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Applications de rencontre et pandémie, un cocktail insoluble

En cette période de crise sanitaire, peut-on encore utiliser des applications dont la finalité est de rencontrer en personne?

Une personne utilise une application de rencontre sur son téléphone intelligent.

Tinder affirme conseiller à ses utilisateurs les précautions formulées par l'Organisation mondiale de la santé, mais aucun avertissement n'apparaît lorsque l'on se connecte sur l'application au Québec.

Photo : iStock

Malgré les consignes de la santé publique, qui demande de ne pas accueillir de visiteurs chez soi, plusieurs applications de rencontre ne publient aucun conseil à propos de la pandémie en cours.

Sur les biographies des différents profils de l’application Tinder, entre quelques blagues sur le coronavirus, certains n’hésitent pas à s’afficher plus ouvertement : Cherche un partenaire de quarantaine. D'autres affirment être négatifs à la COVID 19 et l’utilisent comme un atout pour séduire.

La cosméticienne Marie-Lou Thomas utilise régulièrement ces applications et ne saisit pas pourquoi celles-ci ne prennent aucune mesure forte contre la propagation.

Ça me fâche, ce matin, je reçois une alerte sur mon téléphone qui me dit de me connecter à Bumble. Comment ils peuvent m'inciter à voir du monde en ce moment. C'est absurde.

Marie-Lou Thomas, utilisatrice d'applications de rencontres

Les utilisateurs ne sont pas tous allumés en matière de santé publique, soutient Mme Thomas. Je vois des gens qui font des "j'aime". Je me dis, c'est pas le temps-là, moi j’évite. [...] Si on est déjà en contact avec quelqu'un, c'est quelque chose, mais j'établirai pas de nouveau contact en ce moment, ajoute-t-elle.

Les applications doivent diffuser le message, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Tinder affirme conseiller à ses utilisateurs les précautions formulées par l'Organisation mondiale de la santé. Mais aucun avertissement n'apparaît lorsque l'on se connecte à l'application au Québec. Sur Bumble, non plus. Et tout cela alors que le jeu Candy Crush, où l’utilisateur écrase des bonbons virtuels, propose à ses utilisateurs, dès l’ouverture de l’application, de se laver les mains.

Le MSSS soutient que ces entreprises se doivent pourtant de diffuser les règles en vigueur. Parmi elles, la consigne de ne pas accueillir de visiteurs à la maison et d’éviter tout déplacement d’une région à l’autre, sauf en cas de nécessité.

Le ministère indique ne pas avoir demandé précisément aux propriétaires d’applications de rencontre de faire des publicités directement sur leurs applications.

Pour Michal Stachura, infirmier-conseiller au service de prévention et contrôle des infections de l’Hôpital de Montréal pour enfants, la diffusion des bonnes pratiques aux utilisateurs est essentielle, car les nouveaux contacts sont particulièrement dangereux.

C’est pas le moment d’échanger nos fluides biologiques, comme l’a dit M. Arruda : ceux qui utilisent les applications pour rencontrer les gens, ce que je recommande, c’est de rallonger les messages électroniques. Surtout, la personne, on la connaît pas vraiment, est-ce qu’elle revient d’un voyage? Est-ce qu’elle ne veut pas le dire parce qu’elle veut vraiment nous rencontrer? Donc, on pourrait mettre notre santé en danger aussi. Peut-être faut-il étirer le fantasme jusqu’à nouvel ordre.

Des gens, réunis autour d'une table, partagent des contenus à l'aide de leur téléphone intelligent.

L’ isolement vient remettre en cause notre nature profonde, selon Michal Stachura, de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Photo : iStock

Éloge du temps long face à l’isolement du célibat

Cette période d’isolement peut frapper plus douloureusement les personnes célibataires, comme Marie-Lou Thomas.

Ça m’angoisse. Ça fait six mois que je suis séparée. L’idée du confinement me terrorise. L’idée de n’avoir personne, quand je vois tout le monde en famille ou en couple. J’ai peur de me trouver toute seule là-dedans. C’est le pire timing pour moi qu’il y ait cette pandémie. Mais je veux pas risquer la vie des autres parce que je me sens seule, confie la jeune femme.

L’ isolement, nécessaire, vient remettre en cause notre nature profonde, selon Michal Stachura.

C'est vraiment pas une chose facile. L’homme est un animal social. Toute la société questionne notre manière d’agir. C’est plate, mais on va trouver d’autres activités. Il y a la philosophie de sapiosexualité, d’être attiré sexuellement par l’intelligence de l’autre. Pour ça, il faut passer du temps à connaître la personne, avoir des discussions plus approfondies. Ça peut nous aider à sélectionner les personnes, à éliminer celles que l’on ne veut pas.

Michal Stachura, Hôpital de Montréal pour enfants

Plus de connexions dans les zones de confinement

Les applications de rencontre viennent activer le circuit de la récompense dans notre cerveau. Lorsqu’une personne aime une des photos d’un utilisateur, il libère chez lui de la dopamine. Le mécanisme du plaisir se prolonge dans la discussion : une joie dont il est difficile de se passer, comme l’explique Marie-Lou Thomas.

Si le confinement durait trop longtemps, je chercherais à établir des contacts avec du monde. Essayer de tendre une branche à quelqu’un pour me sentir bien, juste en discutant, dit Mme Thomas.

La pandémie vient modifier les habitudes régionales de connexion. Tinder constate que dans les pays où les gens sont confinés, les connexions augmentent et les discussions entre les utilisateurs s’allongent.

À partir du 26 mars, Tinder ajoutera gratuitement une fonction, actuellement payante, qui permet à ses utilisateurs de rencontrer virtuellement des personnes à l’autre bout du monde. Actuellement, il est seulement possible de rencontrer virtuellement, du moins au départ, des personnes qui vivent à une distance maximale de 161 kilomètres.

Contactés, Grindr, Bumble et Rencontres Québec n’ont pas répondu à nos questions.

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