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Ottawa ferme ses frontières à tous les étrangers, mais pas aux Américains

Justin Trudeau de profil, au micro.

Le premier ministre du Canada a annoncé le 16 mars 2020 que le pays fermait ses frontières à tous les étrangers, sauf aux Américains, « pour l'instant ».

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Pour endiguer la pandémie de coronavirus, le Canada va fermer ses frontières à presque tous les étrangers, exception faite des Américains, du moins « pour l'instant », a annoncé lundi le premier ministre Justin Trudeau.

Concrètement, seuls les citoyens canadiens, les résidents permanents, les membres d’équipages, les diplomates et ceux dont la famille est canadienne pourront continuer d’entrer au pays, en plus des Américains.

M. Trudeau a également annoncé que les compagnies aériennes devront dorénavant interdire à toute personne présentant des symptômes grippaux de monter à bord des avions à destination du Canada.

Il a aussi confirmé qu’à compter de mercredi, seuls les aéroports internationaux de Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary pourront recevoir des vols internationaux.

Jusqu’à nouvel ordre, les vols intérieurs ainsi que ceux en provenance des États-Unis, du Mexique, des Caraïbes et des îles Saint-Pierre-et-Miquelon peuvent continuer leurs opérations.

Le premier ministre a toutefois précisé que ces nouvelles restrictions ne s'appliqueront pas aux échanges commerciaux, afin d'assurer l'approvisionnement de diverses marchandises au pays.

Justin Trudeau a aussi profité de l'occasion pour redemander à tous les Canadiens d'éviter tout voyage non essentiel à l'extérieur du pays, et à ceux qui sont déjà à l'étranger de revenir pendant qu'il est toujours possible de le faire.

Je veux être clair. Si vous êtes à l’étranger, il est temps de rentrer chez vous. Si vous venez de rentrer, vous devez vous isoler pendant 14 jours. Et finalement, tous les Canadiens devraient rester chez eux.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Plusieurs mesures supplémentaires à venir

Le premier ministre Trudeau a dit comprendre que les annonces de lundi vont inquiéter des Canadiens qui sont actuellement coincés à l'étranger.

Il a affirmé que son gouvernement travaille à un programme d'aide qui leur permettra d'obtenir du financement pour revenir au pays et couvrir leurs dépenses essentielles d'ici là.

En fin de soirée lundi, Affaires mondiales Canada annonçait qu'Ottawa offrira des prêts pouvant aller jusqu'à 5000 dollars aux Canadiens qui sont à l'étranger afin de revenir au pays et de couvrir temporairement leurs besoins vitaux en vue de leur retour, explique-t-on dans un communiqué.

Plusieurs Canadiens qui sont à l'étranger et qui veulent rentrer au bercail sont confrontés à une flambée des prix des vols. Cela a notamment été le cas de ce couple de la région de Québec, coincé en Espagne, qui s'est fait proposer ce week-end un retour au Canada moyennant 8000 euros (environ 12 500 dollars canadiens).

Justin Trudeau a également affirmé que son gouvernement viendra en aide aux familles les plus vulnérables dans les jours à venir, mais n'a pas donné plus de détails à ce sujet non plus.

Interrogé sur le plongeon de la Bourse de Toronto, le premier ministre a en outre laissé entendre que d'autres mesures de soutien aux entreprises seront annoncées en temps et lieu.

Il a toutefois indiqué que la priorité de son gouvernement à l'heure actuelle est de s'assurer que les Canadiens sont en sécurité, qu'ils peuvent faire l'épicerie et payer leur loyer.

Critiqué pour son manque de leadership depuis le début de cette crise de santé publique, M. Trudeau a refusé de reconnaître une quelconque erreur de gestion de la part de son gouvernement.

La situation évolue rapidement, a-t-il répondu lorsqu'il a été interrogé à ce sujet, mais le gouvernement s'ajuste et continuera de le faire à l'avenir.

Pourquoi pas les Américains?

Après son allocution, Justin Trudeau a été bombardé de questions sur le bien-fondé d'exclure les Américains des nouvelles mesures annoncées.

Contrairement à ce qui se passe au Canada, plusieurs cas de transmission communautaire de la COVID-19 ont été répertoriés aux États-Unis, notamment dans les États de Washington et de New York.

M. Trudeau a répondu que le niveau d'intégration économique entre les deux pays place les États-Unis dans une catégorie à part, ce qui nécessite un niveau de coordination particulier pour les prochaines étapes. Cela est en cours, a-t-il dit.

On ne ferme pas la porte à aucune mesure. Tout est sur la table pour protéger les Canadiens. On va y aller étape par étape.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

M. Trudeau a affirmé que toutes les décisions prises par son gouvernement se basent sur la science et sur les recommandations faites par les experts de l'Agence de la santé publique du Canada.

Jusqu'ici, le gouvernement fédéral s'était refusé, en disant se baser sur la science, d'adopter des mesures plus draconiennes pour les voyageurs arrivés au pays, comme le réclamaient notamment le Québec et l'Alberta.

S'il a changé d'idée au cours des dernières heures, c'est parce que le temps est venu de passer à cette étape, a-t-il plaidé.

Le premier ministre canadien maintient par ailleurs qu'il est encore temps de ralentir la propagation du virus, bien que la fenêtre pour y parvenir se referme.

Exempter les Américains, une « erreur »

Plusieurs partis d'opposition à Ottawa dénoncent l'exemption dont bénéficient les voyageurs américains.

La progression de la maladie aux États-Unis en fait le principal foyer de contagion possible au Canada, et c'est pourquoi il faut interdire toutes [les] entrées non essentielles à nos frontières, a ainsi déclaré le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, par communiqué, saluant tout de même un « réel progrès ».

Le Parti vert du Canada pense aussi que cette exemption est une « erreur ». Nous devons pouvoir nous concentrer sur les Canadiens qui rentrent chez eux et s'isolent sans nous inquiéter de savoir si les touristes américains le font aussi, a fait savoir Elizabeth May, chef parlementaire du parti.

Sur Twitter, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a pour sa part soutenu que la décision du fédéral ne tient pas compte de la science, contrairement à ce qu'affirme Justin Trudeau. Les États-Unis partagent notre seule frontière terrestre, 70 % des touristes au Canada sont américains et la situation de la santé publique aux États-Unis est pire que chez nous, a illustré M. Singh.

Les libéraux doivent expliquer pourquoi les Canadiennes et Canadiens sont mis en danger, a-t-il martelé.

De leur côté, les conservateurs, qui réclamaient depuis plusieurs jours la fermeture des frontières canadiennes, jugent que la mesure arrive trop tard. Si on avait exercé un meilleur contrôle, on n'aurait peut-être pas une contamination qui est déjà rendue au-dessus de trois cents cas, a soutenu le député Pierre Paul-Hus.

Intensification des mesures de détection

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) intensifie pour sa part ses mesures de détection des cas suspects de COVID-19 dans tous les aéroports internationaux du pays, où tous les voyageurs sont désormais incités par les douaniers à se mettre volontairement en isolement pour 14 jours.

Des questions ont aussi été ajoutées au formulaire électronique que les voyageurs doivent remplir aux bornes d’accueil avant d’être contrôlés par les douaniers.

Les voyageurs en provenance de l’étranger doivent notamment signaler dans ce formulaire tout symptôme et confirmer qu’ils sont au courant des mesures à prendre, notamment de se placer en isolement volontaire dès leur entrée au pays.

Des voyageurs qui arrivaient de l’étranger lundi matin à l’aéroport Montréal-Trudeau ont relaté que les douaniers questionnaient systématiquement les personnes qui entrent au pays sur leur état de santé et qu’ils leur recommandaient en effet de se placer en isolement.

On nous demande de nous isoler pendant 14 jours : "Vous sentez-vous bien aujourd’hui? Est-ce que vous toussez?", a confirmé une voyageuse qui venait de franchir les douanes de l’aéroport Montréal-Trudeau au retour d’un voyage aux États-Unis.

De la documentation contenant des instructions sur les mesures de prévention et ce qu’il faut faire en cas d’apparition de symptômes a également été remise à certains des passagers à qui nous avons parlé.

Plus d'agents, plus de questions, plus de détection

Mais les mesures que déploie l’ASFC dans les aéroports vont plus loin, précise Ashley Lemire, responsable du bureau des relations avec les médias de l’Agence, qui précise qu’elles seront complètement déployées d’ici les prochains jours.

Dans un courriel, Mme Lemire explique que, dans un premier temps, le nombre d’agents frontaliers a été augmenté dans les principaux points d’entrée du pays.

Les agents supplémentaires effectuent des contrôles de santé publique et sensibilisent le public en observant visuellement les voyageurs qui arrivent et en s'engageant auprès d'eux pour s'assurer qu'ils connaissent les directives fournies par l'Agence de la santé publique du Canada, explique la porte-parole de l’ASFC.

Des questions pour dépister la maladie sont aussi posées à tous les voyageurs qui tentent d’entrer au Canada afin de déterminer les voyageurs qui pourraient être porteurs de la maladie.

Les agents de l'ASFC ne se contentent pas d'interroger les voyageurs sur leur état de santé, ils sont là pour observer les signes visibles de maladie et orienteront tout voyageur qu'ils soupçonnent d'être malade, quelle que soit la façon dont le voyageur a répondu à la question de contrôle de santé.

Ashley Lemire, responsable des relations avec les médias à l’ASFC
Un douanier canadien regarde des voyageurs.

Un agent du service frontalier à l'aéroport Pearson

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Tous les voyageurs qui montrent des symptômes de type grippal seront immédiatement dirigés vers du personnel de l'ASFC pour une évaluation plus approfondie de leur état de santé et des risques de contagion qu’ils représentent.

Des affiches et de la signalisation pour sensibiliser ou informer les voyageurs sont également installées à tous les points d’entrée du pays. Il s’agit de s'assurer que tous les voyageurs comprennent l'importance de surveiller leur santé et de contacter les autorités sanitaires de leur province s'ils tombent malades, explique Ashley Lemire.

Pourtant, en dépit de ce discours rassurant de l'ASFC, plusieurs voyageurs dénonçaient ce week-end un manque d'information et de précautions à l'aéroport Pearson de Toronto. Des voyageurs signalaient notamment sur Twitter avoir été coincés pendant plus d’une heure dans des files d’attente en compagnie de centaines d’autres passagers sans présence de désinfectant, de masque ni de mesure de dépistage de la part des agents frontaliers qui n’étaient par ailleurs que six pour gérer le flot de voyageurs.

GIF montrant des conseils pour prévenir la propagation du coronavirus.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des conseils pour réduire les risques de propagation du COVID-19

Photo : Radio-Canada

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