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COVID-19 : des minières continuent de faire voyager des centaines de travailleurs

Des messages en lien avec la pandémie de la COVID-19 diffusés sur des écrans à l'aéroport de Montréal.

Des sociétés minières du nord de la province continuent d'envoyer des centaines d'employés travailler, malgré les risques de propagation du coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Thomas Deshaies

Des minières qui sont en exploitation en milieu isolé dans le Nord-du-Québec poursuivent leurs activités malgré la pandémie. Plusieurs travailleurs de ces camps miniers s’inquiètent du risque de contracter la COVID-19 ou de propager le virus dans les communautés autochtones environnantes.

Des centaines de travailleurs se rendent dans ces camps miniers par avion.

Ces compagnies ne veulent que sauver leur business et ne se soucient pas de la santé publique, nous a confié un mineur qui a demandé l’anonymat, car il ne veut pas subir de représailles. Selon lui, il y a une grande promiscuité dans les camps miniers, et ce, malgré l’ajout de nouvelles mesures de prévention. Plusieurs autres travailleurs miniers partagent son point de vue.

Nous sommes tous à risque ici. La situation est très grave et les communautés inuit sont en danger. L’entreprise semble banaliser la chose et veut de toute évidence étirer l’élastique au maximum.

Un travailleur minier du Nord-du-Québec

Les entreprises Canadian Royalties et Glencore exploitent deux mines dans le Nord. Elles assurent tout mettre en œuvre pour protéger leurs travailleurs, tout en poursuivant leurs activités.

Toutes deux mettent de l’avant le fait qu’elles refusent l’entrée dans l’avion des travailleurs qui déclarent avoir des symptômes comme de la fièvre. Elles sensibilisent également leurs employés sur le site minier. D'autres mines du Québec ont adopté une approche similaire.

Même si le gouvernement du Québec a ordonné la fermeture de certains lieux publics et demande de limiter les rassemblements, les mines sont autorisées à poursuivre leurs activités. Les mines, tout comme les chantiers de construction, ne sont pas visées par l’ordonnance de fermeture, a confirmé par courriel jeudi un porte-parole du ministère de la Santé.

Des craintes justifiées, selon un expert

Le professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Benoit Barbeau juge que le contexte dans les camps miniers est propice à la propagation du virus.

Le fait, tout simplement, qu’ils soient regroupés dans un même endroit et qu’ils travaillent constamment dans la mine, ils sont en situation problématique.

Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM.

Selon lui, les mesures d’autodéclaration avant l’embarquement dans l’avion ont des effets limités. Ce virus prend quelques jours avant que la personne devienne symptomatique, et malgré tout, pendant ces jours-là, cette personne demeure capable de transmettre le virus, explique-t-il.

Ainsi, un travailleur qui ne ressentirait aucun symptôme avant son embarquement dans l’avion ou dans un autre moyen de transport pourrait tout de même être infecté.

Un risque pour les communautés autochtones et inuit?

Plusieurs mines embauchent du personnel autochtone ou inuit issu des communautés environnantes. Jusqu’à présent, aucune communauté du Nord-du-Québec n’a été touchée par le coronavirus.

Le professeur Benoit Barbeau croit cependant que les risques s’accentuent avec la poursuite des activités dans les camps miniers. Un travailleur inuit ou autochtone pourrait être contaminé dans un camp minier et propager le virus dans sa communauté à son retour.

Illustration montrant des cellules du virus de la rougeole.

Les symptômes du coronavirus peuvent prendre quelques jours avant de se manifester.

Photo : iStock

Une situation qui deviendrait hautement problématique en raison des infrastructures et des ressources limitées pour prodiguer des soins. Il faudrait qu’ils soient rapatriés dans des villes, ce qui ferait en sorte que cette communauté souffrirait grandement avec l’arrivée du virus, croit-il.

Du côté du gouvernement de la nation crie, on n’exige pas l’arrêt temporaire des activités minières. Il faut un juste milieu, plaide le secrétaire du Grand Conseil des Cris, Paul John Murdoch.

Il explique qu’à tous les points d’entrée des communautés, de la sensibilisation est effectuée. On informe toute personne qui vient dans nos communautés du protocole de distanciation sociale, souligne-t-il, tout en précisant être en contact avec les entreprises minières et les commerces d’aviation.

Certaines mines réduisent leurs activités

La minière Agnico Eagle a renvoyé son personnel résidant au Nunavut des mines Maliadine et Meadowbank à la maison, par mesure préventive. Une décision qui a pour objectif de réduire les risques de transmission.

Dôme d'entreposage de la mine Meadowbank au Nunavut.

Mine Meadowbank au Nunavut

Photo : Agnico Eagle Mines Ltd.

L’entreprise Bonterra a quant à elle suspendu ses travaux de forage, et la mine Elder, à Rouyn-Noranda, a cessé temporairement ses activités.

L’Association minière du Québec (AMQ) rappelle à ses membres d’appliquer les mesures prescrites par le gouvernement.

L’AMQ estime que son rôle n'est pas de donner quelque directive que ce soit quant à la poursuite des ses activités. Les minières se poursuivent pour le moment et, lorsque possible le télétravail est préconisé. Les contrôles sont resserrés en ce qui concerne les opérations en fly-in/fly-out, précise-t-on par courriel.

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