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Justin Trudeau sort d'une maison.

Le premier ministre Justin Trudeau, au moment de faire son point de presse quotidien sur la pandémie de coronavirus, le 17 mars 2020.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

« Il est toujours préférable de mener en retrait et de laisser d’autres personnes se mettre à l’avant-plan, surtout quand on célèbre la victoire, après de bonnes nouvelles. Puis on monte au front quand le danger apparaît. C’est ainsi que les gens apprécieront votre leadership », a déjà dit Nelson Mandela.

Dire que le premier ministre Justin Trudeau a un problème de leadership ces jours-ci serait un euphémisme. Un problème qui est amplifié par ce qui semble être, jusqu’à maintenant, une performance sans faute de son homologue québécois François Legault. Pour M. Trudeau, la comparaison est presque létale.

La première différence, c'est l’expérience à gérer des crises. François Legault a été dirigeant d’entreprise – il a cofondé Air Transat – et ministre de la Santé, puis de l’Éducation, les deux principaux ministères et postes budgétaires du gouvernement du Québec. On ne peut pas passer par ces ministères sans avoir une expérience certaine dans la gestion de crise.

Justin Trudeau a pour sa part eu un premier mandat assez tranquille, sauf peut-être à la toute fin, quand l’affaire SNC-Lavalin est devenue un boulet au pied de son gouvernement, ce qui aurait été tout à fait évitable si on avait dit la vérité dès le départ.

Depuis le début de son second mandat, une crise mal gérée n’attend pas l’autre. M. Trudeau et son gouvernement n’ont pas eu tort de refuser les appels à « rentrer dans le tas » et à employer la manière forte pour démanteler les barricades ferroviaires érigées par des communautés autochtones.

Mais dans cette crise du coronavirus, on a surtout vu le gouvernement Trudeau être à la remorque du gouvernement québécois, annonçant ses initiatives, le plus souvent une journée ou deux après celles du Québec. En ces temps d’incertitude, c’est un retard qui a nécessairement un coût politique.

Le ton et la manière

L’autre grande différence entre les deux premiers ministres est le ton et la manière.

M. Legault a été décrit par maints analystes et chroniqueurs comme « le bon père de famille ». Poursuivant dans la lignée de la crise du verglas, il y a deux décennies, il a compris d’emblée ce qu’était la formule gagnante.

Mais en temps de crise, un décideur qui sait où il va et qui annonce des décisions, appuyé par une fonction publique compétente et des ministres sectoriels qui inspirent confiance, c’est la formule gagnante. M. Legault l’utilise au maximum.

Le trio Legault-Arruda-McCann est en train de devenir un classique, à même titre que le duo formé en 1998 par Lucien Bouchard et André Caillé, président d’Hydro-Québec à l'époque de la crise du verglas.

M. Trudeau, lui, apparaît toujours seul. On comprend qu’il est en isolement pour encore quelques jours. Mais on se demande pourquoi il a bien pu commencer un point de presse diffusé à travers tout le pays en rappelant qu’il faut se laver les mains...

Il reste le premier ministre et ne gagne rien à laisser les annonces importantes à ses ministres, quelques heures après ses propres interventions.

Mais, surtout, M. Trudeau semble ne pas être capable d’être authentique et de délaisser son ancien rôle de professeur de théâtre qui débite son texte en insistant sur l’émotion qu’il estime devoir incarner à ce moment précis.

Dans des cas comme cet avion ukrainien abattu par l’Iran, où le Canada n’était qu’une victime collatérale, ça pouvait toujours aller, mais pas quand le gouvernement du Canada est, et doit être, le leader.

Comme le disait Nelson Mandela, c’est quand il y a du danger que les leaders doivent se mettre en avant. C’est la voie qu’a choisie M. Legault, alors que M. Trudeau — peut-être par la force des choses, mais tout de même — a pris le chemin inverse.

Cela ne veut pas dire que M. Legault a été sans faute. Son insistance à créer un problème avec « les touristes qui viennent chez nous », au moment où le taux d'occupation des hôtels tourne autour de 10 % et où le secteur du tourisme a besoin d’une aide d’urgence du gouvernement, était aussi facile que grandement exagérée.

Reste que c’est lui qui sort grand gagnant dans l’opinion publique, alors que Justin Trudeau pourrait avoir perdu énormément de crédit politique dans l’exercice.

Michel C. Auger est animateur de Midi info

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