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Le non-respect de la distanciation sociale dénoncé en Acadie

Le coronavirus se transmet d’une personne à une autre par les gouttelettes expulsées par le nez ou par la bouche.

Le coronavirus se transmet d’une personne à une autre par les gouttelettes expulsées par le nez ou par la bouche.

Photo : iStock / PeopleImages

Mathieu Massé

Les consignes sont claires : toute personne de retour d’un voyage à l’étranger devrait se mettre en quarantaine volontaire pour une période de 14 jours. Le reste de la population devrait, dans la mesure du possible, adhérer au principe de la distanciation sociale. Pourtant, certains semblent prendre ces notions à la légère, au grand désarroi des autres.

La dénonciation, par des utilisateurs des réseaux sociaux, de ceux qui ne respectent pas la quarantaine au retour de voyage est un acte qui sort de moins en moins de l'ordinaire.

Consultez notre dossier : Tout sur la COVID-19 en Atlantique

Une dame de la Péninsule acadienne s’insurge carrément de voir des gens qui se foutent de la quarantaine. Pour moi, ce sont des dangers publics, écrit-elle. Nous sommes démunis face à ce manque de considération citoyenne et sociale.

Les commentaires du genre sont de plus en plus nombreux sur les réseaux sociaux. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les commentaires du genre sont de plus en plus nombreux sur les réseaux sociaux.

Photo : Radio-Canada / tiré de Facebook

Le pharmacien propriétaire Danny Allain, de Shippagan, a aussi fait une publication sur Facebook dénonçant ce manque de respect envers autrui. Récemment revenu de voyage, il est lui-même en isolement durant 14 jours.

Je suis régulièrement en contact avec mes employés et j’entends souvent que des gens reviennent de voyage et ne voient pas le risque ou le danger.

Danny Allain, pharmacien propriétaire à Shippagan

Une crainte « abstraite »

Le sociologue Mathieu Wade estime que la réponse des autorités pour stopper la pandémie peut sembler extrême aux yeux de plusieurs. La crainte est encore un peu abstraite. Les médias nous le disent. Les gouvernements nous le disent. Mais quand on regarde concrètement les chiffres, on se dit : ''Bon, 200 000 personnes [à l’échelle planétaire], je suis prêt à courir le risque'', analyse-t-il.

Selon lui, le fait qu’il y ait encore très peu de cas en Atlantique comparativement aux autres provinces canadiennes peut rendre les gens encore plus insouciants.

Le sociologue Mathieu Wade.

Selon le sociologue Mathieu Wade, la menace du coronavirus peut sembler encore un peu abstraite.

Photo : Radio-Canada

Danny Allain ne veut pas juger les gens, ce n’est pas son but, dit-il. Je ne sais pas si les gens sont mal informés ou si c’est juste du manque de respect, je ne suis pas là pour le dire, mais il reste que la meilleure manière de prévenir que ça se propage, c’est de rester chez vous.

L’honnêteté au service de tous

Une autre situation problématique soulevée est celle de gens qui refusent de mentionner qu’ils reviennent de voyage au moment d’un examen médical. Le Dr John Tobin est médecin de famille et chef de département de médecine familiale auprès du Réseau de santé Vitalité. Ce genre de cas, il affirme en avoir déjà croisé.

La situation est peu fréquente, dit-il, mais il arrive parfois que les gens s'abstiennent de dévoiler qu'ils ont voyagé lorsqu’on les interroge. Ça lui est arrivé. Ils nous disent qu’ils n’ont pas voyagé, alors qu’on sait pertinemment qu’ils l'ont fait. On est quand même chanceux. Des fois, une personne connaît le patient et dit : ''Hé, il arrive du Sud, celui-là.''

Ces omissions rappellent au Dr Tobin la « folie du papier de toilette » des dernières semaines. On a un peu l’impression que les gens commencent à avoir peur de manquer de services de santé, dit-il.

Il affirme qu’en agissant de la sorte ils ne réfléchissent pas aux conséquences.

La personne qui a voyagé et qui ne nous le dit pas peut recevoir des services de santé de la part d’une personne moins protégée, propager la maladie et mettre la vie d'autrui en danger.

John Tobin, médecin de famille

Ces dangers inquiètent les employés du système de santé. Évidemment, ça nous fâche, mais ça nous fait aussi peur un peu. On finit par se demander : ''Quand est-ce que je vais pogner la maladie, moi aussi?''

Le médecin de famille John Tobin est bien conscient que les gens sont stressés et à fleur de peau. Il rappelle toutefois que l'honnêteté doit primer dans le contexte. Il en va de la santé du personnel médical. On est capable d’offrir des soins par téléphone si nécessaire ou même de se préparer et de se protéger un peu mieux si on est au courant qu’un patient a voyagé.

Le médecin rappelle aussi que l’éloignement social est capital. Il indique qu’il ne faut pas hésiter à intervenir avec les gens qui ne respectent pas cette consigne, toujours en restant calme, évidemment. Si un ami vient cogner chez vous, il faut lui dire que non, on ne le laissera pas entrer, pas parce qu’on ne l’aime pas, mais bien parce que c’est important d’éviter les contacts. Il faut s’appeler à la place.

« Soyez gentils »

Le pharmacien propriétaire Dennis Abud, de Dieppe, souligne une autre problématique tout aussi préoccupante. On doit mettre des restrictions sur le nombre de jours de médicaments [qu’on peut vendre], et j’ai des pharmaciennes qui se sont fait chialer après par des clients, déplore-t-il.

M. Abud mentionne que nous nous trouvons tous dans la même situation. Tout le monde doit travailler ensemble pour limiter la propagation de la COVID-19. Les pharmaciens, on fait ce qu’on peut. Soyez gentils, laisse-t-il tomber, à moitié rieur.

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