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Les Parisiens en confinement

« Dans les situations de crise, il faut rester lucide et sérieux. Et respecter les consignes des professionnels. C’est comme ça qu’on va s’en sortir. Il faut que tout le monde fasse ça », lance un Parisien.

Quelques personnes marchent sur une vaste place publique.

La Défense, le grand quartier d’affaires de Paris et l’un des plus importants centres commerciaux en Europe, est méconnaissable.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le silence. C’est ce qui frappe probablement le plus. Dans la capitale française privée du tourbillon caractéristique de ses grandes artères, de la course folle des quartiers d’affaires ou encore des effluves, conversations et rires habituels des terrasses, parcs et écoles, j’ai l’impression de vivre le « jour de la Marmotte ». Après avoir vu des scènes de vide semblables pendant des semaines passées dans une Chine en quarantaine.

Parc Monceau, dans le chic 8e arrondissement de Paris. Fermé comme tous les endroits publics. Privés de ce parcours, des coureurs font du jogging dans les rues avoisinantes. Ils sont cependant rares. Et on entend leurs foulées de loin, en quasi-absence de circulation.

Faire du sport reste permis durant le confinement, à condition de ne pas le faire en groupe.

David, croisé devant les grilles du parc, explique pourquoi il va continuer à faire de l’exercice. A priori, on peut courir sans danger (de contracter le virus), donc je pense qu’il faut que l’on prenne de l’énergie. Parce qu’il va falloir lutter contre le virus, forcément, lance-t-il.

Un coureur fait signe du pouce en l'air.

Devant les grilles du parc Monceau, David assure que face au nouveau coronavirus, il faut que la France ait un esprit « Coupe du Monde », pour qu’on ait tous « envie de gagner ensemble ».

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

La guerre au nouveau coronavirus. Déclarée par le président Emmanuel Macron dans son discours du 16 mars. Comme l’avait fait un peu plus tôt cet hiver le président chinois Xi Jinping.

Je pense que c’est le seul terme que les Français pouvaient comprendre, affirme Mme Jagu, une résidente du quartier des Batignolles.

Je dois avouer qu’à partir de jeudi dernier, j’avais commencé à me confiner. Mais visiblement, personne n’avait compris. Donc, à moins de parler de guerre, ça passe difficilement là-dedans, ajoute-t-elle, en montrant sa tête de l’index.

Une dame tient un document intitulé : « Attestation de déplacement dérogatoire ».

Une attestation de déplacement, obligatoire pour circuler, avec laquelle on jure de sortir uniquement pour cinq motifs précis et approuvés par les autorités françaises, comme faire les courses au marché ou à la pharmacie. Circuler sans cette dérogation est punissable d’une amende de 135 euros à 360 euros. (Nous avons gommé les informations personnelles.)

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

La quinquagénaire n’est sortie que pour se procurer des produits frais. Elle appréhende toutefois la période de confinement obligatoire qui s’amorce : Comme je vis seule, c’est extrêmement déprimant.

Un homme portant un masque marche sur un trottoir.

Ils ne sont pas légion à porter des masques, malgré le passage au stade 3 de l’épidémie. L’efficacité des masques contre ce nouveau coronavirus ne convainc pas tout le monde, sans compter qu’il y a une pénurie en France. Ça avait été le cas aussi en Chine, une pénurie au plus fort de la crise, alors que le port du masque est devenu obligatoire durant l’épidémie.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Plus loin dans la rue marchande, un résident porte un masque. On espère que tout va bien se passer, et que Dieu va nous protéger, dit-il.

Être prudents, oui, mais il n'y a à son avis aucune raison de céder à la peur, de se lancer dans une frénésie d’achats de denrées, comme dans les images qui ont tourné en boucle. Dans les situations de crise, il faut rester lucide et sérieux. Et respecter les consignes des professionnels. C’est comme ça qu’on va s’en sortir. Il faut que tout le monde fasse ça, dit-il.

Yvon, croisé à la gare Saint-Lazare, compte suivre particulièrement l’une des recommandations du gouvernement : limiter les contacts quotidiens à cinq personnes.

Yvon, qui porte des écouteurs autour du cou, se pince une oreille.

Employé en alternance, Yvon fera du télétravail durant le confinement.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Bien sûr, si c’est le moyen de se protéger et de protéger les autres, évidemment, oui, assure-t-il. Il précise que ce sera facile puisqu’ils ne sont que trois à la maison.

Il avait espéré rentrer chez lui avant le début du confinement. Mais passé midi, il n’y avait toujours pas de train. Le sien avait été annulé. Moins de destinations seront desservies pendant la quarantaine.

L'intérieur de la gare.

La gare Saint-Lazare, quelques minutes après l’entrée en vigueur du confinement.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Des policiers marchent devant une gare.

100 000 policiers et gendarmes seront déployés pour faire respecter le confinement en France.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

À Montmartre, Carlos, un père de famille, est d’avis que l’isolement obligatoire aurait dû commencer plus tôt.

On aurait dû se réveiller quand les Italiens ont commencé à fermer. Ça aurait dû nous mettre la puce à l’oreille quand même, lance-t-il. Pas de panique pour autant, face au nouveau coronavirus. Il va peut-être nous faire peur d’ici deux semaines, on verra à la fin de ce confinement.

Une famille utilise des trottinettes sur les trottoirs.

Carlos, Oscar et Carmen, à Montmartre.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Carlos a prévu toutes sortes d’activités pour tromper l’ennui avec sa fille et son fils.

« Télétravail! » lance sa fille Carmen. C’est-à-dire qu’ils regardent la télé, rétorque Carlos en la taquinant.

Plus sérieusement, il précise que des devoirs, des petites promenades de santé, de la cuisine – des crêpes –, de la lecture et des jeux sont au programme.

Son épouse travaillera de la maison. Lui, il se retrouve temporairement au chômage. Il est guide touristique.

Des policiers interpellent des touristes.

Le parvis de Sacré-Cœur quasi vide, il faut le voir pour le croire. Et ces touristes n’ont eu que quelques minutes pour admirer le monument religieux. Toujours sur place après l’entrée en vigueur du confinement, ils ont reçu l’ordre de partir. Pas d’amende cette fois-ci.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Quelques soldats se promènent à l'extérieur.

Montmartre, à l’heure du confinement.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Plus haut, devant le Sacré-Cœur, pendant que des policiers évacuent le parvis tout en vérifiant les dérogations des uns et les cartes professionnelles des autres, on entend des bruits de métaux qui s’entrechoquent. Un chantier de construction est toujours en branle.

Un ruban bloque l'accès à une entrée.

Les travaux de construction tournent au ralenti, mais ne sont pas tous arrêtés complètement.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le contremaître admet qu’il n’a pas d’attestation pour continuer à travailler durant cette quarantaine, mais soutient qu'il n’a pas le choix. Le gouvernement, il ne l’a pas dit avant, hein, en temps et heure, lance-t-il.

Romain est devant le camion de son entreprise.

À moins d’une heure du début de l’isolement obligatoire, Romain, qui supervise des chantiers, ne savait toujours pas s’il pourrait continuer à travailler ou non. Quitte à réaménager, autant que faire se peut, les horaires des employés pour éviter qu’un trop grand nombre se retrouve au même endroit en même temps. « Le télétravail, c’est impossible dans mon cas », dit-il.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Michel a l’air désoeuvré derrière son étal, dans un marché public du 7e arrondissement de Paris. Les gens ne se bousculent pas pour lui acheter ses fines herbes et autres produits.

Il explique que sa clientèle se compose surtout de touristes.

Un étal d'un marché.

L'étal de Michel dans un marché du 7e arrondissement.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Mais il montre aussi d’un grand geste le peu d’achalandage chez le boucher et le marchand de fruits et légumes, à côté, pour ajouter que même les clients français ne sont pas au rendez-vous.

L’entrepreneur doute avoir droit à l’aide promise par le gouvernement. Il résume en deux phrases ce que le confinement signifie pour lui : Oh, bien pour moi, je peux fermer boutique. C’est terminé.

La préoccupation immédiate de Fabien en ce premier jour du confinement de 67 millions de Français, c’est de savoir où il passera la nuit. Il est sans-abri.

Fabien grille une cigarette en écoutant un homme qui joue de la guitare.

Un moment de détente pour Fabien, un sans-abri, et des compagnons de passage, au moment où le confinement entre en vigueur.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Sur le coup de midi, au moment où débute la quarantaine, il est assis devant l’une des grandes gares de la capitale. Normalement, il dort à l’intérieur. Il craint une évacuation en pleine nuit, surtout qu’il y a davantage de policiers dans le secteur.

À ses côtés, Jules, un homme qui se définit comme un membre des gilets jaunes, est venu lui apporter un peu de soutien.

Les sans-abri resteront les invisibles de ce confinement, tout comme les sans-papiers, s’indigne-t-il avant d’entonner, en guise de clin d’œil, la chanson The Rythm of the Night, succès des années 1990 d’un groupe dénommé Corona.

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Les berges de la Seine étaient désertes quelques heures après l’entrée en vigueur du confinement.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

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