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chronique

Combien de temps peut-on vivre sans arts de la scène?

Des sièges sont vides et un micro sur une scène également vide.

Depuis la pandémie de la COVID-19, les salles de spectacle sont vides.

Photo : getty images/istockphoto / PinkBadger

CHRONIQUE – Ça fait déjà plus d’une semaine que ça dure. Les cinémas sont fermés, tout comme les musées. Pas de concerts, ni de pièces de théâtre ou de spectacles d’humour. Cela mène à une question aussi existentielle que vitale : combien de temps pouvons-nous vivre sans la scène? Sans le contact en personne avec les artistes et leur art? Combien de semaines? Combien de mois?

Bien sûr, on peut écouter de la musique chez soi, revoir des concerts, des films ou des téléséries sur de bons vieux DVD ou sur des plateformes numériques, regarder la télévision traditionnelle et, bien sûr, bouquiner. L’art, heureusement, n’est pas totalement en quarantaine.

Une femme en robe d'époque tient un éventail près de sa bouche.

En raison de la pandémie de coronavirus, les représentations de la pièce «Mademoiselle Julie» au Théâtre du Rideau vert ont été annulées.

Photo : fournie par le Théâtre du Rideau vert

De plus, on a vu ces derniers jours sur le web des tas d’initiatives d’artistes et d’établissements d’ici et d’ailleurs (Cœur de pirate, Martha Wainwright, Sugar Sammy, Michel Rivard, Bono, Chris Martin, la version radio-théâtre de Mademoiselle Julie, des visites virtuelles des musées, etc.) afin que l’art se rende à nous. On salue ces initiatives et on remercie sincèrement les artistes.

Sur scène, une femme blonde portant une robe aux reflets dorés joue du piano en chantant les yeux fermés.

Coeur de Pirate lors du 26e Festivoix de Trois-Rivières

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Toutefois, ce n’est pas comme être ensemble, dans la même salle…

Dans Le bossu, l’écrivain Paul Féval mettait ces mots dans la bouche de son héros légendaire : Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi. J’ai toujours cru que nous devions, comme Henri de Lagardère, aller à la rencontre de l’art dans son lieu premier de diffusion.

Assister à un concert pop, rock ou hip-hop, c’est tellement plus que l’unique plaisir de la musique : la file d’attente, le brouhaha des conversations, les sourires complices, les poignées de main, la recherche d’une bonne place au parterre bondé, l’odeur de la bière et de diverses substances – illicites, il n’y a pas si longtemps –, le moment où les lumières s’éteignent afin de plonger les spectateurs et spectatrices dans le noir… Cet instant, carrément magique, salué par une clameur monstre qui ressemble à un cri primal commun… Vous ne vivez pas ça dans votre salon.

Dans une petite salle, la proximité mène à un partage intimiste. Dans un aréna ou un stade, la lourdeur des basses vous frappe en pleine poitrine, les jeux de lumière vous martèlent la rétine sans ménagement et le volume tonitruant de la sono vous contraint parfois à faire usage de bouchons. À ce moment, la communion est toujours collective, mais bruyante. Vibrant.

L'humoriste est sur scène

L'humoriste Louis-José Houde

Photo : Radio-Canada

Vous allez voir un ou une humoriste et la frénésie d’un rire généré par deux ou trois mille personnes vous emporte. C’est joyeusement contagieux, quoique sans risque pour la santé.

Au théâtre, en allant voir une œuvre classique, nous avons conscience d’être dans une salle avec des artistes vêtus de costumes d’époque. À un moment, l’immersion est toutefois totale. Nous sommes ailleurs, en 1780 ou en 1918, et ce sont les applaudissements nourris à la fin qui nous ramènent à l’instant présent. Magnifique sensation.

Quant au cinéma, même si nous ne côtoyons pas les artistes en personne, les écrans surdimensionnés et les effets spéciaux plus spectaculaires que le décollage d’une navette spatiale de la NASA nous amènent dans un univers inégalé.

Même au musée, voir une œuvre d’art en personne revêt un caractère incomparable. Je suis resté 10 minutes sans bouger à regarder la patine, les couleurs et les reflets du tableau Chrysanthèmes (1882), de Monet, à New York il y a 25 ans et j’ai observé sous tous ses angles le buste de Néfertiti au Nouveau musée de Berlin, il y a quelques années. Aucune visite virtuelle ne va égaler ça.

Une salle pleine.

Avant la COVID-19, quand le Théâtre Banque Nationale était rempli à craquer pour la soirée d'ouverture du festival Regard.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe

Voir et entendre l’art ainsi que ses créateurs et créatrices en personne sollicite nos sens de manière rarement égalée. Cela décuple le plaisir. Le mien, assurément. Nous avons tous un rapport différent avec l’art et la culture. Pour ma part, cette pandémie de coronavirus et les privations qu’elle apporte ressemblent déjà à un immense sevrage culturel.

Mais nous n’avons pas le choix. Toutes les mesures visant à freiner la propagation du virus sont nécessaires, impératives et essentielles – on ne le soulignera jamais assez – pour que nos vies reprennent leur cours normal le plus tôt possible.

À quand mon prochain concert? Aucune idée, mais je sais une chose. Quand il aura lieu, ici ou ailleurs, en salle ou en plein air, la clameur dont je parlais plus haut risque d’être plus bruyante et plus intense que jamais.

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