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Coronavirus : la précarité exacerbée des sans-abris français

« Tout est fermé et je pense que la personne qui a pris cette décision n’a pas du tout pensé aux gens comme moi, comme nous », estime un sans-abri parisien.

Un sans-abri dans les rues de Paris.

Les personnes sans logis sont particulièrement vulnérables à la propagation de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Habituellement « invisibles » ou traités comme tels, on ne voit pratiquement que les sans-abris maintenant dans les rues vidées en raison des mesures de confinement en France : sur un banc ou par terre, au pied d’un immeuble, dans des campements de fortune ou encore errant sans but. Dehors en ces temps de pandémie de COVID-19, les personnes en situation d'itinérance sont particulièrement vulnérables à la maladie.

Et ces jours-ci, ces gens ont été laissés un peu plus à eux-mêmes. Car l’ordre donné aux Français de rester chez eux pour tenter d’enrayer l’épidémie a forcé bien des organismes d’aide à suspendre leurs activités.

La Soupe populaire, institution centenaire dans le 6e arrondissement de Paris, a dû s’adapter « pour permettre à [ses] habitués de venir, de s’alimenter », explique son président, Jacques Toutain.

Deux personnes font la file devant l'entrée d'une soupe populaire à Paris.

L’une des plus anciennes soupes populaires de Paris.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Ils reçoivent ainsi des sacs à lunch, au lieu d’être attablés à l’intérieur. Nous avons fermé la partie restaurant [mesure obligatoire durant le confinement], donc nous considérons que nous sommes dans le cadre de la vente pour emporter, elle est parfaitement autorisée, assure le responsable.

Jacques Toutain présente un plateau de pâtisseries.

Jacques Toutain, président de la Soupe populaire, revient avec le don d’une boulangerie locale.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« Vente », c’est une façon de parler, car les repas de la Soupe restent gratuits. Ce midi-là, les organisateurs notent qu’il y a plus de monde que d’habitude. Une femme est venue chercher des repas pour son enfant et elle. Une jeune bénévole distribue les sacs à lunch en souhaitant « bon courage » à chaque bénéficiaire.

Des aliments dans les cuisines de la Soupe populaire.

Préparation, sur les tables réservées en temps normal aux repas, des sandwichs et des sacs à lunch qui seront remis à ceux et celles qui se présenteront à la Soupe populaire.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Vasile est parmi les premiers à venir chercher le sien. Ce n’est pas la grande forme. Chauffeur routier, il dit qu’il a honte de manger comme ça, dans la rue. Mais il précise qu’il n’a pas le choix, qu’il n’a pas un centime, qu’il est en arrêt de travail parce qu’il s’est blessé.

Vasile discutant avec la journaliste dans une rue de Paris.

Vasile est sans domicile à Paris. La capitale compterait environ 3500 sans-abris.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Ce soir, il dormira dans la rue, tout près. Comme hier.

Hébergement d’urgence sous la pression des groupes d’aide

Voilà ce qui préoccupe, entre autres, les associations d’aide en ces temps d’épidémie de la COVID-19. Elles sont inquiètes de voir que les sans-abris sont les grands oubliés dans cette crise. Sous leur pression, et face à l’urgence – les centres d’hébergement accueillent déjà quelque 150 000 personnes au pays –, l’État a promis de tout faire pour mettre à l’abri celles et ceux qui vivent encore dehors, notamment en réquisitionnant des chambres d’hôtel vides.

Une affiche sur une clôture indique la fermeture d'un jardin public à Paris.

Les jardins faisaient partie des endroits où les sans-abris pouvaient passer la journée, mais ils sont désormais fermés, comme de nombreux lieux publics, en raison de l’épidémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

La Ville de Paris met également à la disposition des citoyens des bains et des douches, ainsi que des gymnases en guise de dortoirs. Des mesures semblables sont prises par de nombreuses municipalités. Cannes, par exemple, vient d’installer un centre d’accueil dans le Palais des Festivals , puisque le célèbre rendez-vous cinématographique a été repoussé en raison de la crise sanitaire.

Mais l’option gymnase ne plaît pas à tous, à cause de la promiscuité. Une distance sanitaire entre les lits a été établie dans beaucoup de cas, mais des associations craignent que de tels arrangements ne soient propices à la transmission de maladies.

Jacob discute avec la journaliste dans une rue de Paris.

Jacob, qui dit traverser une mauvaise passe, est heureux de pouvoir venir à la Soupe populaire en ces temps de confinement et de rues vides. « On vous sourit quand on arrive. Je trouve cela génial parce qu’au moins, une fois par jour, on n’est pas tout seul. »

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Jacob, un sans-abri parisien, squatte quant à lui une camionnette pour dormir. Il précise que c’est difficile ces jours-ci sans chauffage, alors que l’air est frais. Le plus dur, c’est la question sanitaire. Pendant un certain temps, il y avait les toilettes gratuites dans la rue. Maintenant, tout est fermé, et je pense que la personne qui a pris cette décision n’a pas du tout pensé aux gens comme moi, comme nous, dit-il.

Dispositions pour les sans-abris contaminés par le coronavirus

Des centres de confinement organisés par les autorités commencent à ouvrir en divers endroits en France, pour accueillir les itinérants qui présentent des symptômes du nouveau coronavirus. Ceux et celles qui sont gravement malades seront envoyés dans les hôpitaux, c’est la même consigne pour la population en général.

En ces temps de crise, les associations tentent tant bien que mal de poursuivre leurs activités. Notamment les tournées effectuées auprès des sans-abris pour leur distribuer de la nourriture et des trousses de toilette, ou tenter de les convaincre d’aller dans un centre d’accueil. Pas évident quand une partie des bénévoles doit se mettre en confinement.

Un sans-abri allongé dans un parc à Paris, en France.

Un sans-abri allongé dans un parc à Paris, en France.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Adopter des gestes-barrières, pour pouvoir continuer à aider les sans-abris

Les Restaurants du Cœur ont d’ailleurs lancé un appel à des renforts. Les célèbres restos, fondés il y a plus de 30 ans par le comédien Coluche, adoptent comme tout le monde des gestes-barrières pour se protéger.

Des bénévoles distribuent des denrées pour les personnes sans logis.

Point de distribution de nourriture des Restaurants du Cœur, jeudi dernier. Entre les bénévoles et ceux qui viendront chercher un repas, une zone tampon créée par la table.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Ici et là, les associations forment des équipes plus petites pour éviter qu’il y ait trop de monde dans un même espace. On porte des gants ainsi que des masques quand un contact rapproché est inévitable. Il y a cependant une pénurie de masques. À Paris, la Ville a promis d’en distribuer des dizaines de milliers à tous ces bénévoles qui volent au secours des sans-abris, pour qu’on ne les oublie pas dans cette grande crise sanitaire du nouveau coronavirus.

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