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La COVID-19 rend les sans-abris encore plus vulnérables

Il faut protéger ceux qui aident cette population vulnérable, disent les responsables de services aux sans-abris.

Un homme est couché sur le bitume

Les services d'aide aux sans-abris appellent Québec à adapter ses mesures pour éviter la propagation du coronavirus parmi les plus vulnérables.

Photo : Radio-Canada

La Presse canadienne

Ils ont l'habitude de faire la file pour obtenir un repas, de s'entasser dans les cafétérias des cuisines populaires et de dormir dans un dortoir bondé. La vie en situation d'itinérance au temps de la COVID-19 nécessite d'importants ajustements et les ressources commencent à faire défaut, ne serait-ce que pour soulager les besoins de base.

Le directeur des opérations de l'Accueil Bonneau, Jérémie Girard, souligne que l'espérance de vie de la population en situation d'itinérance est réduite de 20 ans. Ce qui veut dire que les gens de 50 ans et plus, dans la rue, sont aussi à risque que les personnes âgées de 70 ans et plus à qui la Direction nationale de santé publique a ordonné de s'isoler.

Ça devient très compliqué, parce qu'une bonne partie de la population itinérante a cet âge, précise M. Girard.

À l'Accueil Bonneau, on a dû se résoudre à fermer les portes du centre de jour depuis lundi, mais le café est toujours offert à l'extérieur de l'immeuble. De plus, la clientèle qui fréquente la tablée de sa soupe populaire n'est plus admise à l'intérieur depuis mardi. Tous les repas sont servis pour emporter.

On a pris des mesures assez importantes pour protéger autant la clientèle que les bénévoles, souligne Jérémie Girard qui s'inquiète des services inadaptés que proposent actuellement les autorités de santé publique.

Une ligne téléphonique avec plusieurs heures d'attente et un rendez-vous le lendemain, sans possibilité de mise en quarantaine sur place, c'est complètement inadapté en ce moment, dénonce-t-il. Heureusement, aucun cas de personne itinérante présentant des symptômes grippaux n'a encore été observé.

Pour France Labelle du Refuge des jeunes, on ne fait que gagner du temps jusqu'à ce que la contagion se répande dans la communauté. Son équipe multiplie les efforts de prévention. Les mesures d'hygiène en place sont appliquées de manière accrue, particulièrement le lavage des mains et la désinfection des lieux.

Toutefois, les appels à l'isolement et à la distanciation sociale ne sont tout simplement pas réalistes.

On ne peut pas réaménager les lieux. Ce n'est pas possible. C'est un dortoir de 45 lits et quand on est en surnombre, ou qu'on a des populations avec des besoins particuliers qu'on ne peut pas mettre en dortoir, on les fait coucher au rez-de-chaussée sur des matelas d'urgence, décrit-elle.

Même discours à la Mission Old Brewery, où l'on a limité l'accès au centre de jour strictement aux personnes sans abri. Les repas du soir sont désormais offerts pour emporter, mais le dortoir demeure un lieu de grande proximité.

On travaille très fort à éduquer les gens que l'on accompagne en misant sur le lavage de mains et en essayant de développer des habitudes de distance, chose qui est un peu difficile avec des dortoirs de 30 à 70 personnes avec des lits superposés, reconnaît Émilie Fortier, directrice des services du campus Saint-Laurent pour la Mission Old Brewery.

Les usagers sont invités à dormir en sens inverse de leurs voisins (pied-tête), mais c'est à peu près tout ce qui est possible de faire pour le moment.

Pas de plan d'intervention

Et si une personne malade se présente dans un refuge d'urgence. Comment va-t-on dépister cette personne? Où l'enverra-t-on? Que faire si on impose une quarantaine à un refuge d'urgence? Ce sont les trois questions fondamentales auxquelles France Labelle du Refuge pour les jeunes de Montréal n'a pas encore reçu de réponses.

Pour le moment, on est encore en situation de prévention, mais on attend le plan de la santé publique, mentionne celle qui dit garder un lien de communication avec les autorités.

J'invite les autorités à se pencher rapidement sur les travailleurs communautaires qui travaillent avec des populations en grande difficulté. Je les invite à ne pas nous laisser tomber et à proposer des situations réalistes et applicables, implore-t-elle.

Par courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) répond avoir transmis certaines consignes aux ressources communautaires auprès des personnes en itinérance. Le document fait part de conseils d'hygiène de base et de suggestions d'aménagement des locaux.

Le MSSS affirme aussi travailler à l'élaboration d'autres documents visant les personnes vulnérables et dit demeurer en communication avec les divers organismes pour connaître leurs besoins.

Des contraventions qui s'accumulent

Comme si les choses n'étaient pas déjà assez compliquées, la fermeture de tous les lieux publics, bibliothèques, commerces de restauration rapide, cafés, fait en sorte que les personnes qui vivent dans la rue n'ont plus d'endroit où aller pour faire leurs besoins ni pour se laver les mains.

Là, on commence à donner des contraventions pour des gens qui urinent sur la place publique, mais ils n'ont aucune option où aller! Il va falloir qu'on trouve des solutions assez rapidement, déplore la directrice générale de l'Accueil Bonneau, Fiona Crossling.

Pour Jérémie Girard, cette pénalisation de la population itinérante est insensée, compte tenu des circonstances actuelles.

Les options pour la salubrité et leur hygiène personnelle ont vraiment diminué. On a reçu le témoignage de certains usagers qui se sont vu remettre des contraventions soit dans le réseau de la STM [Société de transport de Montréal], soit sur la voie publique. Ça ne nous semble vraiment pas très solidaire avec leur situation, s'indigne-t-il.

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