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COVID-19 : des mesures réclamées pour protéger les détenus

La COVID-19 fera tôt ou tard son entrée dans les prisons canadiennes, prédit l’avocat Tom Engel, président de l'Association canadienne de droit pénitencier.

Un détenu regarde par une fenêtre avec des barreaux dans une prison.

L' Alberta Prison Justice Society et l'Association canadienne de droit pénitencier s'inquiètent des mesures prises pour protéger les détenus contre la COVID-19.

Photo : Getty Images / Peter Macdiarmid

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Maintenir une distanciation sociale et une hygiène irréprochable représente un défi particulier dans les centres de détention. En Alberta, des voix s’élèvent pour demander aux autorités de présenter un plan clair pour protéger la population carcérale.

Mardi matin, 13 détenus du centre de détention provisoire d’Edmonton ont été transportés dans une fourgonnette, conçue pour en contenir 20 au maximum, pour se rendre au palais de justice. Une fois rendus, ils ont été confinés dans les cellules au sous-sol de l’immeuble.

Selon l’avocat de défense criminelle Tom Engel, ces cellules contiennent une cuvette de toilettes, mais pas d'évier. Il doute fortement que les détenus aient pu se laver les mains ou aient été capables de respecter les mesures de distanciation sociale recommandées par les autorités sanitaires.

« Ça pose un risque non seulement pour les prisonniers eux-mêmes, mais aussi pour les shérifs qui s’en occupent ainsi que tous ceux qui entrent au palais de justice.  »

— Une citation de  Tom Engel, avocat et président de l'Association canadienne de droit pénitencier

Le sous-ministre de la Justice de l’Alberta, Dennis Cooley, a déclaré par courriel que les autorités font tout ce qu’elles peuvent pour « s’assurer que les pratiques de distanciation sociale sont mises en oeuvre lorsque c’est possible, et compris dans le transport et les aires d’attente ».

Insatisfait par cette réponse qu’il estime vague et générale, Tom Engel demande plutôt au ministère de « dire publiquement quel est son plan » pour protéger les détenus.

« Rien de ce qu’ils ont dit jusqu’à maintenant ne nous indique qu’ils prennent les mesures appropriées », dit-il.

Une population à risque

Selon lui, la population carcérale est extrêmement vulnérable à la pandémie. Elle est souvent limitée dans ses options en termes de produits sanitaires et même d’habitudes hygiéniques, et elle peut difficilement contrôler ses déplacements ou sa proximité avec les autres détenus.

La présidente de l’Alberta Prison Justice Society (APJS), une association de défense des droits des détenus, Amanda Hart-Dowhun, est du même avis. Elle s'inquiète aussi de ce qui arrivera si un détenu est infecté.

« Tout le monde qui travaille dans notre domaine le sait : même en temps normal, les soins médicaux fournis en prison sont peu reluisants », dit-elle.

Des détenus en isolement, mais aucun cas déclaré en Alberta

Deux sources ont dit à CBC qu’une poignée de détenus albertains ont été testés pour le coronavirus et qu’au moins deux d’entre eux ont été placés en isolement.

Le ministère de la Justice a refusé de confirmer ou de nier cette information, mais a déclaré par courriel qu’aucun détenu n’a été déclaré porteur du coronavirus dans les prisons, les centres de détention provisoire ou les centres de détention jeunesse de la province.

Tom Engels, toutefois, est convaincu que ce n’est qu’une question de temps.

« Je crois que c’est impossible qu’il n’y ait pas éventuellement un cas de coronavirus dans chaque prison canadienne », craint-il.

Il s’inquiète particulièrement pour les centres de détention provisoire, où un grand nombre de détenus entre et sort dans de courtes périodes.

« Ils n’y restent parfois que quelques jours, mais ils peuvent être infectés pendant ce temps et le propager ensuite dans la communauté », explique-t-il.

Interdiction des visites

Le service correctionnel du Canada a suspendu les visites du public dans les prisons fédérales le 14 mars, en précisant que des options téléphoniques ou de vidéoconférences sont toujours disponibles pour les détenus. Le ministère de la Justice de l’Alberta a fait la même chose deux jours plus tard.

Tom Engel n’en est pas surpris. Il explique que les centres de détention ont aussi parfois recours à des rotations pour l’utilisation des espaces communs pour que ceux-ci soient moins bondés. Il s’inquiète toutefois que cela se traduise par quelque chose qui frôle l’isolement cellulaire.

L’APJS demande aux autorités d’envisager des remises en liberté

Tom Engel et Amanda Hart-Dowhun ont tous les deux écrit des lettres aux ministres de la Justice provincial et fédéral pour leur faire part de leurs inquiétudes.

« On veut d’abord qu’ils soient clairs [...] : que font-ils pour prévenir [la propagation] et que vont-ils faire s’ils ont un cas? », explique Amanda Hart Dowhun.

Dans une lettre adressée aux autorités provinciales et fédérales ainsi qu’au commissaire des services correctionnels du Canada, l’APJS suggère plusieurs mesures, dont :

  • s’assurer que les détenus ont accès accru aux produits hygiéniques et sanitaires, peu importe les fonds dans leur compte;
  • Augmenter le dépistage et l’accès aux soins;
  • Envisager des remises en liberté temporaires, particulièrement pour les aînés et les détenus immunodéprimés.

Amanda Hart-Dowhun croit que les autorités devraient faire ce qu’elles peuvent pour limiter le nombre de détenus pendant la pandémie. Elle dit déjà voir des signes d’ouverture de la part des procureurs albertains pour demander plus de libertés sous caution au lieu de mises en détention.

Elle espère aussi que le gouvernement albertain suivra l'exemple de Terre-Neuve-et-Labrador, quienvisage de libérer temporairement des détenus à faible risque de récidives.

Avec des informations de Janice Johnston

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