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Trois hommes et une femme derrière un podium.

Le premier ministre Doug Ford est régulièrement accompagné de collègues du Cabinet lors de ses points de presse.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Antoine Trépanier

« Stay home, stay informed, stay healthy and stay calm. » Le message du médecin hygiéniste en chef de l’Ontario était clair le 17 mars dernier. Ce mot d’ordre du Dr David Williams n’a toutefois été donné qu’en anglais. Les francophones, pour leur part, attendent d’être rassurés dans leur langue.

Je pense que les choses ont affaire à s'améliorer, affirme d’emblée le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin. 

Ce dernier peine à croire que le gouvernement n'ait toujours pas nommé un porte-parole francophone pour informer les Franco-Ontariens dans leur langue.

C'est important qu'on reçoive le message dans les deux langues [...] parce que c'est faux de croire que les francophones en Ontario, on est tous parfaitement bilingues. Donc, c'est important que ce soit disponible dans les deux langues, affirme M. Jolin.

Depuis le début de cette crise, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et ses collègues à la Santé, l’Éducation, les Finances et le Travail communiquent uniquement en anglais lors de leurs points de presse. Il en va de même pour les responsables de la santé publique.

Aucune figure d’autorité parlant le français n’est systématiquement appelée à s’adresser aux Ontariens depuis le début de la crise de la COVID-19. 

Depuis le début de la pandémie, les Franco-Ontariens doivent suivre les directives de leurs dirigeants dans une langue seconde, patienter pour recevoir leurs communications écrites en français, consulter les reportages des médias en différé ou espérer qu’une chaîne d’information en continu diffuse le point de presse en direct avec une traduction en simultanée.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

La situation est à ce point préoccupante que l’AFO a saisi le bureau du premier ministre Ford de l’affaire pour qu’une solution soit trouvée à court terme.

On veut travailler en mode solution avec le gouvernement. On a suggéré entre autres qu'un porte-parole francophone soit présent pour donner l'information et répondre aux journalistes en français. Nos recommandations ont été très bien reçues par le gouvernement, soutient le président de l’AFO, Carol Jolin.

Joint par Radio-Canada, le bureau du premier ministre a transféré cette requête au ministère des Affaires francophones.

Le bureau de la ministre Caroline Mulroney dit être « à l’écoute des besoins exprimés par les francophones afin de les appuyer dans cet effort général pour contrer la propagation du virus et veiller aux soins de santé pour la population ».

Par courriel, on ne confirme pas si cette dernière sera appelée à participer à tous les points de presse pour communiquer l’information aux francophones.

[Elle] demeure attentive aux besoins et préoccupations des intervenants francophones. Et nous allons continuer de suivre une approche impliquant l’ensemble du gouvernement pour combattre le virus, a déclaré par courriel le porte-parole Jean-Philippe Chartré.

Attention à la confusion

Les deux hommes parlent devant un micro.

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, et le premier ministre québécois, Francois Legault, lors de leur point de presse quotidien sur l'évolution de l'épidémie de COVID-19 au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Au Québec, le premier ministre François Legault a pris l’habitude de faire de longs points de presse, tous les jours, pour rassurer la population. Le premier ministre du Canada s’adresse aussi quotidiennement aux Canadiens.

Selon le professeur de communication et spécialiste des communications organisationnelles à l’Université d’Ottawa, Luc Bonneville, ces messages transmis en français peuvent semer la confusion auprès du public ontarien.

Nous ne sommes pas tous égaux face à la capacité qu’on a de nous en sortir, de bien gérer une situation de crise comme celle qu’on vit en ce moment. Or, on sait que les francophones en milieu minoritaire, on se rend compte qu’il y a effectivement beaucoup plus d’informations qui circulent en anglais et ça peut contribuer à alimenter la confusion, et par ricochet le sentiment de peur, de panique et de détresse qu’on observe chez bon nombre d’individus, dit-il.

Les situations ne sont pas les mêmes entre le Québec et l’Ontario. Il y a quand même des différences au niveau de la gestion de la crise et des recommandations.

Luc Bonneville, professeur de communication à l’Université d’Ottawa

La justice en anglais

Les portes d'un édifice sont fermées.

Le palais de justice d'Ottawa a limité au minimum ses activités en raison de la crise de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Antoine Trépanier

Cette gestion de crise en anglais dérange l’avocate Mélanie Lord, dont 60 % de la clientèle est francophone. C’est qu’au-delà des communications verbales en anglais du premier ministre et de ses ministres visibles durant la crise, elle dit constater un unilinguisme marqué de la part des tribunaux. Selon elle, les droits linguistiques des Franco-Ontariens sont bafoués dans ces circonstances de crise.

On met une priorité sur sortir l’information le plus vite possible, et c’est ce qu’on doit faire dans la situation qu’on a présentement. Mais clairement, les droits linguistiques et d’informer toute la population, je ne dirais même pas que c’est secondaire, ce n’est pas une priorité, affirme-t-elle. 

Le 19 mars, la ministre de la Santé et le procureur général se sont engagés à maintenir la sécurité communautaire, tout en continuant à traduire les contrevenants en justice. 

Parmi les mesures annoncées, le gouvernement s’engage à limiter, dans la mesure du possible, les instances en personne et à recourir aux vidéoconférences pour entendre des dossiers prioritaires à distance.

Des ajustements sont apportés à l'ensemble du système de justice afin de minimiser les perturbations et de continuer à fournir des services de justice fluides et adaptés à toute la population ontarienne, en particulier aux membres les plus vulnérables de nos collectivités, a déclaré le procureur général de la province, Doug Downey.

Des mesures sont prises pour protéger les gens et prioriser les affaires urgentes comme la situation actuelle exceptionnelle le commande.

Bureau de la ministre des Affaires francophones de l’Ontario

Me Lord soutient néanmoins que les avis publiés par la Cour supérieure et la Cour de justice de l’Ontario depuis le 15 mars ne le sont qu’en anglais. Radio-Canada a d'ailleurs pu constater qu'à l'entrée du palais de justice d'Ottawa, le 23 mars au matin, presque la totalité des avis sur les opérations des tribunaux était en anglais.

Après la publication de cet article, le lundi 23 mars, la Cour de justice de l’Ontario a publié les avis traduits en français sur son site web. Pour ce qui est de la Cour supérieure de justice de l’Ontario, seul l’avis du 20 mars était publié dans les deux langues officielles du Canada.

Le bureau de la ministre des Affaires francophones affirme pour sa part que « les politiques de la Cour de justice de l’Ontario s’appliquent comme toujours à l’effet de fournir des services en français dans le cadre des lois et des lignes directrices en vigueur dans la province ».

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