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Non, cette vidéo ne prouve pas que la COVID-19 est causée par la 5G

Le médecin qui s'exprime dans la vidéo a été sanctionné par le collège des médecins en Californie en 2017.

Il s'agit d'un homme prononçant un discours lors d'une conférence.

La 5G ne cause pas la COVID-19, malgré ce qu'avance cette vidéo.

Photo : Capture d’écran - YouTube

Dans une vidéo devenue virale, un homme se disant médecin affirme que la pandémie de COVID-19 a été causée par l'émergence de la technologie 5G. Or, non seulement cette vidéo contient plusieurs mensonges et erreurs factuelles, mais elle est facilement démentie par des virologistes.

La vidéo originale de Thomas Cowan a été téléversée sur YouTube le 12 mars. Elle est rapidement devenue virale, ayant été partagée quelque 16 000 fois sur Facebook et vue 390 000 fois. Au moins cinq autres chaînes YouTube ont elles aussi publié la même vidéo.

Elle a aussi été publiée par une douzaine de pages Facebook, ainsi que sur Instagram et Twitter. La chanteuse américaine Keri Hilson a causé la controverse en la relayant à ses 2,3 millions d'abonnés Instagram, avant de la supprimer (Nouvelle fenêtre).

Il est impossible de mesurer combien de fois la vidéo a été vue au total, mais elle l'a probablement été par plusieurs centaines de milliers de personnes.

Nous voyons que de nombreuses publications contiennent la vidéo.

Plusieurs copies de la vidéo existent dans les réseaux sociaux.

Photo : Capture d'écran - Crowdtangle

Des affirmations sur les virus qui ne tiennent pas la route

Une des affirmations les plus surprenantes de la vidéo est que les virus ne causent pas vraiment les maladies, mais qu'ils sont des « débris » relâchés par des « cellules empoisonnées ».

Les virus ne sont pas des débris, tranche le Dr Jason Kindrachuk, un virologiste titulaire de la chaire de recherche canadienne en virus émergents à l'Université du Manitoba.

Les virus ne sont pas créés par un empoisonnement des cellules.

Le virologiste Jason Kindrachuk

Preuve que la pandémie mondiale actuelle est causée par un virus et non par des débris, le Dr Kindrachuk rappelle qu'il y a eu plusieurs études sur le SRAS‑CoV‑2 (nom scientifique du nouveau coronavirus) et que des chercheurs ont pu physiquement le démanteler et reconstituer sa séquence génétique, puis l'utiliser pour infecter d'autres animaux.

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Les chercheurs ont pu introduire le virus dans des macaques rhésus, des primates qui réagissent à toutes sortes de pathogènes et de maladies de façon très semblables aux humains, illustre-t-il.

Ces animaux sont devenus malades et ont présenté des symptômes très semblables à la COVID-19. Les données sont probantes.

Le virologiste Jason Kindrachuk

Le Dr Kindrachuk affirme aussi qu'il a vu plusieurs versions de cette théorie conspirationniste accusant la 5G de divers maux circuler bien avant l'arrivée de la pandémie de COVID-19.

C'est une idée qui a souvent été utilisée par la communauté antivaccins, je ne suis donc pas surpris, affirme-t-il. Mais ça me décourage que, même dans une pandémie mondiale et lors d'une crise sanitaire planétaire, ces choses-là continuent de circuler.

Des mensonges et des erreurs de faits

Beaucoup d'autres affirmations de Thomas Cowan dans la vidéo ne tiennent pas la route.

Par exemple, il avance que la pandémie de « grippe espagnole » de 1918 coïncide avec l'émergence de l'utilisation de la radio à l'échelle planétaire, ce qui prouve, selon lui, que les deux événements sont liés.

Or, la première station de radio commerciale, la station montréalaise XWA, a seulement commencé à émettre en 1920 (Nouvelle fenêtre).

Un avertissement contre la grippe espagnole dans un journal montréalais de 1919

Un avertissement contre la grippe espagnole dans un journal montréalais de 1919

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Il raconte aussi que le département de santé de la ville de Boston a mené une expérience en 1918 en tentant d'infecter des gens en santé en utilisant le mucus de patients atteints de la grippe espagnole.

Selon lui, les autorités n'ont jamais réussi à infecter un patient en santé, prouvant donc que le virus ne causait pas la maladie.

Or, il n'y a aucune preuve que cette expérience a eu lieu.

D'ailleurs, les seules mentions de cet événement sur le web se retrouvent soit sur le site de M. Cowan, soit dans des messages publiés sur des forums qui mentionnent son infolettre.

En revanche, les autorités médicales de l'époque, à Boston et ailleurs, savaient très bien que l'épidémie était causée par un virus.

Par exemple, les autorités à Boston ont vite compris que les matelots étaient un des plus importants vecteurs de transmission du virus. Ils ont donc demandé aux femmes qui les fréquentaient de ne pas les embrasser (Nouvelle fenêtre), pour éviter de le propager davantage.

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De plus, le département de santé de Boston fut salué pour avoir eu recours à des hôpitaux à ciel ouvert (Nouvelle fenêtre), ce qui a ralenti la propagation du virus de 1918.

M. Cowan affirme aussi que la ville de Wuhan, lieu de l'éclosion de la pandémie de COVID-19, est aussi la première ville au monde disposant d'un réseau 5G, ce qui prouve, selon lui, que la technologie a causé la maladie.

Or, des villes en Corée du Sud et aux États-Unis disposaient de réseaux 5G bien avant Wuhan (Nouvelle fenêtre).

Il est aussi important de noter que l'Iran, un des pays les plus fortement atteints par la pandémie, ne dispose pas de réseau 5G à l'heure actuelle, tout comme le Japon et la Malaisie, aussi très touchés.

Un médecin controversé

L'homme dans la vidéo, Thomas Cowan, pratique la « médecine holistique », mais il a une formation médicale. Il pratique maintenant la médecine avec de lourdes restrictions près une plainte déposée auprès des autorités médicales de la Californie.

Les autorités alléguaient, entre autres, qu'il avait prescrit un médicament non approuvé à une patiente atteinte de cancer du sein. Il est présentement sous probation.

M. Cowan est l'auteur de nombreux livres qui contredisent la médecine moderne, dont un livre qui conseille aux parents de ne pas faire vacciner leurs enfants.

La vidéo a été tournée il y a quelques semaines à Tucson, en Arizona, lors d'une conférence portant sur la médecine alternative.

Celle-ci réunissait divers conférenciers et activistes antivaccins, dont le chercheur Andrew Wakefield, désavoué par la communauté scientifique. L'étude de ce dernier, publiée en 1998 dans The Lancet puis condamnée en 2010 par la revue qui a alors pris ses distances, a donné naissance au mouvement antivaccins.

Il n'a pas répondu à plusieurs courriels qui lui ont été envoyés.

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