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COVID-19 : la vie en suspens

Un homme avec un masque et une tuque marche dans la rue, devant une peinture murale.

Les rues de la Ville Reine sont pratiquement vides depuis le début de la « distanciation sociale » obligatoire. Tous les commerces sont fermés.

Photo : Radio-Canada / EVAN MITSUI

Camille Feireisen

Depuis quelques jours, la vie tourne au ralenti au pays. Tout le monde doit s’inventer une nouvelle routine, éloignés les uns des autres, du moins physiquement. C’est aussi un moment où bon nombre d’entre nous craignent de devoir affronter un sentiment que l’on tente souvent d’éviter : l’ennui.

L’ennui c’est quand on est là où l’on ne veut pas être, peu importe si nous sommes avec des gens ou sans personne autour de nous, c’est quelque chose de très subjectif, décrit le psychologue clinicien Pierre Faubert.

Certains peuvent aborder cette période d’arrêt de leurs activités, de leur vie sociale (du moins, physiquement) comme un moment bénéfique, tandis que d’autres appréhendent le désoeuvrement.

Sur les réseaux sociaux, en quelques jours, plusieurs internautes ont partagé une pléthore de boutades et d’astuces pour s’occuper, en attendant.

Selon le psychologue Camillo Zacchia, cette période d’arrêt forcé peut plutôt être l’occasion de tenter de nouvelles activités. Peindre, faire de la musique, lire. Toutes les choses qu’on veut faire, mais qu’on n’a pas le temps de faire. Ça prend souvent du temps libre pour développer ça, dit-il.

De son côté, Pierre Faubert voit dans cette épreuve un électrochoc qui peut permettre un réveil. La plupart de notre temps inconscient on le passe à courir partout et à vouloir se distraire, c’est presque comme si nous étions dans un monde de gens endormis, estime-t-il.

Et si l’ennui survient, celui-ci peut parfois aider à déterminer si oui ou non je veux poursuivre dans cette situation dans laquelle je m’ennuie, ajoute-t-il.

Le psychologue Pierre Faubert au micro radio de Radio-Canada.

Le psychologue Pierre Faubert

Photo : Radio-Canada

Car même si cette distanciation sociale est prévue pour jusqu’en avril au Canada, en réalité, il est bien difficile de savoir jusqu'à quand cette situation provisoire va durer.

Difficile donc de se projeter dans l’avenir, d’établir des plans. Il n’y a plus le choix que de prendre le temps.

Et, paradoxalement, cela peut aussi nous aider à sortir de notre activisme effréné qui a pour fonction, inconsciemment, de nous empêcher de voir ce qui nous fait peur en nous, analyse M. Faubert.

Changer de routine

Cette situation peut toutefois générer son lot d’anxiété, reconnaissent les deux psychologues. Les êtres humains ont toujours peur du changement, parce que si on ne sait pas ce qui est sur notre chemin, on ne sait pas comment se préparer aux changements potentiellement dangereux, indique Camillo Zacchia.

C’est notamment ce qui explique en partie la frénésie d’achat qui a suivi le début de cette pandémie, selon Pierre Faubert. On est confrontés à un virus qu’on dit plus létal que les virus de la grippe habituels, on réagit avec panique, avec l’accumulation de produits d’hygiène pour se sécuriser, illustre-t-il.

Camillo Zacchia, psychologue, avec une chemise violette au micro de Radio-Canada; il a les cheveux gris et sourit.

Camillo Zacchia, psychologue

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

C’est quand même unique, parce qu’il y a de l’anxiété liée au virus même, et celle liée à la routine.

Camillo Zacchia, psychologue

Mais il souligne également qu’il s’agit d’une expérience commune, que tout le monde partage.

Personne n’est seul dans cette épreuve-là.

Apprendre du temps

C’est vrai qu’on n’est plus dans la même routine, mais on peut avoir une surprise. Pendant la tempête de verglas, en 1998, on jouait aux cartes, on parlait ensemble, c’était une connexion différente et très riche comme expérience sociale et familiale, se souvient Camillo Zacchia.

Pierre Faubert pense pour sa part que cette épreuve permettra à certaines personnes de déceler ce qui fonctionne, ou non, dans leurs relations. Pour voir si le mortier de l’amour est entre les briques, alors la maison va tenir debout.

Lui aussi compare cette période à celle de la tempête du verglas. Les branches mortes des arbres sont tombées, ça a été une épreuve difficile, mais l’été suivant les arbres étaient plus solides et ont produit plus de fruits. De la même façon, il y a du bois mort dans nos vies, mais si je vois qu’il y a des choses à changer, peut-être que c’est le moment.

On ne peut pas toujours changer la situation, mais on peut changer son attitude.

Pierre Faubert, psychologue clinicien

On est confrontés à ce que j’appellerai le discernement entre l’accessoire et l’essentiel, ajoute-t-il. Selon le psychologue, cette situation exceptionnelle amènera davantage de personnes vers ce qui est, plutôt que ce qui pourrait être.

L’industrie du divertissement

Il y a notamment tout un sevrage à faire par rapport à notre consommation effrénée, selon Pierre Faubert. L’industrie du divertissement et des loisirs est en pleine expansion, l'oisiveté n’est pas populaire.

Moi, j’aime le hockey, y jouer et regarder. Mais là, on ne peut pas et je sens que cela me manque, je suis programmé par mes soirées de hockey qui sont devenues une habitude dans ma vie, et maintenant je suis confronté à un vide, explique-t-il.

Selon lui, c’est précisément le bon moment pour devenir moins passif.

Un homme porte ses mains à la tête.

La pandémie actuelle de COVID-19 entraîne son lot de stress et d'anxiété pour plusieurs personnes.

Photo : iStock

Camillo Zacchia soutient pour sa part que l’être humain est capable de s’adapter aux circonstances changeantes.

L’avenir n’est pas si menaçant si on fait confiance à nos habiletés, qu’on a toujours en nous. Il faut continuer à fonctionner, nous n’avons pas besoin d’être présent physiquement en face pour connecter avec quelqu’un, dit-il.

L’avantage technologique permettra également aux gens de rester en contact, rappellent les deux psychologues, voire peut-être même de renforcer certains liens.

On n’est plus isolés physiquement, mais cela ne veut pas dire socialement, conclut M. Zacchia.

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