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Horacio Arruda, un baromètre en temps de crise

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Gros plan d'Horanio Arruda portant la barbe et des lunettes.

Horacio Arruda, directeur de la santé publique du Québec, en conférence de presse mercredi 18 mars 2020 pour faire le point sur la situation, en lien avec le coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Il croit que « la peur fait faire des affaires qui n'ont pas de crisse de bon sens ». Il « supplie » les gens de se plier aux directives du gouvernement. Depuis le début de la crise du coronavirus, le directeur national de la santé publique du Québec se distingue par son franc-parler et la simplicité de ses explications. Mais qui est le Dr Horacio Arruda?

Humble, compétent, rigoureux, naturel, structuré : les qualités abondent lorsque ses anciens patrons parlent de lui. Chose certaine, le Dr Horacio Arruda a gagné le respect et la confiance des nombreux ministres et sous-ministres dans l'ombre desquels il a travaillé.

La COVID-19 n'est pas la première menace à laquelle l'homme de 59 ans est confronté. En 2009, en pleine crise du virus H1N1, il était le numéro deux de la direction générale de la santé publique du Québec.

Quatre ans plus tard, alors qu'il était devenu le numéro un, il figurait parmi les premiers experts dépêchés à Lac-Mégantic après l'explosion du train qui a fait 47 morts.

Lorsque la catastrophe est arrivée, tout de suite, le matin même, j'étais sur place à Lac-Mégantic, se souvient le ministre de la Santé de l'époque, Réjean Hébert. La première chose que j'ai faite, c'est d'appeler M. Arruda [...] et je lui ai demandé de venir sur place. Il s'est déplacé tout de suite.

Plan rapproché de M. Hébert.

Réjean Hébert, professeur à l'école de santé publique de l'Université de Montréal et ex-ministre de la Santé

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Rapidement, le Dr Arruda a demandé l'évacuation d'une partie de la municipalité exposée au nuage de fumée toxique. Il a mis en place des mesures de surveillance de la santé de la population. Plus tard, il a donné le feu vert pour la réintégration des domiciles.

À l'époque, les prises de parole publiques du Dr Arruda étaient plutôt rares. Hormis quelques entrevues, il avait laissé le terrain médiatique à la directrice régionale de santé publique en Estrie. Ça démontre bien la personnalité d'Horacio, confie Réjean Hébert.

Horacio Arruda en entrevue avec Michel Viens lors de la tragédie de Lac-Mégantic.

Horacio Arruda (à droite) en entrevue avec le journaliste Michel Viens à RDI lors de la tragédie de Lac-Mégantic en 2013

Photo : Radio-Canada

Aujourd'hui, le contexte est bien différent. La crise du coronavirus est d'envergure internationale. La population a besoin de réponses. Surtout, elle a besoin de réponses justes et mesurées, qui ne versent pas dans le catastrophisme.

M. Arruda, c'est une personne calme, qui est de personnalité très agréable et qui a le talent d'être capable de vulgariser les connaissances scientifiques et de les appliquer de façon très concrète, très pratique, en tenant compte du contexte politique.

Réjean Hébert, ministre de la Santé du Québec de 2012 à 2014

Un important bagage

Lors de ses mises à jour quotidiennes concernant la COVID-19, il n'est donc pas étonnant que le premier ministre François Legault cède régulièrement la parole au Dr Arruda.

Si on m'avait demandé [qui serait] une des meilleures personnes pour gérer ce type de situation, j'aurais dit que c'était Horacio Arruda, lance Yves Bolduc, ministre de la Santé de 2008 à 2012.

Quand il y a des gens qui commencent avec ce type de dossier, souvent, il faut qu'ils apprennent sur le tas, explique l'ex-politicien. Lui, il a déjà vécu l'expérience d'une mise en place du réseau public pour contrecarrer une épidémie.

Horacio Arruda intervient lors d'une conférence de presse en 2009.

Horacio Arruda était directeur de la protection à la Direction générale de la santé publique, en 2009, lors de la crise du H1N1.

Photo : Radio-Canada

En 2009, sous la gouverne d'Yves Bolduc, le Dr Arruda a coordonné les efforts de vaccination pour freiner la progression du virus H1N1 au Québec. Il s'était démarqué par sa compétence, sa capacité à travailler en équipe et sa sincérité, selon l'ex-ministre.

C'est ce que j'avais remarqué quand on avait géré le H1N1. Il donnait toujours l'heure juste par rapport à la situation, il ne dramatisait pas, puis il ne sous-estimait pas.

Yves Bolduc, ministre de la Santé du Québec de 2008 à 2012
Yves Bolduc, stéthoscope au cou, répond aux questions d'un journaliste.

Yves Bolduc, médecin de famille, conseiller spécial chez Hill+Knowlton Stratégies et ex-ministre de la Santé

Photo : Radio-Canada

Le sous-ministre de l'époque, Jacques Cotton, partage ce constat sans réserve. Ça prenait quelqu'un qui était structuré, organisé, qui reste calme dans ces situations-là parce qu'on a vécu des périodes difficiles avec le H1N1, explique-t-il.

Trois ans plus tard, le poste de directeur national de santé publique s'est libéré. M. Cotton a recommandé la candidature du Dr Arruda au ministre.

Je n'ai pas eu à convaincre beaucoup de monde, je peux vous dire!, dit-il en riant. C'était la meilleure personne pour occuper le poste, admet volontiers Yves Bolduc.

Jacques Cotton, ex-sous-ministre de la santé du Québec

Jacques Cotton, ex-sous-ministre de la santé du Québec

Photo : Institut de la pertinence des actes médicaux

Des émotions bien dosées

Né à Sainte-Thérèse, dans les Basses-Laurentides, le Dr Arruda est l'enfant unique d'un couple d'origine portugaise. Son père, un ouvrier dans une aluminerie, et sa mère avaient choisi de s'établir au Québec en quête de meilleures conditions économiques.

Le couple a vraisemblablement remporté son pari. Le jeune Horacio a obtenu son doctorat à l'Université de Sherbrooke en 1983, puis un certificat de spécialiste en santé communautaire et médecine préventive en 1988.

Avant d'intégrer la direction générale de la santé publique, au gouvernement du Québec, le Dr Arruda a notamment été professeur adjoint de clinique au département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal.

Aujourd'hui, l'homme a trois enfants : une fille et deux garçons. Ses anciens patrons en savent assez peu sur sa vie personnelle. Ils assurent toutefois que l'image médiatique du Dr Arruda est représentative de l'homme qu'il est.

C'est ce qu'on voit lorsqu'on est en contact avec lui dans le quotidien : quelqu'un de simple, qui est naturel et qui dit les choses de façon très simple, comme ça vient, résume Réjean Hébert.

Ce dernier a bien ri, à la fin janvier, lorsqu'en pleine conférence de presse, le Dr Arruda a dit que la peur fait faire des affaires qui n'ont pas de crisse de bon sens.

En entendant ce petit écart de langage, Réjean Hébert a écrit un texto au Dr Arruda pour le rassurer. Le principal intéressé aurait alors répondu qu'il se retrouverait peut-être à l'émission Infoman malgré lui.

C'était tout à fait naturel. Dr Arruda n'est pas quelqu'un de calculateur. C'est quelqu'un qui est vraiment au-dessus de la mêlée et il a traversé plusieurs gouvernements d'allégeances diverses.

Réjean Hébert, ministre de la Santé du Québec de 2012 à 2014

D'après Yves Bolduc, le ton décontracté du Dr Arruda est un réel atout dans la crise actuelle. Quand je l'écoute, on voit qu'il met de l'intensité. C'est quelqu'un qui est capable de démontrer de l'émotion. Je pense que ça communique au public l'importance des dossiers.

L'exemple le plus récent qui lui vient en tête remonte à dimanche dernier, lorsque le Dr Arruda a joint les mains pour supplier la population d'écouter les directives du gouvernement afin de limiter la propagation de la COVID-19.

Horacio Arruda supplie la population d'écouter les directives du gouvernement lors d'une conférence de presse.

Horacio Arruda supplie la population d'écouter les directives du gouvernement lors d'une conférence de presse le 15 mars 2020.

Photo : Radio-Canada

Selon l'ex-sous-ministre Jacques Cotton, l'ampleur de la crise actuelle explique en partie que le directeur national de santé publique semble occuper plus d'espace médiatique que lors de n'importe quel événement récent au Québec.

Il est appelé, par ce qu'on vit, à être plus présent. Mais c'est parce qu'il y a aussi une volonté politique de se coller aux recommandations des experts, analyse M. Cotton, n'hésitant pas à dire que le gouvernement Legault gère cette crise de façon exemplaire.

Les ex-adversaires politiques de François Legault n'ont aucune gêne à le reconnaître eux aussi.

Je pense que c'est une très bonne coïncidence que cette crise-là arrive à un moment où le directeur est bien établi, connaît bien ses dossiers, connaît bien la marche du gouvernement. Je pense qu'on est dans une situation idéale, soutient Réjean Hébert.

Pour le Québec, c'est très rassurant que [François Legault et Horacio Arruda] soient à la tête de la gestion d'une épidémie qui sera probablement l'une des pires épidémies que la Terre ait connues, conclut quant à lui Yves Bolduc.

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Photo : Radio-Canada

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