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La chute du prix du pétrole est désastreuse pour T.-N.-L., selon un expert

Gros plan sur les infrastructures de la plateforme.

Terre-Neuve-et-Labrador dépend en partie des revenus pétroliers pour financer ses services à la population. Ci-dessus: la plate-forme pétrolière Hibernia au large de Terre-Neuve.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Marie-Isabelle Rochon

La chute vertigineuse des prix du pétrole ces jours-ci porte un dur coup aux revenus de Terre-Neuve-et-Labrador, selon un expert.

Les redevances perçues sur les activités pétrolières constituent une part importante du produit intérieur brut de Terre-Neuve-et-Labrador. La province avait établi ses prévisions budgétaires l’an dernier en se basant sur un prix de 65 $ US le baril. Dans une mise à jour en décembre dernier, le ministre des Finances, Tom Osborne, précisait que la diminution du prix du brut (de 65 $ US à 63 $ US) avait fait diminuer de 46 millions de dollars les revenus de la province.

Les prix du baril de brut se sont récemment effondrés à cause d’une guerre des prix lancée par l’Arabie Saoudite et la Russie et de la baisse mondiale de la consommation de l’essence entraînée par les mesures de confinement décrétées pour lutter contre la propagation du coronavirus. À la bourse des matières premières de New York, vendredi matin, le baril de brut ne valait que 27,61 $ US.

Selon l'économiste et expert en énergie à l’Université d'Ottawa, Jean-Thomas Bernard, la faillite est envisageable pour Terre-Neuve-et-Labrador.

On a commencé 2020 avec un prix d'environ 65 $ et ce n’était pas encore suffisant pour permettre à Terre-Neuve d’avoir un budget équilibré. Or, présentement, les prix depuis un peu plus d’une semaine ont chuté. [Mercredi], le prix était autour de 20 $. C’est très, très bas et manifestement c’est désastreux pour Terre-Neuve, explique Jean-Thomas Bernard.

Ajoutons à ce tableau la dette publique de 14 milliards de dollars et l’explosion des coûts du projet hydroélectrique de Muskrat Falls qui ont atteint 12,7 milliards de dollars.

Un appui du gouvernement fédéral est souhaitable pour la province, ajoute M. Bernard.

Malheureusement, pour Terre-Neuve, il n’y a pas d’autres volets relativement forts immédiatement. La pêche est encore dans une situation précaire, globalement. Donc, Terre-Neuve n’a pas d’autres sources de revenus qui pourraient contribuer assez rapidement dans cette situation. Donc, ça prendra un effort particulier avec le gouvernement canadien pour aménager certaines améliorations, estime Jean-Thomas Bernard.

Ottawa compte présenter bientôt un plan

En point de presse, mercredi, le premier ministre Dwight Ball a indiqué qu'il avait des discussions sérieuses avec Ottawa au sujet de la situation particulière de sa province. Vendredi, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O’Regan a affirmé qu’un plan pour aider l’industrie pétrolière dans les provinces touchées sera annoncé dès la semaine prochaine.

Lorsque l’économie sera de nouveau sur les roues, nous voulons nous assurer de ne pas avoir perdu les travailleurs qualifiés et essentiels à cette industrie à Terre-Neuve-et-Labrador, en Alberta et en Saskatchewan, a souligné le ministre O’Regan.

Le barrage hydroélectrique sur le bas du fleuve Churchill

Le projet de Muskrat Falls était estimé à 7,4 milliards de dollars en 2012, mais il a fini par coûter 12,7 milliards de dollars.

Photo : Nalcor

Un peu plus tôt cette semaine, les entreprises Equinor et Husky Energy ont annoncé la suspension du développement du projet Bay du Nord. Cette cinquième plateforme pétrolière devait entrer en fonction en 2025 et la province aurait perçu des redevances de 3,5 milliards de dollars. Seamus O’Regan a toutefois rappelé qu’il s’agit d’une suspension et non d’une annulation. Il dit croire qu’une fois la crise passée, les plans reprendront comme prévu.

Ce qui se passe actuellement est très préoccupant pour moi. Tout change et évolue très rapidement et on essaie encore de comprendre ce que cela signifie d’un point de vue économique et fiscal pour Terre-Neuve-et-Labrador, ajoute le ministre des Finances provincial, Tom Osborne.Il y a deux semaines, nous étions en train de terminer les révisions de notre budget qui allait être beaucoup plus positif que ce plusieurs personnes auraient anticipé, a-t-il ajouté.

Tom Osborne est assis devant les drapeaux du Canada et de Terre-Neuve-et-Labrador.

Tom Osborne, ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador,

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

C’est frustrant et décevant de voir la planète traverser aussi rapidement une période si incertaine. Ce sont des moments stressants pour n’importe quel ministre des Finances à travers le monde

Tom Osborne, ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador

Les citoyens appelés à soutenir les entreprises

L’industrie pétrolière n’est pas la seule durement touchée par la situation. Comme partout au pays, les PME et les petits commerces indépendants vivent des semaines difficiles.

À Terre-Neuve-et-Labrador, le gouvernement a ordonné la fermeture des bars, arénas, salles de spectacles et autres lieux de rassemblement, en plus de demander aux restaurants de réduire de moitié la clientèle présente dans leur salle.

Isabelle Dostaler, doyenne de la Faculté d’administration des affaires de l’Université Memorial, souligne l’importance d’encourager l’économie locale par d’autres moyens. Les gens qui ont les moyens de dépenser en ce moment à Terre-Neuve-et-Labrador devraient tenter de le faire au maximum, dit-elle.

John Haggie et Janice Fitzgerald assis à une table.

L'état d'urgence à Terre-Neuve-et-Labrador a été décrété le 18 mars. Ci-dessus, le ministre de la Santé, John Haggie , et la médecin-hygiéniste en chef, Janice Fitzgerald, lors d'une mise à jour sur les cas de COVID-19 dans la province.

Photo : CBC / Ted Dillon

La population ne peut plus se rendre physiquement dans certains commerces, bars et restaurants, mais des entreprises ont toujours une présence en ligne. On peut tenter d'être imaginatif comme citoyen pour essayer de soutenir l'économie locale, estime Mme Dostaler.

Elle rappelle l’importance de ne pas céder à la panique.

Je pense qu’il faut, pour se calmer, essayer d'envisager les choses de façon positive. Du côté de Terre-Neuve-et-Labrador, c’est toute la résilience qui caractérise cette province, ça donne beaucoup d'espoir, ajoute Isabelle Dostaler. C’est une province qui a beaucoup souffert d'un moratoire sur la pêche à la morue, ensuite de la chute des prix du pétrole, etc. Ç’a été difficile pour cette province. Malgré tout, on trouve tellement un niveau d'entraide qui est exceptionnel et des gens qui [s’entraident].

Avec les informations de CBC

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