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« Ça fait peur » : affronter la pandémie sans assurance maladie aux États-Unis

Plus de 27 millions d’Américains ne sont pas assurés, un nombre qui a augmenté ces dernières années.

Le médecin se sert d'un stéthoscope auprès d'un patient.

Un médecin fait passer un test de la COVID-19 à un patient à l’intérieur d’une tente d’un hôpital situé dans la ville de New York, le 20 mars 2020.

Photo : Getty Images / Misha Friedman

Ray Al Zubaydi ne se pose même pas la question. « Si je pense être atteint de la COVID-19 et que je n’ai toujours pas d’assurance, j’aimerais mieux prendre le risque et rester à la maison plutôt que d’aller dans un hôpital », confie ce résident du Minnesota.

En attente d’un nouveau plan d’assurance santé, l'homme dans la vingtaine n’est pas couvert jusqu’au début du mois d’avril.

Pour aider des gens comme lui à faire faire face à la crise du coronavirus, le gouverneur de son État a annoncé la mise sur pied d’une assurance temporaire accessible à tous pendant une période d’un mois.

Ray attend prudemment d’en connaître les détails. Il rappelle que, lorsque l'on séjourne dans un hôpital américain, les frais médicaux peuvent s’accumuler rapidement.

On ne connaît la facture qu’une fois sorti, précise-t-il.

Un reportage publié la semaine dernière dans le magazine Time évoquait une facture de plus de 34 000 dollars américains pour une patiente du Massachusetts qui a été testée, puis traitée dans un centre hospitalier après avoir été contaminée par la COVID-19.

C’est le genre de scénario qui a effrayé un travailleur autonome du Texas, qui a accepté de partager son histoire sans être nommé.

Je suis certain que j’avais les symptômes, explique l’homme qui, comme 27,5 millions d’Américains, n’a pas d’assurance maladie.

La fièvre était terrible. La fatigue et les douleurs étaient encore pires, témoigne-t-il. Il aura fallu 20 jours, après l’apparition de ses symptômes fin février, pour qu’il recommence à respirer normalement.

Pendant tout ce temps, je n’ai jamais envisagé de me faire tester.

Un homme non assuré du Texas

Comme les autres Américains à qui nous avons parlé, il appréhendait d'importants frais médicaux accessoires, et ce, même si Washington assure que le test de dépistage est gratuit.

Ça fait peur, parce que c’est une dette dont plusieurs d’entre nous ne pourraient pas nous débarrasser, raconte une autre Américaine non assurée qui vit en Californie.

Des gens qui portent des masques font la file à l'extérieur d'un hôpital.

Des gens font la file pour passer un test de dépistage de la COVID-19, dans un hôpital de Brooklyn, à New York, le 19 mars 2020.

Photo : Reuters / Andrew Kelly

L’absence d’assurance maladie, un obstacle au dépistage

Une travailleuse du secteur de la santé, qui a elle aussi accepté de témoigner anonymement, explique que, sans assurance, même l’accès au test de la COVID-19 peut être complexe.

Les États-Unis ont accusé un retard sur plusieurs autres pays en matière de dépistage. À ce jour, selon le vice-président Mike Pence, 254 000 Américains ont été testés, contre 92 000 personnes au Canada, un pays pourtant dix fois moins populeux.

Compte tenu du nombre limité de trousses, à plusieurs endroits, vous ne pouvez pas avoir un test pour la COVID-19, à moins qu’un médecin le recommande, explique la Californienne non assurée à qui nous avons parlé. Beaucoup de gens non assurés ne peuvent pas se payer l’accès à un médecin, ajoute-t-elle.

Cette réalité représente un risque pour l’ensemble de la population dans un contexte de pandémie, affirme Stan Dorn, directeur national pour l’innovation et la couverture de l’organisme Families USA.

Si, dans ma communauté, il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas assurées, je suis à risque, même si j’ai les meilleures assurances maladie au monde.

Stan Dorn, directeur national pour l’innovation et la couverture de l’organisme Families USA

Et ce n’est pas tout. Pour Stan Dorn, les répercussions économiques déjà importantes de cette crise de santé publique pourraient aggraver les problèmes liés à l’assurance maladie.

Aux États-Unis, quand les gens perdent leur emploi, ils perdent souvent leur assurance, souligne-t-il.

À son avis, si l’aide gouvernementale n'est pas suffisante, la multiplication des mises à pied, et donc la perte d’assurance maladie, pourrait contribuer à la propagation du virus. Les maladies ne sont pas détectées et se répandent plus facilement. La récession s’aggrave, les pertes d’emploi se multiplient et l’épidémie se répand, explique Stan Dorn.

Au cours des prochaines heures, l’expert analysera avec attention les mesures contenues dans l’immense projet d’aide négocié par le Congrès. Il espère par ailleurs que les gouvernements des États élargiront de leur côté l’accès à Medicaid, la couverture accessible aux Américains les moins nantis.

L’histoire n’est pas complètement sombre. Il y a une partie du problème que nous pouvons contrôler, conclut-il.

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