avis, même si, selon lui, ça n’aurait pas dû prendre deux semaines de négociations avec les médecins pour en arriver là.

Des médecins doutent de la qualité des soins fournis sur Babylon

Malgré cela, Babylon ne suscite toujours pas l’unanimité au sein de la communauté médicale.

L’application fonctionne essentiellement comme une clinique sans rendez-vous. Les utilisateurs ne peuvent pas l’utiliser pour voir leur médecin de famille ni s’assurer d’avoir le même médecin d’un rendez-vous à l’autre.

Ce type de soins aboutit à une fragmentation et une perturbation de la continuité des soins.

Christine Molnar, présidente, Association médicale de l’Alberta

Pour la Dre Ruoh-Yeng Chang, c’est carrément une attaque envers les cliniques familiales, qui affaiblit la relation entre les médecins de famille et leurs patients.

Je suis très fâchée, en tant que médecin qui fait ce métier depuis 20 ans, que le gouvernement fasse la promotion et finance un service qui envoie mes patients vers un médecin inconnu, qui n’a pas accès à mes dossiers, alors que je suis disponible pour le même service, croit aussi la Dre Alice Bédard, une omnipraticienne d’Edmonton.

La Dre Nathalie Forbes, pédiatre communautaire à Calgary, croit que Babylon est une médiocre version de soins de santé privés, payés par le gouvernement, qui met de l’argent dans les poches de Telus.

Le porte-parole du ministre de la Santé, Steve Buick, a expliqué par courriel que Babylon ne visait pas à remplacer la méthode traditionnelle de soins, mais à la compléter.

C'est une option novatrice et commode pour des visites médicales financées par le public.

Steve Buick, porte-parole du ministre de la Santé de l'Alberta
L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure

Pas encore approuvée par le commissaire à la vie privée

Telus Santé a soumis le dossier de Babylon au commissaire à la vie privée de l'Alberta avant le lancement de l’application, comme l’exige la loi. Cependant, en raison d’un haut volume de dossiers en ce moment, le commissaire ne pourra pas traiter sa demande avant un an.

L’opposition officielle s’inquiète cependant aussi de la sécurité des informations personnelles des patients sur Babylon. David Shepherd souligne que Telus Santé est une compagnie privée, tout comme l’entité Babylon Health, qui est basée au Royaume-Uni.

Selon lui, les conditions d’utilisation de Babylon impliquent que des enregistrements vidéo de consultations sont copiés et stockés sur les serveurs de Babylon et que ces vidéos peuvent être partagés avec des partenaires d’affaires et des entités à l’extérieur du Canada, incluant des gouvernements étrangers.

Le ministre de la Santé, Tyler Shandro, a affirmé par courriel que ces déclarations étaient absurdes. Il affirme qu’il est très clair pour Babylon et pour Telus que toutes les informations partagées sur Babylon sont privées.

Le premier ministre, Jason Kenney, a également dit qu’il avait pleinement confiance dans l’application, qui a déjà fait ses preuves, selon lui, en Colombie-Britannique et au Royaume-Uni.

Avec des informations de Charles Rusnell et de Janet French

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Alberta

Soins et traitements