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Télémédecine : une petite révolution au Québec dans la tempête COVID-19

Télémédecine

Photo : iStock

Guillaume Piedboeuf

Discutée depuis longtemps derrière des portes closes dans le milieu de la médecine québécois, la télémédecine a été précipitée dans le système de santé cette semaine en réponse à la COVID-19. Une petite révolution fort utile en cette période d’urgence sanitaire, mais dont les bienfaits seront nombreux à moyen et long termes, se réjouit le Collège des médecins.

Si votre médecin de famille vous a contacté cette semaine pour vous informer que votre prochaine consultation se fera à distance, au téléphone ou par vidéo, vous n’êtes pas seul. Couverte par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) depuis lundi, la télémédecine effectue une entrée accélérée dans la vie des Québécois.

Je pense que tout le monde savait que c’était inévitable au 21e siècle d’en arriver à ça, mais personne ne pouvait imaginer qu’une situation comme celle-ci arriverait et accélérerait à un tel point la mise en place de la télémédecine, lance la vice-présidente du Collège des médecins du Québec, Dre Nathalie Saad.

Ça existait déjà dans d’autres provinces. On avait probablement un petit peu de rattrapage à faire.

Depuis un moment, le gouvernement québécois évaluait les plateformes sécurisées qui pourraient être utilisées par les médecins, explique-t-elle. Il faut comprendre que quand on fait de la télémédecine, la confidentialité est absolument essentielle.

Le Collège des médecins, quant à lui, révisait son guide de pratique sur le sujet, mais un certain nombre d’embûches restaient à régler. La couverture par la RAMQ d’abord, puis la rémunération des médecins généralistes pour ce type de services. Il fallait aussi que la communication se modernise entre les professionnels de la santé. Les prescriptions, par exemple, étaient encore envoyées par fax.

Un processus expéditif

Mais voilà que la crise sanitaire déclenchée par la COVID-19 a forcé tout le monde à emboîter le pas à vitesse grand V. Les médecins spécialistes, qui pouvaient déjà voir des patients par téléconsultation si ces derniers se rendaient dans des établissements de santé, peuvent maintenant rejoindre leurs patients n’importe où.

Les médecins généralistes, quant à eux, se voient ouvrir toutes ces possibilités d’un coup. Le gouvernement a acquis des licences pour deux plateformes de communication vidéo sécurisée, Zoom et Reacts, et les omnipraticiens devaient commencer à pouvoir s’en servir à compter de la fin de la journée de vendredi, relate le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Dr Louis Godin.

On l’introduit peut-être plus rapidement qu’on l’aurait souhaité pour ce qui est de l’apprentissage, mais il y a certaines technologies qui sont relativement simples au niveau de l’utilisation. La consultation téléphonique, par exemple, ce n’est pas bien compliqué, explique-t-il avant de détailler les avantages dans la situation actuelle.

Augmenter les effectifs et réduire les risques

On a des médecins qui sont en isolement volontaire suite à des retours de l’extérieur du pays. Le fait d’avoir la télémédecine leur permet de faire une partie de leur travail pendant ce temps-là plutôt qu’être assis chez eux à ne pas pouvoir donner de services.

Il faut se rappeler que même si on vit une crise avec le coronavirus, on a des patients atteints de maladies chroniques qui ont encore besoin des conseils d’un médecin. La télémédecine nous permet de les rejoindre et leur offrir des soins sans les forcer à se déplacer dans des milieux où il y a des risques inutiles de contaminations, pointe pour sa part Dre Nathalie Saad.

À titre d’exemple, la chaîne Kaiser Permanente gère 21 hôpitaux dans le nord de la Californie, dans lesquels plus de 200 patients étaient diagnostiqués ou en attente d’un diagnostic de COVID-19, en date de jeudi. La chaîne a réussi à réduire de 40% le nombre de consultations spécialisées et postopératoires en personne ces deux dernières semaines grâce à la télémédecine.

Des bienfaits à long terme

En ce qui a trait aux médecins de famille québécois, l’entente actuelle avec la RAMQ est « pour la durée de cette urgence sanitaire », précise Dr Godin.

En même temps je pense que ça va nous montrer la faisabilité et les bénéfices que l’on tire de ça. Il va certainement y avoir des attentes de la population et des médecins pour que tout ça soit instauré de manière permanente par la suite, estime le président de la FMOQ.

C’est que même lorsque la crise sanitaire sera derrière nous, les bienfaits seront nombreux, assure-t-il.

Le plus grand avantage, c’est de pouvoir régler un grand nombre de situations sans que le patient ait à se déplacer. Ça amène beaucoup plus de souplesse et des horaires d’activité qui peuvent être plus étendus.

Au Collège des médecins, Dre Saad pointe quant à elle les cliniques spécialisées présentes uniquement dans les grands centres. De la façon dont on fonctionnait jusqu’à maintenant, des patients qui avaient besoin de soins de ces cliniques spécialisées et qui habitaient, par exemple, en Abitibi-Témiscamingue, devaient se déplacer à Montréal pour consulter.

C’est sans compter les patients à mobilité réduite qui pourront maintenant être suivis à domicile, peut-être avec l’aide d’une infirmière, par leur médecin de famille ou un spécialiste.

Pas pour tous les cas

Évidemment, les consultations en personne sont là pour demeurer dans une majorité des cas, rassure Dr Godin.

« Examiner un patient, c’est encore au coeur de la pratique d’un médecin pour établir un diagnostic. »

La télémédecine exigera également une rigueur déontologique des médecins qui devront s’assurer de ne pas régler à distance des cas qui ne devraient pas l’être, continue-t-il. Mais j’ai entièrement confiance au jugement clinique des médecins pour utiliser cette téléconsultation à bon escient.

En somme, l’arrivée précipitée de la télémédecine s’avère vraisemblablement un rare aspect positif de la crise sanitaire actuelle, s’entendent pour dire le Collège des médecins et la FMOQ.

Se déplacer systématiquement à l’hôpital et attendre parfois pour des périodes prolongées, c’était définitivement un modèle qui était voué à s'essouffler à long terme parce qu’on avait vu l’arrivée de certaines plateformes au niveau du privé qui facilitait l’accès aux soins pour les patients, conclut Dre Nathalie Saad.

Là, on va démocratiser ce type de soins tant pour les nouvelles consultations que pour les suivis de patient atteints de maladies chroniques.

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