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COVID-19 : « Comme si de rien n'était » à bord des avions, dénoncent des agents de bord

Des messages en lien avec la pandémie de la COVID-19 diffusés sur des écrans à l'aéroport de Montréal.

Des agents de bord se disent « la première ligne » face à la propagation du nouveau coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les nouvelles mesures annoncées aujourd’hui par le premier ministre Justin Trudeau arrivent à point, car de nombreux employés de compagnies aériennes canadiennes dénoncent l’absence de mesures draconiennes au sein de l’industrie pour prévenir la propagation du nouveau coronavirus et la pression à laquelle ils font face pour ramener des Canadiens au pays.

On est dans une période où tout le monde pense qu’on a un peu la peste. En réalité, ce qu’on veut, c’est de continuer à faire notre travail et de ramener les gens qui sont en Europe, déplore Marie*, une employée d’Air Transat qui a demandé à demeurer anonyme par crainte de représailles de la part de son employeur.

D’ailleurs, toutes les personnes interrogées dans le cadre de la rédaction de cet article ont demandé à ne pas être nommées pour la même raison.

Que ce soit du côté d’Air Transat ou de WestJet, le climat au sein des salariés est à la « panique », dénoncent de nombreux employés questionnés par Radio-Canada.ca et selon des messages consultés sur des groupes Facebook privés.

Dans un courriel transféré lundi après-midi, Air Transat réitère que la sécurité des passagers et de ses employés est sa plus grande priorité.

Les membres de nos équipages reçoivent des formations approuvées par Transport Canada pour gérer les cas suspectés de maladies contagieuses à bord des appareils et ils mettent en oeuvre des protocoles très stricts, ajoute Odette Trottier, porte-parole pour Air Canada.

Chez WestJet, les agents de bord seraient toujours invités à nettoyer les avions après la sortie des passagers sans protection supplémentaire.

Nous avons reçu un appel pour nous informer qu'un de nos passagers avait été testé positif pour la COVID-19, raconte un employé de WestJet sur le groupe Facebook du syndicat. Nous n'avons pas été placés en quarantaine. Je n'ai pas de symptômes, mais je comprends que je peux quand même être contagieux pour 14 jours. Je suis inquiet de pouvoir le transmettre à mes amis, à ma famille, ou sur tous les autres vols sur lesquels je dois travailler.

Tous dénoncent les conditions de travail inchangées, et ce, malgré la propagation du nouveau coronavirus dans plusieurs pays.

À Air Transat, la compagnie nous demande de continuer à assurer le service auprès des passagers comme si de rien n'était [business as usual], explique Marie. On doit leur donner de la nourriture, manipuler leurs cartes de crédit. Qu’est-ce qu’on fait avec un passager qui a des symptômes à bord? Est-ce qu’on peut lui demander de porter des gants? Est-ce qu’on peut lui demander de porter un masque?

J’ai volé vendredi après la première annonce [du premier ministre] Trudeau et rien n’avait changé, ajoute Claire*, une agente de bord qui travaille pour Air Transat depuis plusieurs années. Les toilettes ne sont pas plus souvent désinfectées. On manque de masques.

Martine*, une agente de bord chez Air Canada depuis 1988, précise de son côté que malgré des mesures annoncées au début du mois de mars, nous étions déjà en pénurie et à court de masques.

Le Purell, il n’y en avait plus, ajoute-t-elle. Ça m’est aussi arrivé d’être à bord d’un A330 où on avait fermé le système d’eau parce qu’il y avait un problème. On met alors des lingettes, mais il n’y a pas d’eau pour se laver les mains. Y a-t-il une politique en place pour assurer qu’il y a toujours de l’eau à bord des avions?

Craintes de discrimination

De manière générale, les personnes interrogées dénoncent également les préjugés liés au fait qu’elles ne sont pas nécessairement obligées de se placer en quarantaine lorsqu’elles reviennent de leur voyage dans le cadre de leur fonction.

Les gens, je vous jure, me regardent comme si j’avais la peste, se désole Claire. On est vraiment discriminés. Personne ne veut garder mes enfants.

Elle ajoute qu'elle se sent déchirée entre son devoir de ramener les passagers en sécurité et d’assurer sa propre santé.

Les directives ne sont pas claires du côté du gouvernement fédéral et nous ne sommes pas automatiquement soumis à la quarantaine lorsque nous revenons d’un voyage pour le travail, ajoute Marie. Ce qui arrive en ce moment, c’est qu’il y a des agents de bord qui se font refuser l’accès à des cliniques médicales, à des soins, à des garderies privées. Il y a des agentes de bord qui sont enceintes et qui se font refuser de se faire voir par leur médecin.

La plupart des agents de bord veulent ramener les gens, mais on se sent critiqués de tous les bords, estime Julie*, une agente de bord qui travaille depuis une dizaine d’années pour Air Transat. Si on y va, on se fait refuser des soins médicaux et si on n’y allait pas, on se ferait dire qu’on ne fait rien pour la société.

Au moment de publier, le syndicat représentant les agents de bord de WestJet n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue.

Du côté du Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente les agents de bord tant d’Air Canada que d’Air Transat, on a refusé d’accorder une entrevue à ce sujet.

Odette Trottier rappelle pour sa part qu'Air Transat fait tout en son pouvoir pour prévenir la propagation énumérant plusieurs mesures dont la présence de désinfectants pour les mains sur tous les appareils et la révision du service à bord des avions.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé lundi la fermeture des frontières aux étrangers, à l’exception des Américains.

De plus, les compagnies aériennes devront dorénavant interdire à toute personne présentant des symptômes grippaux de monter à bord des avions à destination du Canada.

* Noms fictifs.

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