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Moscou... ville ouverte malgré la pandémie

Moscou est une des rares capitales européennes qui n’a pas encore opté pour un confinement. La correspondante Tamara Alteresco rend compte de l’humeur de la 2e mégapole d’Europe, en cette période de grande incertitude.

Deux femmes marchent dans le secteur de la place Rouge.

La place Rouge vide comme on le voit rarement, au moment où la Russie n'accepte plus aucun étranger.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Cela fait deux semaines que nous sommes confinés à la maison à Moscou, à la suite d'un séjour en France.

Ce matin, avec la liberté retrouvée, c’est une ville profondément changée, mais étonnamment encore bien vivante avec laquelle je renoue.

Évidemment, la célèbre place Rouge, où trônent la cathédrale Saint-Basile et le Kremlin, est presque vide dans les circonstances.

Ce qui est habituellement le lieu de prédilection des touristes du monde entier est désert, et le restera tant et aussi longtemps que la frontière sera fermée aux étrangers.

Au pied de la cathédrale, un des huit autobus touristiques « hop on, hop off » qui serpentent la ville au quotidien est garé, moteur éteint.

Un jeune homme pose devant la place Rouge.

Des guides touristiques à Moscou s'attendent à ne plus du tout travailler dans les prochains jours.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Trois guides et un chauffeur discutent de l’inévitable réalité. Seulement trois des autobus de la flotte circulent en ce moment à Moscou, qui est presque vide. Nous allons fermer le service dès lundi, c’est sûr.

Ce guide bilingue sait ce que cela signifie pour son salaire et son avenir immédiat.

Le tourisme s’efface partout en ce moment, dit-il, je n’y peux rien.

Quelques personnes marchent dans une rue où sont suspendues des lumières décoratives.

La célèbre rue Nikolskaya, quasi déserte

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Les quelques touristes que nous avons croisés sont des Russes qui profitent du calme inhabituel devant les monuments les plus prisés de Moscou, bien que la plupart soient fermés aux visites. C’est le cas du mausolée de Lénine et du Palais des Armures.

Sur la magnifique rue piétonne Nikolskaya, qui mène du Kremlin à la place Loubianka, les marchands de souvenirs se tournent les pouces.

Une femme est assise seule dans une boutique remplie de souvenirs.

Une boutique de souvenirs vide témoigne de la rareté des touristes dans la capitale russe.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Les employés des restaurants tentent d’attirer les passants avec leur verve habituelle. L’un deux me prend pour une touriste italienne et me tend le menu en me récitant les spécialités géorgiennes.

Benvenuto! Non avere paura! Entrez! N'ayez pas peur, dit-il en désignant la vitrine du restaurant où seulement quelques tables sont occupées.

Entre peur et insouciance

Mais il suffit de marcher à peine 2 kilomètres et de regagner les quartiers résidentiels, plus populaires, pour constater que la vie continue.

C’est comme si les comportements basculaient entre la peur et l'insouciance totale.

Des gens marchent sur une rue.

Des Moscovites dans les quartiers résidentiels de la ville ne semblent pas se soucier de devoir demeurer à la maison.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Les étudiants et les élèves qui animent habituellement le quartier de Chistye Prudy sont absents, puisque tous les établissements scolaires sont fermés.

Mais le restaurant McDonald's, lui, est plein à craquer de travailleurs municipaux en pause qui font la file à la caisse pour le dîner.

La très grande majorité des magasins sont encore ouverts, les restaurants, les centres commerciaux et les salons de beauté aussi.

Dans un salon de manucure, parmi les centaines que compte la ville, on demande désormais aux clientes assises en tête-à-tête avec l’esthéticienne de porter un masque le temps des soins. Mais pas question de fermer, dit la réceptionniste, avant de répondre au téléphone et d'inscrire un rendez-vous au carnet, qui est plein pour le week-end.

Si les rumeurs circulent quant à la possibilité d’un décret majeur pour confiner la ville, le porte-parole du président Vladimir Poutine a déclaré que la mesure n’est pas envisagée, et ce, en dépit du nombre de cas qui augmente tous les jours.

En date du 20 mars, on comptait 253 cas déclarés de COVID-19 en Russie.

Deux femmes portant des masques dans une rue passante.

Deux travailleuses craignent de perdre leur gagne-pain en raison de la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

On nous dit que tout va bien, que la situation est sous contrôle et de ne pas s'inquiéter, dit une jeune femme qui vient de retirer son masque pour s’allumer une cigarette.

Elle et sa copine travaillent au centre-ville, dans un magasin de vêtements pour femmes. Leur patron leur a donné des masques et des gants de caoutchouc pour se protéger, mais la règle des deux mètres est inexistante dans le vocabulaire urbain à Moscou.

« Au moins, pour le moment, ça nous permet de travailler, dit-elle. Mais qui sait ce qui nous attend la semaine prochaine? Nous sommes dans l’inconnu. »

Prise de conscience

Plus les jours passent, plus les Moscovites saisissent l’ampleur de la pandémie qui paralyse la planète et se demandent pourquoi Moscou n’est pas en état d'alerte.

Est-ce qu’on nous ment? Est-ce que le gouvernement ne teste pas assez les gens, ou ne veut tout simplement pas semer la panique? C’est probablement un mélange de tout ça, dit une femme âgée qui sort du supermarché Magnolia, où les rayons sont encore bien garnis, dit-elle, à l’exception de la rangée du riz et du sarrasin...

À la sortie, deux jeunes arrêtent les passants avec une caméra et un micro, pour leur demander ce qu’ils font pour se protéger du coronavirus.

L’un est blogueur, l’autre vidéaste. C’est un sondage maison, disent-ils.

Un homme portant en bandoulière une corde où sont enfilés plusieurs rouleaux de papier de toilette interroge une femme.

Un blogueur interroge les passants à Moscou au sujet du coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Il porte en bandoulière une corde où sont enfilés plusieurs rouleaux de papier de toilette, référence à la pandémie, mais aussi à l’époque de l’Union soviétique, quand le papier toilette était une denrée rare et se vendait à l’unité.

Il y a dans l’humour des Russes, même celui des jeunes, ce sous-entendu que leur pays a connu pire.

Mais leur regard ne cache pas la peur face à un ennemi inédit, une pandémie dont personne ne peut encore prédire la fin.

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