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L’indispensable au temps du coronavirus

Les Français ont reçu une leçon ce samedi soir. Leur premier ministre leur a rappelé quelles étaient les priorités, ce qui est indispensable à leur vie en ces temps troubles et ce qui ne l'est plus. Les habitudes devront changer.

Deux femmes de dos regardent à travers une fenêtre.

Les Français, comme les Belges, les Espagnols et les Italiens notamment, sont restreints à une définition bien stricte de l’essentiel en cette période de pandémie.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Le premier ministre Édouard Philippe l’a admis d’emblée samedi soir. Les Français aiment se rassembler, vivre ensemble. « Peut-être même un peu plus quand la peur commence à gagner les esprits. »

Mais l’heure est grave, les experts notent une accélération de la diffusion du virus et une augmentation très importante du nombre de patients nécessitant des soins intensifs comme la réanimation.

Devant une maladie contre laquelle nous n’avons aucun vaccin, il ne reste qu’un seul remède : la distanciation sociale. Un concept rebutant à l’esprit d’Édouard Philippe, qui ne trouve pas que c’est un joli terme.

Toutefois, l’heure n’est pas à la littérature, mais plutôt à la science et aux sacrifices de société.

Et c’est là que se trouve la leçon offerte aux Français.

Une femme et un enfant seuls devant un édifice parisien.

Les Colonnes de Buren au Palais Royal, un endroit d’ordinaire plein de promeneurs à la recherche d’un bon cliché.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Ce qui est vraiment indispensable

D’un coup de plume, le premier ministre a décrété la fermeture de tout ce qui est non indispensable à la vie du pays. Un partage assez net, propre à bouleverser les habitudes françaises.

Fini les terrasses après le travail. Le bon repas entre amis avec un calvados pour dessert. Oublions les librairies par jour pluvieux. Les galeries remplies de tableaux de maîtres et les rendez-vous galants au théâtre.

Désormais, les Français, comme les Belges, les Espagnols et les Italiens notamment, sont restreints à une définition bien stricte de l’essentiel.

Pour les prochaines semaines, ils pourront sortir de leur domicile pour des raisons de santé, pour acheter de la nourriture ou de l’essence et pour se rendre au travail, seulement si c’est indispensable.

Le caractère très contraignant de cet édit s’est propagé comme une traînée de poudre. Peu semblent s’en offenser, mais les questions étaient nombreuses.

  • Qu’arrive-t-il de mon mariage, prévu dans trois semaines (il serait sage de le reporter)?

  • Les bibliothèques municipales seront-elles ouvertes (probablement pas)?

  • Les boulangeries et les marchés publics seront-ils ouverts (probablement)?

  • Est-ce que les livraisons à domicile seront assurées (encore incertain)?

Ces restrictions ont emporté avec elles une série de petits regrets. Des j’aurais dû aller chez le coiffeur, le torréfacteur. J’aurais dû acheter ce bouquin, ces bouteilles de délicieux Bordeaux, prendre ce dernier verre avec les potes.

Trop tard. Le coronavirus est partout en France.

Une affiche annonce une fermeture jusqu'à nouvel ordre.

Le réseau des bibliothèques de Paris est fermé jusqu’à nouvel ordre.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’indispensable qui est contesté

Une des activités jugées indispensables par le gouvernement français est source de grande consternation : le maintien du premier tour des élections municipales ce dimanche.

Selon le premier ministre, les experts scientifiques consultés sont d’avis que ce scrutin peut avoir lieu sans danger, en respectant strictement les consignes de distanciation.

Les électeurs devront donc se tenir à un mètre les uns des autres, laisser les aînés passer devant, apporter leur stylo pour signer leur présence dans le registre.

Des mesures d’hygiène qui n’ont pas suffi à rassurer bon nombre d’électeurs. Bien des Français (et plusieurs élus, des médecins et des constitutionnalistes) auraient préféré le report de ces élections. Non aux sorties en terrasse, mais oui au vote, s’interrogent plusieurs.

Ces sceptiques montrent du doigt le Royaume-Uni et l’Espagne. Deux voisins qui ont choisi de repousser leurs élections régionales dans l’espoir d’aider à limiter la propagation du coronavirus.

Le président Emmanuel Macron en a décidé autrement. Officiellement, au nom de « l’unité du pays » et de sa vie démocratique. Officieusement, il aurait cédé sous les pressions des partis d’opposition de droite, à qui les sondages prédisent de bons résultats aux municipales.

Est-ce un scrutin indispensable? Un scrutin sans risque d’accélérer la propagation du virus? Il faudra voir combien de Français se sont tenus loin de l'isoloir par crainte du virus pour juger.

Un quotidien à se réinventer

Bien malin celui qui peut deviner combien de temps dureront les restrictions imposées au quotidien des Français. En attendant, ils s’organisent et s’inventent de nouveaux modes de vie.

On s’invite à des « coronaperos » virtuels, on crée des chartes gouvernant le comportement (Nouvelle fenêtre) entre adultes et enfants confinés, on offre de faire les courses pour les plus vulnérables, on partage des astuces de passe-temps pour les tout-petits.

Beaucoup de ces questions sont toujours sans réponse. La boulangerie du coin sera-t-elle ouverte lundi? Vais-je pouvoir travailler avec les petits dans les pattes? Que fera-t-on des vacances de Pâques?

Les prochaines semaines seront remplies d’inconnu et d’improvisation. D’entraide et de surprises, aussi, espérons-le. Et puis, les Français ont de nouveaux indispensables à s’inventer.

Qui sait, ils chanteront peut-être La Marseillaise de leur balcon comme les Italiens ont scandé Fratelli d’Italia il y a quelques jours?

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