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COVID-19 : faut-il éviter de prendre des anti-inflammatoires?

Des microbiologistes-infectiologues appellent à la prudence avant de conclure que les gens ayant contracté la COVID-19 pourraient voir leur état s’aggraver s’ils prennent de l’ibuprofène.

Deux pilules au creux d'une main.

Des capsules d'ibuprophène

Photo : getty images/istockphoto / Johnrob

Le ministre français de la Santé Olivier Véran a mis en garde contre la prise d’anti-inflammatoires en cas de symptômes associés à la COVID-19, mais des spécialistes en infectiologie au Québec jugent cette recommandation « prématurée », voire « excessive ».

Le recours à des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène et la cortisone pourrait être un facteur d’aggravation de l’infection au coronavirus, déclarait ce week-end le ministre Véran, recommandant sur Twitter de prioriser en cas de fièvre le paracétamol, soit l’acétaminophène, qu’on trouve notamment dans les Tylenol, au Canada.

En entrevue à la chaîne de radio française RTL, Jean-Louis Montastruc, le chef du service de pharmacologie médicale et clinique du Centre hospitalier universitaire de Toulouse, indiquait à son tour que les anti-inflammatoires pouvaient augmenter le risque des complications quand un patient fait de la fièvre ou a une infection.

Lundi, l’entreprise Reckitt Benckiser, qui produit le Nurofen, une marque d’ibuprofène vendue dans certains pays d’Europe et d’Océanie, a réagi aux propos du ministre Véran, affirmant qu’il n’y avait aucune preuve en ce sens. RB n’a reçu aucune nouvelle information à cet effet et n’a pas été appelée à intervenir pour évaluer l’utilisation d’ibuprofène dans un cas de COVID-19, a-t-elle indiqué.

Mais qu’en est-il vraiment?

Une conclusion jugée trop rapide

Recommander à la population d’éviter la prise d’anti-inflammatoires, comme les Advil ou les Motrin, est un peu prématuré, avance Louis Flamand, directeur du Département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval.

Selon M. Flamand, qui est du nombre des chercheurs ayant récemment reçu une subvention de 2,1 millions de dollars afin de lutter contre la COVID-19, les anti-inflammatoires peuvent en effet empêcher le système de se défendre contre l’infection, mais le risque associé s’appliquerait dans les cas d’inflammations très sévères.

L’ibuprofène est généralement recommandé en cas de migraine et de fièvre. Cette dernière fait partie des symptômes connus de la COVID-19, avec la toux et des difficultés respiratoires, selon Santé Canada.

Il faut comprendre que pour mieux lutter contre l’infection, on a besoin de notre système immunitaire, donc conséquemment d’une inflammation au site d’infection, explique de son côté Denis Leclerc, chercheur au Département de microbiologie-infectiologie et d'immunologie du CHU Laval.

Or, en cas d’utilisation d’un anti-inflammatoire puissant, il se peut que la réponse immunitaire ne soit pas suffisante pour ralentir la progression du virus, note celui qui est aussi récipiendaire des subventions des instituts de recherche en santé du Canada dans la lutte contre la COVID-19. Cela justifie la décision des Français, estime M. Leclerc.

Consultez notre dossier en ligne sur la COVID-19 : Tout sur la pandémie

S’il est vrai que, par le passé, il a été démontré que l’ibuprofène a pu être un facteur de risque d’infection bactérienne plus sévère, reconnaît la Dre Caroline Quach-Tran, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, la COVID-19 est un cas à part.

Par exemple, dans les cas de varicelle, la prise d’ibuprofène avait été associée avec des fasciites nécrosantes sévères. C’est différent de la COVID-19, qui est causée par un virus, nuance-t-elle sur Twitter.

Les deux hommes, et devant eux plusieurs micros.

L'immunologiste Jean-Francois Delfraissy (G) et le ministre français de la Santé et de la solidarité, Olivier Véran (D), lors d'une conférence de presse sur la COVID-19 le 13 mars 2020. Le ministre a déclaré qu'il s'agissait de la pire crise sanitaire en France depuis un siècle, et il a ordonné la fermeture des écoles et des universités jusqu'à nouvel ordre.

Photo : pool/afp via getty images / LUDOVIC MARIN

En France, la santé publique a souligné que les patients qui souffraient d’une COVID-19 sévère avaient tous pris de l’ibuprofène. Selon la Dre Quach-Tran, il est possible que ces cas sévères étaient déjà davantage malades et fiévreux, ce qui a entraîné une plus grande prise d’ibuprofène.

Bien qu’il soit d’accord avec la mise en garde concernant la cortisone, qui est un puissant anti-inflammatoire, Denis Leclerc se dit surpris par la recommandation du ministre Véran au sujet de l’ibuprofène. Ça m’apparaît un peu excessif, dit-il.

Il n’y aurait pas de recommandation de prescrire la prise d’ibuprofène, indique pour sa part M. Flamand. Dans le doute, on peut toujours prendre des Tylenol, suggère-t-il.

Pour l’heure, Santé Canada n’a pas de directive précise concernant les anti-inflammatoires, et recommande même aux personnes en isolement en raison de symptômes ou d’une contamination diagnostiquée à la COVID-19 d’avoir à portée de main des médicaments en vente libre pour réduire la fièvre, comme l’ibuprofène et l’acétaminophène.

Mais qu’il s’agisse d’Advil, de Motrin ou de Tylenol, l’important est surtout de ne pas dépasser les doses recommandées, juge de son côté Hugo Soudeyns, chercheur en maladies infectieuses au CHU Sainte-Justine.

C’est vraiment très important. Même si on peut acheter ces médicaments en vente libre [au Canada], ça reste des médicaments qui, en forte dose, peuvent causer des dommages, rappelle-t-il. Je crois que c’est le message à retenir.

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