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COVID-19 : dépister massivement, la recette gagnante de la Corée du Sud

Une femme sud-coréenne porte un masque pour se protéger du coronavirus, le 18 mars 2020, à Séoul.

Une femme sud-coréenne porte un masque pour se protéger du coronavirus, le 18 mars 2020, à Séoul.

Photo : Getty Images / Chung Sung-Jun

Pendant que le coronavirus continue sa progression en Europe, mettant à rude épreuve certains pays dont l’Italie, la Corée du Sud apporte un vent d’espoir dans cette lutte qui ne se fait pas à armes égales.

Mercredi, pour une quatrième journée de suite, le pays signalait moins d’une centaine de nouvelles contaminations quotidiennes, soit 93. En comparaison, pendant la seule journée du 29 février dernier, 909 nouveaux cas avaient été recensés.

Le constat est saisissant : en moins de 20 jours, la progression de la maladie a été ralentie de manière significative.

Cette maîtrise relative de la courbe est le fruit de plusieurs mesures prises par les autorités de ce pays qui, contrairement à la Chine, n’a pas eu à fermer des villes entières.

Tester et tester

Il y a d’abord la vaste campagne de dépistage, combinée à des efforts considérables pour isoler les personnes infectées et pour retracer et mettre en quarantaine les personnes avec qui elles sont entrées en contact.

De 15 000 à 20 000 personnes sont dépistées quotidiennement. Jusqu’ici, plus de 270 000 tests ont été menés dans ce pays de 50 millions d’habitants, qui détient le taux de dépistage le plus élevé du monde.

Dans leur offensive, les autorités ont recours aussi au dépistage au volant, ce qui permet à un plus grand nombre de citoyens de bénéficier des tests gratuits.

Les laboratoires sont également mis à contribution dans la lutte contre la propagation du coronavirus. Un réseau de 96 laboratoires publics et privés a été mis en place pour effectuer des tests.

Ce faisant, la Corée du Sud fait écho à l’appel de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont le directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a demandé aux pays de trouver, tester, isoler et soigner chaque cas, et de retracer chaque contact.

Des travailleurs de la santé portant des combinaisons de protection attendent de contrôler un automobiliste.

Le dépistage intensif, y compris sur les routes, a porté ses fruits en Corée du Sud.

Photo : afp via getty images / ED JONES

Traçabilité et données

En plus du dépistage massif, les autorités sud-coréennes mènent systématiquement des recherches pour retrouver les proches des personnes contaminées et leur proposer un dépistage.

En vertu d’une nouvelle législation, le gouvernement collecte des données sur les téléphones portables et les cartes bancaires des personnes dont le test est positif. L’objectif étant de reconstituer leurs déplacements récents, avant qu’elles n'aient été testées.

Ces informations, dépouillées de leurs identifiants personnels, sont partagées sur des applications de médias sociaux, ce qui permet à d'autres gens de savoir s’ils ont pu croiser le chemin d'une personne infectée.

Quand un nouveau cas est détecté dans un quartier, les résidents ainsi que les gens qui y travaillent peuvent recevoir un texto pour les en informer.

Cet important déploiement technologique, aussi efficace soit-il, n’a pas été sans susciter des craintes sur la protection de la vie privée.

La Corée du Sud n’ayant pas fermé ses frontières, une surveillance accrue est observée dans les aéroports.

Les voyageurs provenant des pays à risque, comme la Chine, sont soumis à des prises de température et doivent répondre à un questionnaire détaillé sur leur état de santé et leurs déplacements envisagés.

Ces touristes sont aussi tenus de télécharger une application mobile dans laquelle ils doivent décrire chaque jour leur état de santé. Si des symptômes sont signalés pendant plus de deux jours, des mesures pourraient être prises par les services de la santé.

Agir vite et tirer les leçons du SRMO

Les responsables de la santé publique en Corée du Sud sont d’avis que cette méthode a sauvé des vies. Le taux de mortalité liée aux coronavirus est d’environ 0,7 % dans ce pays, alors qu’il est de 3,4 % au niveau mondial, selon l’OMS.

D'après les données du Centre de contrôle et de prévention des maladies (KCDC), 8413 personnes ont contracté le virus depuis que l'épidémie est apparue en Corée du Sud. Le dernier bilan fait état de 84 morts.

En entrevue à la BBC, le professeur Gye Cheol Kwon, président de la Fondation pour la médecine de laboratoire, a expliqué que, si son pays a réussi tant bien quel mal à aplatir la courbe, c’est en partie grâce au principe bali bali, qui signifie vite vite en coréen.

C’est grâce à cette philosophie, dit-il, que les Sud-Coréens ont réussi à concevoir et à créer un test, à mettre en place un réseau de laboratoires dans tout le pays et à faire fonctionner le tout en 17 jours.

Il y a également dans cette réaction rapide à la COVID-19 l’effet des leçons apprises de l’épidémie du SMRO, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, qui avait fait 36 morts au pays.

En 2015, un homme d'affaires sud-coréen a été atteint du SMRO après son séjour dans trois pays du Moyen-Orient.

Il a été soigné dans trois établissements de santé sud-coréens avant de recevoir un diagnostic, puis d'être isolé. Une chaîne de transmission a été déclenchée, touchant 186 personnes.

Le dépistage, la recherche de personnes infectées et la mise en quarantaine de près de 17 000 personnes ont permis d'enrayer l'épidémie au bout de deux mois.

Cette malheureuse expérience a poussé le pays à réévaluer son approche des maladies infectieuses. Les centres de contrôle des maladies de la Corée du Sud ont même créé un département spécial pour se préparer au pire.

Je pense qu'une détection précoce des patients grâce à des tests précis, suivis d'un isolement, peut faire baisser le taux de mortalité et empêcher le virus de se propager, estime le professeur Kwon.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC

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