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COVID-19 : le secteur agricole craint des effets « dévastateurs »

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Des travailleurs étrangers dans un champ.

Dans le secteur agricole, près de 22 000 emplois sont pourvus par des travailleurs étrangers en Ontario et 10 600 au Québec (archives).

Photo : Radio-Canada

La pandémie de coronavirus pourrait être dévastatrice pour l'agriculture canadienne, si l'on en croit divers acteurs de l'industrie. La fermeture des frontières met en péril l'arrivée de plus de 40 000 travailleurs étrangers temporaires appelés en renfort par les entreprises agricoles du pays.

La Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME) se préparait à accueillir dans les prochaines semaines 14 000 travailleurs étrangers pour combler, en partie, les besoins du secteur agricole québécois.

La fermeture des frontières canadiennes pour tous les ressortissants étrangers, sauf les Américains, qui entrera en vigueur mercredi midi, change la donne. Le directeur de la FERME, Fernando Borja, soutient que les conséquences pourraient être terribles si la mesure se maintenait.

La plupart des travailleurs étrangers devaient arriver à partir du mois d’avril, explique M. Borja. S'ils n’arrivent pas à temps, c’est sûr que certaines productions pourront se faire, mais pas toute l’agriculture comme on la connaît.

Ça met en péril l'agriculture au Québec et au Canada si les travailleurs ne sont pas là. Ça serait très inquiétant, même dévastateur pour les employeurs.

Fernando Borja, directeur général, FERME

En 2015, 40 497 travailleurs étrangers temporaires ont pourvu un total de 45 005 emplois dans des exploitations agricoles canadiennes, principalement en Ontario et au Québec. Plus de la moitié (51,5 %) de ces travailleurs venaient du Mexique, 19,5 % de la Jamaïque et 15,2 % du Guatemala. (Source : Statistique Canada)

Une femme et deux hommes remplissent des paniers de fraises, accroupis près des plants.

Des travailleurs étrangers dans un champ de fraises du Québec (archives).

Photo : Radio-Canada

Des agriculteurs inquiets

À Carleton-sur-Mer, l’entreprise Les Plantations de la Baie encaisse le choc difficilement. La copropriétaire, Édith Roussel, attend 12 travailleurs mexicains dès la mi-mai pour combler les besoins de main-d’oeuvre de son entreprise agricole, mais rien n'assure que les frontières seront rouvertes d'ici là.

C’est certain que ç'a été un choc de recevoir cette nouvelle-là hier [lundi], admet Mme Roussel. On s'est sentis faiblir, les jambes nous ont plié. Il y a beaucoup d'inquiétude, mais pas d'incompréhension parce qu'on comprend pourquoi le Canada a fermé ses portes. Par contre, nous sommes vraiment dans l'incertitude.

Qu'est-ce qui va arriver avec nos fermes dans les prochaines semaines, les prochains mois, si la COVID continue?

Édith Roussel, copropriétaire des Plantations de la Baie
Deux travailleurs mexicains posent aux côtés des propriétaires, devant un champ de sapins.

Les propriétaires des Plantations de la Baie, Christian Roy et Édith Roussel, espèrent accueillir 12 travailleurs mexicains de la mi-mai jusqu'en décembre pour aider à la culture maraîchère et céréalière de l'entreprise, de même qu'à la culture de sapins.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Avant de faire appel à des travailleurs étrangers pour une troisième année de suite, Mme Roussel a affiché les postes à pourvoir localement. Elle dit n’avoir reçu aucun curriculum vitæ.

Les producteurs agricoles sont très inquiets de la situation, explique la conseillère aux entreprises à l’Union des producteurs agricoles Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Cindy Gagné. S'ils embauchent des travailleurs étrangers temporaires, c'est parce qu'ils ne réussissent pas à trouver de la main-d'oeuvre locale. Pour eux, c'est l'efficience de leur entreprise et de leurs opérations qui est en jeu, si les travailleurs temporaires n'arrivent pas aux dates prévues.

Des champs maraîchers, avec des plantations de sapins et des montagnes à l'arrière-plan.

Les Plantations de la Baie est l'une des trois entreprises agricoles gaspésiennes ayant recours aux employés étrangers temporaires. Pour la saison estivale 2020, 55 travailleurs étrangers sont attendus en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine dans le secteur agricole (archives).

Photo : Les Plantations de la Baie

Des mesures spéciales exigées

Le milieu agricole demande qu'Ottawa mette en place des mesures spéciales pour permettre l'entrée au pays des travailleurs étrangers temporaires.

Plusieurs joueurs de l’industrie, dont l’UPA et l’Association des producteurs maraîchers du Québec, parlent déjà avec les gouvernements provincial et fédéral pour leur faire comprendre l’importance de ces travailleurs étrangers, assure le directeur de la firme de recrutement FERME, Fernando Borgia.

On pourrait essayer de faire venir les travailleurs par vols nolisés, dans des avions privés, avec des suivis médicaux avant le départ et à leur arrivée au pays, en s’assurant qu’ils respecteront la quarantaine.

Fernando Borgia, directeur général, FERME

La députée de la Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine et ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, rappelle que le resserrement du contrôle aux frontières est essentiel pour contrer la propagation de la COVID-19.

Je peux vous dire aussi qu'on vit une situation qui est exceptionnelle, affirme-t-elle. On a des changements qui se passent de jour en jour avec des nouvelles données qui nous arrivent et on va s'ajuster au fur et à mesure.

Au meilleur de ma connaissance aujourd’hui, non, on n’aura pas de travailleurs étrangers qui viendront dans la région.

Diane Lebouthillier, ministre du Revenu national

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, dit avoir été interpellé par l’Union des producteurs agricoles sur la question, mais estime que l’enjeu n'est pas simple.

Comment assurer la sécurité et la santé des Canadiens tout en s’assurant que les services essentiels et l’approvisionnement alimentaire continuent? demande-t-il. C’est cette analyse qu’on est en train de faire avec des spécialistes de la santé publique.

Le secteur des pêches est aussi inquiet

L'Association québécoise de l'industrie de la pêche demande également à Ottawa que les travailleurs étrangers ne soient pas soumis à la fermeture des frontières canadiennes aux étrangers.

Environ 200 travailleurs étrangers temporaires travaillent dans le secteur des pêches au Québec. À l'échelle canadienne, ce nombre s'élève à quelques milliers.

Les employées, vêtues d'un tablier et d'un bonnet, dépècent des pinces de crabes.

Des entreprises de pêche de la Gaspésie, des îles de la Madeleine et des provinces maritimes ont recours à de la main-d'oeuvre étrangère (archives).

Photo : Radio-Canada

À l'usine E. Gagnon et fils de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, qui transforme le crabe des neiges et le homard, 55 travailleurs mexicains devaient arriver le 2 avril.

Le vice-président de l'entreprise et président de l'Association québécoise de l'industrie de la pêche, Bill Sheehan, affirme qu'une demande d'assouplissement de cette mesure sera acheminée à Ottawa.

On serait prêts à suivre toutes les règles applicables, la quarantaine, les prises de température, parce qu’on ne veut pas contribuer à la propagation du virus, explique M. Sheehan.

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