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Musique, humour, opéra : l’art migre vers le web pour contrer la pandémie

Un groupe de musique joue alors que deux caméras et un téléphone filment la scène.

Devant la pandémie de coronavirus, les initiatives de webdiffusion de l'art se multiplient.

Photo : iStock

Justine de l'Église

Les initiatives pour offrir l’art à distance se multiplient alors que progresse la pandémie de coronavirus. À mesure que les salles de spectacle ferment, que les festivals sont annulés, et que sont interdits les rassemblements, de nouvelles initiatives sont mises en place pour diffuser l’art sur Internet.

La musique, l’humour, le cinéma, l’opéra et même la poésie tentent de tirer leur épingle du jeu. Déjà lundi soir, l’iconique Metropolitan Opera de New York diffuse en direct la première de Carmen, opéra dirigé par le chef d'orchestre montréalais Yannick Nézet-Séguin.

C'est toutefois loin d'être la seule démarche du genre. Voici un tour d’horizon de trois initiatives qui visent à rassembler le public et le monde artistique malgré le confinement.

Rire dans le confort de son salon

Lorsque le gouvernement du Québec a annoncé l’interdiction de la tenue de rassemblements de 250 personnes et plus, jeudi, l’humoriste Étienne Dano a réagi instantanément. Il a entrepris de regrouper une dizaine d’humoristes et de diffuser sur le web un spectacle impromptu : le Coronavirus Show.

Je me suis dépêché, parce que je voulais être le premier à avoir l’idée, lance-t-il en s’esclaffant. Je ne voulais pas avoir l’air d’avoir copié!

Jeudi après-midi, il a donc décroché le téléphone pour contacter des camarades humoristes, une microbrasserie à Chambly où il avait déjà joué et des amis techniciens (qui ont de leur côté emprunté du matériel à leur entourage). Il a ensuite lancé un appel à tous et à toutes sur Facebook, imprimé une affiche durant la nuit, et bingo : en près de 24 h, une équipe était prête à diffuser un spectacle d’humour de 90 minutes. Au moment où le nombre d'écoutes du spectacle en direct sur YouTube a atteint son sommet, le Coronavirus Show rassemblait environ 5700 personnes – un succès, selon l’humoriste, qui visait d’abord à dépasser les 250 personnes.

Un humoriste parle au micro en se grattant la tête.

Étienne Dano.

Photo : Radio-Canada

Étienne Dano aimerait retenter l’expérience, mais se demande comment faire depuis l'adoption de nouvelles directives du gouvernement Legault, interdisant depuis dimanche tous les rassemblements dans les bars et les lieux culturels.

C’est que filmer un spectacle d’humour, sans les rires, ça ne fonctionne pas tellement… Est-ce que je pourrais le faire devant des amis à moi, sept ou huit, qui sont restés confinés et qui ne sont pas contaminés? se demande l’humoriste à haute voix. Je réfléchis à plein de solutions.

Il pourrait par exemple filmer une prestation dans son garage devant une poignée de proches. Il envisage notamment de donner un spectacle d’une heure, avec une ou un autre humoriste en première partie. Il a sondé les internautes sur sa page Facebook lundi pour jauger l'engouement pour un tel projet. Pour l’instant, les commentaires semblent plutôt encourageants.

La musique s’organise

Devant la pandémie de COVID-19, de nombreux artistes jouent de la musique en direct sur Internet, sans public. C’est le cas des Dropkick Murphys, qui diffuseront mardi soir, depuis Boston, leur spectacle de la Saint-Patrick sur YouTube, Instagram et Facebook.

Au Québec, la scène indépendante est de son côté en train de préparer une série de webdiffusions musicales. Un appel à tous et à toutes a été lancé samedi par La Centrale alternative, un organisme qui vient en aide aux artistes en émergence. Depuis, le directeur général Patrick Labbé dit avoir reçu plus de 200 réponses de gens du milieu qui veulent y participer ou encore lui prêter main-forte.

Au programme : de tout. Il pourrait autant y avoir du hip-hop et du jazz que de la pop ou du heavy métal.

Jusqu’à maintenant, il y a près d'une soixantaine d'artistes et de représentants et représentantes d’artistes qui ont proposé de participer aux spectacles. Plusieurs stations de radio ont également proposé de diffuser les prestations sur leurs ondes.

De nombreux détails restent à peaufiner – au moment de l’entrevue, Patrick Labbé devait encore prendre contact avec tous ces gens. Il indique cependant avoir déjà à sa disposition une technologie permettant de faire des captations dans plusieurs lieux de diffusion à la fois, et de les opérer à distance dans une même webdiffusion, tel un régisseur qui reçoit des flux vidéo de plusieurs studios.

Il s'agit d'une mesure essentielle, étant donné qu’on souhaite éviter que les gens ne se rassemblent à un seul endroit. On veut que les gens ne se déplacent pas trop, qu’ils ne se regroupent trop, explique Patrick Labbé. On veut éviter que ça devienne une zone de contamination.

Il a déjà dans sa mire plusieurs salles de spectacle québécoises qui possèdent du matériel de qualité pour diffuser des prestations. On prévoit établir une programmation dans ces divers lieux, et on va s’assurer qu’il y ait une très faible quantité de gens qui vont faire à tour de rôle des prestations, ajoute-t-il. Et les artistes auront aussi la possibilité de filmer de la maison, « à la bonne franquette ».

Le but de l’exercice est de fournir des ressources aux artistes en ce temps de crise, et surtout de se trouver une source de revenus, que ce soit par des dons du public ou encore en allant chercher le soutien financier de certains mécènes.

Bien qu’il n’y ait pas encore de dates de choisies, les spectacles devraient avoir lieu vers le début du mois d’avril.

Côté musique indépendante, il y a aussi le complexe de création musicale Le Pantoum, à Québec, qui se dit prêt à prêter du matériel de son aux musiciens et musiciennes qui souhaiteraient webdiffuser leurs prestations. On veut être un vecteur facilitant, souligne le cofondateur du Pantoum, Jean-Etienne Collin-Marcoux.

Un festival de la distanciation sociale

De nombreux festivals font également des efforts pour diffuser l’art sur le web. C’est le cas du Festival international du film sur l'art, qui a choisi de donner accès à sa programmation en ligne, le festival Regard, annulé jeudi dernier, diffuse sur le site de La fabrique culturelle une dizaine de courts métrages (Nouvelle fenêtre), et ce, pour une période de 10 jours. Le Mois de la poésie a aussi déplacé ses activités sur le web, avec des balados, des poèmes enregistrés sur le web et des webdiffusions.

Également, il y a le tout nouveau Festival de la distanciation sociale (Nouvelle fenêtre), qui vient de voir le jour grâce à l’initiative d’un seul homme : l’artiste torontois Nick Green. Il s’agit d’une plateforme web regroupant des liens vers des webdiffusions de toutes sortes de formes d’art – opéra, musique, arts visuels, danse, théâtre… De quoi consommer de l’art sans jamais avoir à quitter son foyer.

L’initiative est née de l’annulation vendredi dernier de la comédie musicale coécrite par Nick Green In Real Life, un spectacle explorant la connexion et le sentiment d’appartenance à l’ère du numérique.

Je me sentais inquiet non seulement pour mon oeuvre, mais aussi parce je pressentais qu’un sentiment d’isolement et de découragement allait bientôt suivre, explique-t-il. Mon but était de créer un site où les artistes pourraient se nourrir du travail des autres, que ceux et celles qui ont vu leurs spectacles annulés ou reportés puissent continuer à travailler et à partager, et où les gens pourraient ressentir qu’ils font partie d’une communauté pendant cette période de tensions et d’inquiétudes.

Depuis le lancement de sa plateforme, Nick Green dit avoir reçu du soutien « incroyable » de partout dans le monde. Bon nombre d’artistes ont montré de l’intérêt envers son festival. Il se dit également très ému par tout le travail artistique qu’il a vu.

Sa plateforme web n’est pas payante. Il en revient à ceux et celles qui webdiffusent de faire payer les gens ou non pour leurs prestations. Nick Green précise cependant avoir dressé une liste d’organismes culturels auxquels il est également possible de faire des dons en cette période trouble.

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