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COVID-19 : le Canada à la recherche de respirateurs artificiels

Un employé du réseau de la santé qui met un masque sur un patient.

Plusieurs provinces tentent de se procurer davantage de respirateurs artificiels.

Photo : iStock

Les respirateurs artificiels — essentiels pour prendre en charge les patients les plus gravement malades de la COVID-19 — sont convoités aux quatre coins du monde. Selon des informations compilées par Radio-Canada, plusieurs provinces tentent de s’en procurer davantage, et le nombre de respirateurs par habitant varie fortement d’une province à l’autre.

En Italie, les récits glaçants de médecins se multiplient et font redouter le pire aux autorités canadiennes. Dans plusieurs hôpitaux, des urgentologues racontent qu'ils doivent choisir quel patient aura accès à un respirateur, faute de ressources.

Pour répondre à cette crise, l’Italie est à la recherche de milliers de respirateurs. C’est aussi le cas de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des États-Unis. Au Canada, les autorités cherchent également ces appareils indispensables.

L’administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam, a confirmé que le gouvernement fédéral avait déjà commandé des respirateurs en prévision d’une hausse de la demande dans les provinces. Nous ne sommes pas le seul pays à chercher ce genre de matériel, a toutefois averti la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu.

Dre Theresa Tam et la ministre Patty Hajdu s'adressent aux médias devant des drapeaux du Canada.

La Dre Theresa Tam lors d'un point de presse en compagnie de la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu (archives).

Photo : The Canadian Press / Justin Tang

Au moins 6500 respirateurs au pays

Pour compiler le nombre de respirateurs artificiels au pays, Radio-Canada a obtenu des réponses officielles des autorités sanitaires de chaque province touchée, par courriel ou lors de points de presse. 

Selon nos informations, le Canada compte au moins 6500 respirateurs artificiels. Toutes les provinces à l’exception de Terre-Neuve-et-Labrador ont confirmé qu’elles avaient déjà commandé des respirateurs artificiels additionnels pour faire face à la pandémie de COVID-19.

Seul l’Ontario a refusé de divulguer son nombre total de respirateurs. En conférence de presse jeudi après-midi, la ministre de la Santé Christine Elliott a indiqué que la province venait de recevoir 300 respirateurs supplémentaires, et qu’elle disposait d’une réserve d’urgence qui en compte 200 autres.

Le gouvernement envisage par ailleurs de faire appel à des constructeurs automobiles pour en fabriquer davantage.

Nous savons que la pression sur notre système de santé va augmenter.

Christine Elliott, ministre de la Santé de l’Ontario

Selon les prédictions d’un groupe d’experts en santé, la province pourrait manquer de respirateurs dans une quarantaine de jours, d'après un scénario conservateur selon lequel le nombre de cas de COVID-19 augmenterait de 7,5 % par jour.

Cela suppose que nous gardions la même capacité, que nous n’ajoutions pas de lits de soins intensifs et que nous n’achetions pas de nouveaux respirateurs, précise la Dre Beate Sander, chercheuse au Réseau universitaire de santé de Toronto et professeure à l’Université de Toronto. 

Tous les malades n’ont pas besoin d’un respirateur

Dans environ 80 % des cas, les personnes qui contractent la COVID-19 en guérissent sans traitement particulier. Cela veut toutefois dire qu’environ 1 personne sur 5 a besoin d’être hospitalisée — parmi les complications possibles figurent la pneumonie et le syndrome respiratoire aigu sévère. En France, des « jeunes de tous âges » doivent être hospitalisés.

Des variations d’une province à l’autre

Si Terre-Neuve-et-Labrador et le Québec sont les deux provinces qui comptent le plus de respirateurs artificiels par centaine de milliers d’habitants, la Saskatchewan et l’Alberta arrivent loin derrière.

Ces données excluent l’Ontario. Pourtant, selon le groupe d’experts dont la Dre Sander fait partie, il y aurait environ 1300 respirateurs artificiels en Ontario, ce qui en ferait la province ayant le plus bas taux de respirateurs par habitant, même en incluant les acquisitions effectuées cette semaine, selon les données colligées par Radio-Canada.

Ces disparités s’expliqueraient entre autres par un manque de financement en santé dans certaines provinces, selon l’association SoinsSantéCAN, qui représente une cinquantaine d’hôpitaux au pays.

Si on avait répondu à cela par le passé, peut-être qu’on n'aurait pas le challenge qu’on a aujourd’hui, pense son président, Paul-Émile Cloutier. On ne sait pas combien de gens vont avoir besoin [de respirateurs], s’inquiète-t-il.

Si demain matin il y avait une poussée énorme de patients avec la COVID-19 qui avaient besoin de respirateurs, on aurait un manque.

Paul-Émile Cloutier, président, SoinsSantéCAN

Dimanche, le premier ministre François Legault admettait que, dans le pire scénario, 400 000 Québécois pourraient devoir être hospitalisés à cause de la COVID-19.

Le premier ministre du Québec François Legault et la ministre de la Santé Danielle McCann assis durant un point de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault, estime que, dans le pire scénario, 400 000 Québécois pourraient nécessiter une hospitalisation en raison de la COVID-19 (archives).

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Ainsi, Québec a permis aux centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) d'accélérer leur approvisionnement normal en respirateurs, sans se soumettre au processus normal d'appels d'offres.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux n’a toutefois pas précisé le nombre d’appareils supplémentaires qui seront commandés. Mais avec 3000 respirateurs, le Québec est déjà le mieux équipé pour faire face à la pandémie. 

Malgré cela, le directeur du Réseau de recherche en santé respiratoire du Québec estime que le système de santé, peu importe la province, serait incapable de faire face à un tel volume. L’important, c’est de minimiser au maximum l’afflux de patients sur un court laps de temps, explique le Dr Philippe Jouvet. 

Si on n’enraye pas la chaîne, quel que soit le système de santé qu’on a, on aura du mal à y faire face.

Dr Philippe Jouvet, directeur du Réseau de recherche en santé respiratoire du Québec

Le fédéral peut-il aider les provinces? 

L’Île-du-Prince-Édouard indique avoir déjà demandé l’aide d’Ottawa pour se procurer des respirateurs artificiels. L’Alberta dit travailler de près avec le gouvernement Trudeau, tout comme le Québec, qui affirme être en discussion avec ses homologues au fédéral pour connaître leurs réserves.

L’Agence de la santé publique du Canada refuse toutefois de dire si elle a aidé des provinces à s’approvisionner en respirateurs par l’entremise de sa Réserve nationale stratégique d’urgence. Cette réserve contient de l’équipement médical que les provinces et territoires peuvent demander dans des situations d’urgence, notamment en cas de pandémie.

Pour des raisons de sécurité, l’Agence de la santé publique du Canada ne divulgue pas les détails relatifs aux stocks de la RNSU [Réserve nationale stratégique d’urgence], a signalé un porte-parole par courriel.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Aplatir la courbe à tout prix, plaident des médecins 

Si on n’est pas capable de contrôler la pandémie à ce moment, on va avoir des problèmes, estime le Dr Eddy Lang. L’urgentologue basé à Calgary fait valoir que l’approvisionnement en respirateurs artificiels pourrait aussi se révéler complexe. C’est fort improbable qu’on soit capable d’en importer des États-Unis, parce que leur situation est plus grave que la nôtre.

On a une population qui est âgée, comme en Italie. On a des centres d’hébergement où les personnes âgées sont assez concentrées.

Dr Eddy Lang, membre de l’Association canadienne des médecins d’urgence

Avant de manquer [de respirateurs], ce qui est plus probable et un peu plus embêtant, c’est que le nombre de patients peut excéder la capacité dans des endroits géographiques précis à des moments précis, nuance le Dr François Lamontagne. Les épidémies ont la fâcheuse habitude de se déplacer très vite, ajoute celui qui est aussi médecin intensiviste au CIUSSS de l’Estrie.

Ces experts font valoir qu’outre les respirateurs artificiels, c’est l’ensemble du système de santé qui aurait du mal à absorber un afflux de patients, et ce, tant pour ce qui est de l’espace que du matériel et du personnel. 

Le Dr François Lamontagne, qui a participé à l’intervention contre l’Ebola en Afrique de l’Ouest, veut toutefois rester optimiste. 

On va offrir des services de soins intensifs dans tous les recoins possibles d’un hôpital bien avant de commencer à faire du triage, croit le Dr Lamontagne. Il y a pas mal d’étapes à franchir avant d’évoquer ce genre de scénario.

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Photo : Radio-Canada

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