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La Gussi Kanane, l’humoriste qui tourne en dérision la peur de l’autre

Des milliers d’élèves et d’étudiants de la région sont actuellement en relâche ou en congé forcé. Parmi ces jeunes s’exprime une relève artistique étonnante. Que jeunesse se passe? Non, qu’elle s’éclate!

Un homme souriant dans une ruelle avec des lumières suspendues.

L’humoriste La Gussi Kanane

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Stéphanie Rhéaume

À sept ans, le petit La Gussi Kanane a dû fuir le Congo en guerre avec sa famille. Il a rapporté dans sa besace une étonnante capacité à se moquer de nos travers sociaux, et ce, avec un sourire lumineux collé au visage.

Il faut une sacrée dose d’humour pour grandir dans une famille de 12 enfants, mais de là à monter sur scène pour raconter des blagues, il y a tout un pas à franchir.

C’est l’humour qui est venu à moi, raconte le jeune homme de 19 ans d’Ottawa.

Ancien joueur de football contraint à ranger ses crampons en raison de multiples commotions cérébrales, La Gussi avait de l’énergie à revendre sur les bancs d’école.

On me trouvait drôle. Quand il y avait des spectacles, on voulait toujours que j’anime et j’aimais vraiment ça. J’aimais embarquer sur scène et avoir toute l’attention, se souvient-il.

En 12e année, son enseignante de français à l’école secondaire catholique Franco-Cité, Mélanie Charette, le convainc de participer au Concours LOL - Mort de rire !.

Lors de ce rendez-vous comique pour les élèves de la 9e à la 12e année, La Gussi triomphe en remportant la finale provinciale tenue en mai 2019 au collège catholique Samuel-Genest, à Ottawa.

Le jeune homme a bûché fort pour y arriver, passant des heures avec Mélanie Charette pour écrire, relire et peaufiner son numéro.

Depuis, le Congolais d’origine a complètement mordu au monde de l’humour et aspire à faire rire en français, en anglais et, pourquoi pas, en swahili. Son ancienne enseignante demeure son alliée. Il la consulte toujours pour sa progression dans le domaine.

Se moquer du racisme

Mercredi 8 janvier 2020. La Gussi participe à la semaine des talents sur le plateau de l’émission La semaine des 4 Julie sur la chaîne V. L’animatrice Julie Snyder et ses invités, le comédien Gildor Roy et l’humoriste Rosalie Vaillancourt, tous en peignoir, se bidonnent en entendant le jeune homme renvoyer au public son miroir de la société.

Moi, j’aime le Canada. C’est plus fort que moi. Je me sens tellement en sécurité. Surtout dans le bus de ville. Tout le monde me surveille!

Une citation de :Extrait du numéro d’humour de La Gussi Kanane
Un homme assis sur un fauteuil de cuir en pleine discussion.

Pour faire naître des blagues, La Gussi Kanane s’inspire de son vécu au Canada.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Des vieilles dames serrant leur sac à main contre elles en apercevant un groupe de jeunes noirs monter dans les transports publics, c’est du déjà vu pour lui. Plutôt que d’en pleurer, La Gussi a choisi d’en rire.

Dans cet esprit, il grossit évidemment ces différents travers. Sa réflexion a été nourrie par de longues discussions sur ce sujet avec l’un de ses frères.

Tous les sujets, on peut en rire. Mais ça dépend avec qui on est. Et ça dépend de la façon dont on le fait.

Une citation de :La Gussi Kanane, humoriste

Pour moi, c’est rendu normal d’en parler. Il n’y a pas beaucoup de gêne, explique La Gussi. Ce dernier se dit par ailleurs très inspiré par l’humour intelligent et l’art de raconter de Boucar Diouf et Rachid Badouri.

Un sens de l’humour métissé entre l’Amérique et l’Afrique

Un homme devant l'entrée d'un cabaret d’humour.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Gussi Kanane devant le cabaret d’humour Yuk Yuk’s Comedy Club à Ottawa, une scène qu’il aimerait bien fouler.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Alors que les courants en humour tendent à se diversifier, entre le classique stand-up américain et l’absurde, comment se positionne cette étoile montante franco-ontarienne? Quelque part entre ses racines congolaises et l’humour que l’on retrouve sur les scènes québécoises.

La Gussi tente de rallier les forces de sa contrée natale et celles de son pays d’adoption quand vient le temps de scénariser un numéro.

Je pense que c'est vraiment rythmé différemment. L’humour québécois ou ontarien touche plus les choses profondes, des choses qui peuvent te faire pleurer, mais rendre ça drôle. Au Congo, c’est plus expressif, imagé, fait-il valoir.

La Gussi continue de rouler sa bosse avec sagesse. S’il rêve d’un passage à l’École nationale de l’humour, il compte d’abord terminer son baccalauréat en génie chimique à l’Université d’Ottawa.

Entre-temps, il espère bientôt lancer ses blagues dans les écoles aux quatre coins de l’Ontario. À suivre...

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