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Géolocaliser les gens pour pister la COVID-19, éthique ou pas?

Un homme porte un masque sanitaire et consulte son téléphone mobile dans le métro de New York.

Si une personne obtient un diagnostic positif, on pourrait se servir de la géolocalisation pour alerter tous les gens qui ont été à proximité d'elle. Le but serait ensuite que tous les gens alertés se placent en quarantaine.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

Les données de géolocalisation des appareils mobiles s'avèrent fort utiles en Corée du Sud pour limiter la contagion. Dans ce pays qui se démarque dans sa lutte contre la pandémie, les gens qui auraient pu croiser une personne infectée reçoivent un texto pour qu'ils s'isolent. Mais bien qu’elle soit efficace, cette méthode soulève des préoccupations majeures de respect de la vie privée et de droits fondamentaux.

Le Canada n’a toujours pas évoqué la possibilité d'aller jusqu'à prendre de telles mesures. Mais dans une perspective de bien commun, le pays pourrait-il le faire?

Les mégadonnées permettent d’identifier les gens avec une précision qui était inimaginable il y a quelques années. C’est d’une puissance incroyable, et les potentiels bénéfices, dans ce contexte de crise, sont hallucinants. La majorité d’entre nous avons toujours notre téléphone dans nos poches, explique le directeur du programme de bioéthique de l’école de santé publique de l'Université de Montréal, Bryn Williams-Jones.

Mais il faut réfléchir à l’envers de la médaille, nuance celui qui est aussi membre chercheur du Centre de recherche en éthique. C’est une question de protection de la vie privée. Peut-être qu’il y a des choses que je ne veux pas partager avec le gouvernement, même si je n’ai fait rien de mal. Ça ne les regarde pas. C’est une valeur fondamentale québécoise et canadienne. On a des droits extrêmement forts ici.

Des piétons portant des masques marchent dans les rues de Séoul.  Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les données de géolocalisation des appareils mobiles s'avèrent fort utiles en Corée du Sud pour limiter la contagion.

Photo : Reuters / Kim Hong-Ji

Une mesure extrême

Rares sont les pays qui vont aussi loin que la Corée du Sud en ce qui concerne la recherche de contacts des gens infectés. Mercredi, Israël a adopté une loi d’urgence dans ce but, et les États-Unis ont fait appel aux géants du web pour avoir accès à des données anonymisées, dans le but d’identifier des points chauds de transmission.

Les acteurs de santé publique peuvent monter un argument assez convaincant pour brimer certaines libertés en disant que c’est justifié pour des raisons de santé publique et de bien commun. C’est justement la justification pour une quarantaine : limiter notre comportement pour protéger le reste de la population, souligne Bryn Williams-Jones.

Donald Trump et Benyamin Nétanyahou se serrent la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les États-Unis et Israël veulent se servir de données de géolocalisation pour limiter la contagion de la COVID-19.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Mais selon le bioéthicien, la problématique principale demeure ce que feront les autorités avec ces données. Idéalement, elles s’en serviraient uniquement à des fins de recherche de contacts en cette période de pandémie, mais rien ne garantit la bienveillance du gouvernement.

Avons-nous confiance qu’il utilisera ces données à cette fin précise? Ferait-il comme les douaniers, qui ont outrepassé des limites en fouillant des téléphones qu’ils ont saisis?, se demande le professeur. 

Offrir le choix

L’un des éléments essentiels d’une analyse éthique est la proportionnalité d’une intervention. Selon ce principe, la sévérité des moyens employés pour arriver à une fin doit être proportionnelle au risque qu’ils représentent. Dans ce cas, on parle bien sûr de brimer la liberté fondamentale du droit à la vie privée et des potentiels dérapages.

La meilleure solution, vu la situation actuelle, serait de trouver le moyen le moins invasif possible, qui limite le moins possible les libertés fondamentales. Sachant qu’on ne peut pas obliger les gens à donner accès à leurs données de géolocalisation, on peut trouver des moyens un peu moins efficaces qui font quand même la job, estime Bryn Williams-Jones.

Or, le bioéthicien croit que le gouvernement pourrait demander aux citoyens et citoyennes de leur donner accès à ces données sur une base volontaire, en leur assurant qu’elles serviront uniquement à des fins de recherche de contacts de gens infectés.

Si l'on demande le consentement éclairé, on respecte l’autonomie de l’individu, et c’est également un moyen de l’embarquer dans un projet collectif qui vise le bien commun. On explique pourquoi, on lui assure qu’on prendra au sérieux la protection de la vie privée et l'on établit quels sont les mécanismes de protection et les balises s’il y a un dérapage, dit-il.

François Legault en point de presse, en compagnie du directeur de la santé publique, Horacio Arruda, et de la ministre de la Santé, Danielle McCann.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le gouvernement du Québec a imposé plusieurs mesures pour limiter la propagation du coronavirus dans la dernière semaine.

Photo : Radio-Canada

Si la population a confiance en son gouvernement, une forte majorité des gens pourraient bien y adhérer, croit le professeur. Selon lui, le gouvernement du Québec aurait la capacité de mener à bien un tel projet.

On a un gouvernement qui travaille avec la presse, qui est dans l’espace public en continu, qui nous explique en détail ce qui arrive, qui n’est pas arrogant, qui est conciliateur, qui est ouvert et qui engage les citoyens dans les actes de solidarité.  On voit de plus en plus d’exemples de gens qui aident leurs proches, qui aident leurs voisins. On vit ensemble une crise, et ensemble, on survivra à cette crise, conclut-il.

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