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Un poste frontalier canadien

400 000 personnes et 140 000 véhicules passent quotidiennement la frontière canado-américaine. La fermer aurait de lourdes conséquences.

Photo : Radio-Canada / CBC news

Fermer la frontière : on en viendra peut-être là. Mais il faudra vraiment considérer toutes les autres options avant d’y arriver, parce que les conséquences pour nous risquent d’être pires que le remède.

Les experts de santé publique ne sont d’ailleurs pas unanimes pour dire que ce serait la meilleure solution. Leurs opinions sont même très partagées. Très tôt, les États-Unis ont interdit l’entrée aux voyageurs venus de Chine — alors que le Canada ne l’a pas fait — et cela n’a pas empêché le virus d’entrer aux États-Unis, et de façon bien plus massive qu’au Canada.

Fermer une frontière où il y a plus de 1200 points d’entrée — terrestres, maritimes ou aéroportuaires — ne se fait pas tout seul. Il faudra y mettre d’énormes ressources qui seraient sans doute mieux utilisées ailleurs. Il y a 400 000 personnes et 140 000 véhicules qui, quotidiennement, passent la frontière canado-américaine. La fermer aurait de lourdes conséquences.

Surtout, cela donne un faux sentiment de sécurité, qui est amplifié par les inexplicables absences dans la réponse du gouvernement fédéral dans cette crise.

Il ne faut pas exagérer, il n’y a quand même pas, en Europe, aux États-Unis ou ailleurs, des hordes d’étrangers porteurs du coronavirus, et qui ne rêvent que de venir infecter le Canada. De toute façon, la bataille contre la COVID-19 ne se gagnera pas aux frontières, elle se gagnera dans nos services de santé. Et c’est là qu’il faut mettre tous nos efforts.

Le temps où il aurait été utile de fermer les frontières est déjà passé : le virus est déjà ici. La contamination communautaire — des Canadiens qui transmettent le virus à d’autres Canadiens — est commencée et la grande majorité des experts de santé publique disent que c’est là qu’il faut maintenant se concentrer.

Un problème politique

Il y a, aussi, un énorme problème de nature politique. Et il s’appelle Donald Trump. On peut l’aimer ou pas, mais on sait maintenant comment il risque de réagir.

On ne peut tout simplement pas faire semblant qu’on ne doit pas se prémunir contre les répercussions de la réaction d’un président américain imprévisible à une décision du Canada, son voisin, allié, et son principal partenaire commercial, de fermer la frontière. Surtout en pleine campagne électorale.

Il est clair que, dans les circonstances, ce serait immédiatement vu à Washington comme un désaveu, une preuve que les États-Unis ont failli à la tâche de contrôler la COVID-19 sur leur territoire. Avec un président impulsif et orgueilleux, voilà qui est un danger réel et qu’il faut considérer.

M. Trump a passé les dernières semaines — et si on y regarde de plus près, les derniers mois — à minimiser les risques associés au coronavirus. Il a aboli, bien avant la crise, le bureau de Sécurité de la santé internationale créé par le président Obama. Il a constamment minimisé l’ampleur de la crise et a négligé les avis de ses experts.

Ça ne sert à rien de dire, comme le dit M. Trump, que c’est un virus étranger. Il fallait agir dans les institutions de santé pour les préparer à la crise, ce qui ne fut pas fait. Actuellement, tout indique que les institutions du gouvernement fédéral américain ont été en retard depuis le début de la crise, ce qui explique, entre autres, qu’il n’y a pas assez de tests disponibles aux États-Unis, ce qui est à la base du problème.

La fermeture des frontières aux citoyens européens, décrétée par le président Trump sans consultations avec les pays concernés, mercredi soir, s'apparente donc beaucoup plus à une tentative de nier sa propre responsabilité qu’à une mesure de santé publique.

Que se passerait-il si le Canada décidait de fermer sa frontière avec les États-Unis? On ne le sait pas, mais on doit considérer que l’actuel président verrait cette décision de son plus proche allié et voisin comme un véritable désaveu. Une preuve qu’il n’a pas su gérer la crise. Et qu’il voudra répliquer.

Économies intégrées… et inégales

Le Canada et les États-Unis ont les deux économies les plus intégrées au monde. La chaîne d’approvisionnement — ce qui inclut, bien entendu, les médicaments et les fournitures médicales — est fortement intégrée. Le danger, évidemment, est que la réplique américaine soit une mesure de rétorsion toute simple : fermer la frontière non seulement pour les personnes, mais aussi pour les biens qui passent la frontière.

Comme le Canada est le partenaire mineur dans cette relation, les effets y seraient bien plus importants que chez nos voisins du Sud. Des mises à pied et des fermetures d’entreprises vont suivre à brève échéance. Les pénuries seront inévitables. Et les barrières ne seront pas automatiquement levées dès la fin de l’urgence sanitaire.

Tout l’appareil de l’État au Canada — au fédéral comme dans les provinces — vient de passer le plus clair des trois dernières années à renégocier un nouvel ALENA, pour s’assurer que la frontière avec les États-Unis reste la plus fluide possible. On pourrait bien jeter tout cela par la fenêtre. Mais à quel prix?

Fermer les frontières? Ça se dit vite et bien. Mais n’est-ce pas un cas où le remède serait pire que le mal?

Consultez notre dossier sur la COVID-19 : Tout sur la pandémie

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