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Investiture démocrate : le coronavirus au centre du duel Biden-Sanders

Joe Biden et Bernie Sanders se donnant un coup de coude.

Joe Biden et Bernie Sanders ont remplacé la traditionnelle poignée de main d'avant débat par un coup de coude amical.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Un débat déplacé de Phoenix à un studio de télévision de Washington sans spectateurs, des lutrins placés à près de deux mètres l'un de l'autre, l'enjeu du coronavirus à l'avant-plan : la COVID-19 a marqué de son empreinte le 11e débat démocrate, qui opposait pour la toute première fois deux candidats, l'ancien vice-président Joe Biden et le sénateur indépendant Bernie Sanders.

Le débat a donné lieu à un engagement dimanche soir : si Joe Biden devient le candidat démocrate à la présidence, ce qui à l'heure actuelle laisse peu de doutes, il choisira une femme comme colistière.

Il y a aussi eu deux précédents : c'était la première fois en près de neuf mois de joutes oratoires que la course au nombre record de candidats se transformait en duel.

La première fois, aussi, que des candidats débattaient avec en toile de fond la COVID-19, qui s'est imposée comme priorité de la politique américaine.

D'entrée de jeu, les modérateurs de CNN et d'Univision, qui diffusaient ce qui pourrait s'avérer le dernier débat démocrate, ont précisé que les échanges se concentrer[aient] fortement sur la crise. Un choix qui n'avait rien de surprenant : les États-Unis dénombrent désormais 3200 cas connus et au moins 62 victimes. Le virus s'y propage de façon exponentielle – seule la Virginie-Occidentale est épargnée –, modifie les habitudes de vie des Américains et menace l'économie.

D'emblée, les deux septuagénaires avaient renoncé à la traditionnelle poignée de main d'avant débat au profit d'un coup de coude amical.

Pendant près de 40 minutes, Joe Biden et Bernie Sanders, le premier davantage au centre, le deuxième à gauche de l'échiquier politique, ont opposé poliment leur point de vue sur cet enjeu, presque sur le ton d'une discussion qui contrastait avec les débats précédents au cours desquels l'ensemble des candidats tentaient de se démarquer.

Les deux rivaux ont critiqué la gestion de la pandémie par le président Trump, appelant tous deux à une stratégie plus ambitieuse et cohérente pour lutter contre la propagation du virus et contrer les effets économiques.

Bernie Sanders a dès les premières minutes décoché la première flèche à l'endroit du locataire républicain de la Maison-Blanche qui a, à plusieurs reprises, véhiculé des faussetés et des inexactitudes sur le coronavirus, notamment lors de son discours à la nation et de la conférence de presse au cours de laquelle il a décrété l'état d'urgence, la semaine dernière.

La première chose à faire, que je sois président ou non, est de faire taire ce président maintenant, parce qu'il sape [les efforts] des médecins et des scientifiques qui tentent d'aider le peuple américain.

Bernie Sanders

Il est inacceptable qu'il blablate en donnant des informations non factuelles qui entretiennent la confusion auprès du grand public, a lancé M. Sanders.

Joe Biden, désormais favori, s'est en outre présenté comme celui qui était le mieux placé pour diriger le pays en temps de crise.

Ceci est comme une guerre et, dans une guerre, on fait tout ce qui est nécessaire pour prendre soin de son peuple.

Joe Biden

Avant tout, nous devons recommencer à écouter la science, a soutenu ce dernier, ajoutant que s'il était président il serait tous les jours dans la salle de crise de la Maison-Blanche, comme c'était le cas lors des crises gérées par l'administration Obama.

Promettant de s'attaquer aux compagnies pharmaceutiques ainsi qu'aux assureurs et dénonçant les inégalités économiques, Bernie Sanders a pour sa part argué que le système actuel contribuait à la crise.

Il est également temps de repenser l'Amérique et de créer un pays où nous nous soucions les uns des autres plutôt qu'avoir une nation de cupidité et de corruption, ce qui est le cas présentement avec l'élite corporatiste, a-t-il dénoncé.

Ce n'est pas un système bien préparé pour fournir des soins de santé à tout le monde, a martelé M. Sanders, plaidant en faveur d'un régime universel d'assurance maladie.

Il y a un système [public de santé] en Italie, le pays européen le plus touché par la pandémie, a riposté Joe Biden. Ça ne résoudrait pas du tout le problème.

Les gens cherchent des résultats, pas une révolution, a déclaré M. Biden. Ils veulent obtenir les résultats dont ils ont besoin dès maintenant.

Lors du dernier débat, il avait fallu attendre 1 h 30 pour que les modérateurs posent une question sur l'enjeu du coronavirus.

Le virus exerce également un effet sur la campagne démocrate. Deux États, soit la Louisiane et la Géorgie, ont ainsi reporté leurs primaires, et tant Bernie Sanders, qui mobilise de larges foules enthousiastes, que Joe Biden ont annulé des rassemblements partisans. Les membres des équipes de campagne des deux candidats travaillent en outre à partir de leur domicile.

Biden promet de choisir une femme comme colistière

Après en avoir évoqué la possibilité à quelques reprises pendant la campagne, Joe Biden s'est par ailleurs engagé à sélectionner une femme sur le ticket démocrate, soulignant que plusieurs étaient suffisamment qualifiées pour être présidentes demain.

Si je suis élu président, mon cabinet, mon administration ressembleront au pays. [...] Je choisirai une femme pour être ma vice-présidente.

Joe Biden

Joe Biden ou des membres de son équipe ont déjà mentionné les noms de trois de ses anciennes rivales à l'investiture démocrate, les sénatrices Kamala Harris, Amy Klobuchar et Elizabeth Warren, ainsi que la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer, Stacey Abrams, ancienne représentante de la législature de Géorgie et candidate démocrate au poste de gouverneur de cet État, de même que l'ancienne procureure générale adjointe Sally Yates, congédiée par Donald Trump, pour ne nommer que celles-là.

M. Sanders a de son côté indiqué qu'il penchait fortement dans cette direction, sans toutefois s'y engager. Selon toute vraisemblance, je le ferai, a-t-il répondu. Pour moi, l'important n'est pas uniquement de nommer une femme, c'est de m'assurer qu'il s'agisse d'une femme progressiste et il y a des femmes progressistes.

Joe Biden a en outre réitéré qu'il nommerait la première femme afro-américaine à la Cour suprême.

Des décennies sous la loupe

Joe Biden lève la main pour parler et Bernie Sanders étend les deux bras. Les deux hommes sont environ à deux mètres l'un de l'autre.

Les candidats étaient loin l'un de l'autre, de façon à diminuer les éventuels risques de contagion.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Après des échanges initiaux plus cordiaux, le ton a monté à quelques reprises, les deux candidats, qui cumulent à deux près de cinq décennies au Sénat, attaquant leur bilan respectif comme élus.

Bernie Sanders s'en est par exemple pris à d'anciennes positions de l'ancien sénateur du Delaware sur la guerre en Irak, l'avortement et la sécurité sociale, mais a de nouveau dû défendre ses votes passés sur le contrôle des armes ainsi que sur ses propos vantant la réussite de certains programmes sociaux cubains.

Cette dernière question était d'autant plus prévisible que la Floride, qui compte plusieurs Cubano-Américains, figure parmi les quatre États qui doivent tenir des primaires mardi.

Nous condamnons l'autoritarisme, que ce soit en Chine, en Russie, à Cuba ou ailleurs. Mais ne dire simplement que rien de ce qui a été fait par ces administrations n'a eu un impact positif sur leur population serait, je pense, incorrect, a réitéré celui qui se déclare socialiste démocrate, dénonçant du même souffle l'émergence dans le monde d'un mouvement vers l'autoritarisme.

Il faut être capable de reconnaître que Pékin a réduit la pauvreté, a-t-il nuancé.

L'idée de faire l'éloge d'un pays qui viole les droits de la personne dans le monde entier, en fait, amène nos alliés à se demander ce qui se passe, a rétorqué M. Biden. Que pensez-vous que les Sud-Coréens pensent quand ils le voient faire l'éloge de la Chine de cette façon?, a-t-il lancé, ajoutant que cela revenait à louanger Jack l'Éventreur.

Comme il l'a fait récemment, Joe Biden a vanté le plan d'Elizabeth Warren visant à modifier les dispositions d'une loi sur les faillites datant de 15 ans. À l’époque, lui sénateur, elle professeure, étaient dans des camps opposés.

M. Sanders a d'ailleurs rappelé, correctement, qu'il était alors du côté des compagnies de crédit, ce qu'a nié M. Biden.

Mme Warren ne s'est jusqu'ici ralliée à aucun candidat.

Une nouvelle dynamique

Le dernier débat, qui se tenait en Caroline du Sud le 25 février dernier, réunissait sur scène sept candidats.

Trois semaines plus tard, la dynamique de la course s'est complètement transformée, avec trois soirées électorales victorieuses consécutives pour Joe Biden et les retraits successifs de quatre candidats, dont trois se sont rangés derrière celui qui a désormais repris son statut de favori.

L'ancien vice-président sous Barack Obama a ainsi remporté la Caroline du Sud, le super mardi et le « mini super mardi » en plus de bénéficier du soutien des autres candidats plus centristes qui se sont désistés pour l'appuyer, l'ancien maire de South Bend, en Indiana, Pete Buttigieg, la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar et l'ancien maire de New York Michael Bloomberg.

C'était donc la première fois que des débatteurs redoutables, comme la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, qui avait par exemple envoyé Michael Bloomberg au tapis, n'étaient pas sur la scène.

Les premiers débats, en 2019, ont opposé 20 candidats, répartis sur deux soirs.

Mathématiquement, un retour de Bernie Sanders reste possible, mais improbable. Joe Biden recueille plus de 55 % des intentions de vote à l'échelle nationale, selon la moyenne des plus récents sondages, devant son adversaire, qui doit se contenter de 34 % des appuis.

Le site de journalisme de données FiveThirtyEight, qui établit des prévisions à partir de simulations découlant notamment de sondages, estime désormais que Joe Biden a plus de 99 % de chances de sortir victorieux du duel qui l’oppose à Bernie Sanders.

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