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COVID-19 : non, une désinfection au vaporisateur ne garantit pas un environnement sain

Une capture d'écran faite sur Facebook où l'on voit un vaporisateur.

L'établissement Gymzone Gymnastics & Athletics du Grand Sudbury a publié un message dimanche sur sa page Facebook selon lequel les vaporisateurs qu'ils employaient « tuaient spécifiquement le coronavirus » et qu'il faudrait rappeler aux jeunes que leur système immunitaire était fort. La publication a été retirée par la suite.

Photo : Facebook/Gymzone Gymnastics & Athletics

La récente publication d’un gymnase du Grand Sudbury qui prétend que ses vaporisateurs « tuent spécifiquement le coronavirus entre autres maladies » fait fureur sur les réseaux sociaux. Des experts dénoncent toutefois l’information « erronée » et déplorent le climat propice à la désinformation qu’engendre la pandémie de la COVID-19.

En analysant la publication, le professeur de microbiologie à la retraite, Léo Leduc, dit avoir été surpris de voir ce qui y était écrit.

On ne peut pas dire qu’on a un produit qui va tuer spécifiquement le coronavirus. Le liquide qu’on applique, c’est un désinfectant [qui] va tuer les microbes en général. On ne peut pas dire que ça va cibler un microbe en particulier, explique-t-il.

Il précise que le nouveau coronavirus, doté d’une enveloppe membraneuse est affecté de façon dramatique lorsqu’il est exposé à l’alcool à au moins 60 %, mais souligne que la désinfection ne garantit pas pour autant un environnement hors de danger.

Les gens vont avoir des contacts, alors il y a des gouttelettes de sueur par exemple qui vont être propagées ici et là, des contacts entre les jeunes, les mains, le corps, etc. Les surfaces peuvent avoir été désinfectées auparavant, mais [les enfants] peuvent être rapidement contaminés avec toutes les activités dans le centre de loisirs.

Léo Leduc, professeur de microbiologie à la retraite

En guise d’introduction, Gymzone Gymnastics & Athletics disait vouloir rappeler à nos jeunes que nous sommes en santé, que notre système immunitaire est fort et que nous sommes résilients, un message que déplore le professeur de biochimie à l’Université Laurentienne, Vasu Appanna.

C’est un message qui va à contre-courant [de celui des autorités de santé publique]. Oui, les jeunes ont un système immunitaire plus fort, mais ils pourraient quand même avoir le virus et le transmettre à d’autres personnes dont le système immunitaire est moins fort, fait-il savoir, rappelant d’ailleurs que certains cas de contamination de mineurs ont déjà été recensés au pays.

La population devrait suivre les conseils des autorités de santé publique. Elles ont toutes les données et vont recommander de se laver les mains. Généralement, si vous êtes écologique, vous pouvez utiliser des solutions à base de vinaigre, ces choses sont désinfectantes. Il y a beaucoup de désinformation. Si vous voulez limiter les dégâts de ce virus, généralement, il faut limiter les contacts physiques, pratiquer la distanciation sociale.

Vasu Appanna, professeur de biochimie à l’Université Laurentienne

La gérante de Gymzone a confirmé à Radio-Canada que l’établissement a annulé samedi toute sa programmation habituelle jusqu’à nouvel ordre. Un camp pour enfants prévu lundi avait d’abord été maintenu, avant d’être annulé en raison du manque de participation. Elle a refusé de s’exprimer spécifiquement sur la publication.

La communication efficace, un défi pour les autorités de santé publique

Le professeur de communication à l’Université d’Ottawa, Luc Bonneville, dit assister à un océan d’informations qui circulent dans les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie, qui complique quelque peu le travail de prévention venant des sources officielles.

Il y a beaucoup trop d’informations qui circulent un peu partout. Il y a des fausses croyances, il y a des rumeurs, des théories du complot qui pullulent, et puis il y a des messages ou des images plus ou moins sarcastiques qui peuvent, pendant quelques secondes, sans doute détendre certaines personnes, mais qui ne servent strictement à rien dans ce contexte de crise, parce que les autorités de santé publique ont énormément de difficultés à expliquer tous les enjeux de la crise sanitaire aux gens, note-t-il.

Les autorités essaient de nous faire comprendre que la COVID-19 est peut-être un peu plus contagieuse que ce à quoi on s’attendait, se propage rapidement et risque d’engorger nos systèmes de santé et là, avec ce message, on banalise celui qu'elles essaient de transmettre. C’est là, à mon avis, le problème.

Luc Bonneville, professeur titulaire au Département de communication de l’Université d’Ottawa

Le professeur estime que la question de savoir comment les organismes publics peuvent mieux convaincre le public de suivre uniquement des directives fiables est une question extrêmement complexe que se posent actuellement les chercheurs en santé publique, en communication, en communication et santé, en sociologie et en psychologie.

On pourra tirer des leçons de cette crise, mais je pense que chaque organisation, chaque entreprise, a peut-être un devoir supplémentaire à faire auprès de ses employés pour les aviser de ne pas diffuser n’importe quoi et de s’en remettre aux sources officielles d’information, conclut M. Bonneville.

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