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Hubert Reeves, scientifique et militant écologiste

Hubert Reeves,  le 12 octobre 1982, lors de l’enregistrement de l’émission Rencontre à la télévision de Radio-Canada

Hubert Reeves, célébre astrophysicien canadien, est aussi un militant écologiste depuis des décennies.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le Canadien Hubert Reeves est considéré comme un des grands astrophysiciens de notre époque. C’est en étudiant le cosmos qu’il en est venu à défendre la cause environnementale comme le montrent certaines de ses apparitions à Radio-Canada.

Une amorce d’avertissements vieille déjà de quelques décennies…

Au début des années 1970, Hubert Reeves a fait ses preuves comme astrophysicien.

Depuis 1965, il est directeur de recherche au prestigieux Centre national de la recherche scientifique de France.

Un article, dont il est l'un des coauteurs, sur les réactions thermonucléaires dans les noyaux stellaires devient une référence dans le monde scientifique.

L’exploration du cosmos amène bientôt Hubert Reeves à examiner d’un œil critique ce que l’humanité fait subir à la Terre.

Ce regard le transforme au fil des années en militant et lanceur d’alerte environnemental.

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5D, 5 septembre 1972

Le 5 septembre 1972, Hubert Reeves répond à une question dans le cadre de l’émission 5D.

On entend dans ses propos une amorce de critique de ce que l’humain fait subir à l’environnement.

Hubert Reeves affirme être d’accord avec ceux qui protestent sur l’utilisation de la science – notamment celle qui développe l’atome – qui rend la planète de plus en plus invivable.

Appuyant les analyses gauchistes et anarchistes, l’astrophysicien affirme « qu’au train où l’on va, la Terre ne sera bientôt plus habitable ».

… et qui se précise avec le temps

Descartes ne savait pas que si nous détruisions la nature, c’est nous-mêmes que nous détruisons.

Hubert Reeves, 1982
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Rencontres, 10 octobre 1982

Une décennie plus tard, le 10 octobre 1982, c’est à Marcel Brisebois, l’animateur de l’émission Rencontres, qu’Hubert Reeves fait part de sa pensée sur le besoin de respecter et de protéger l’environnement.

L’astrophysicien constate que plusieurs peuples et civilisations – les Premières Nations des Amériques par exemple ou encore les habitants de l’Inde – ont déployé des pratiques harmonieuses avec leur environnement.

Or, ce n’est pas le cas de la société occidentale.

Hubert Reeves affirme que cette dernière a plutôt adopté la position du philosophe René Descartes qui soutenait que l’humain doit et peut dominer la nature.

Or, ajoute le scientifique, Descartes ne s’était pas rendu compte d’un fait fondamental.

En détruisant la nature, c’est aussi l’espèce humaine que l’humanité détruit.

Hubert Reeves avoue sympathiser avec ceux et celles qui ont une démarche qui exige de la prudence avant d’entamer des projets qui peuvent avoir pour conséquence une destruction de l’environnement.

Un rejet du nucléaire

Je crois que l’énergie nucléaire est une erreur et il faut s’en tirer le plus vite possible. C’est de la saloperie, si vous voulez mon opinion.

Hubert Reeves, 1990
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Le Point, 26 décembre 1990

En 1990, Hubert Reeves reçoit dans sa résidence de Bourgogne l’animatrice de l’émission Le Point. Cette rencontre avec Madeleine Poulin se conclut par une entrevue qui sera diffusée le 26 décembre 1990.

En cette fin d’année, Madeleine Poulin constate qu’Hubert Reeves respire un peu mieux.

Depuis la fin 1989, les États-Unis et l’Union soviétique travaillent activement à éradiquer la menace nucléaire qui planait sur la planète depuis les débuts de la guerre froide à la fin des années 1940.

Pour reprendre les mots de l’astrophysicien, « la logistique de la terreur partagée est derrière nous ».

S’il ne voit que la possibilité de dégâts limités dans la prolifération nucléaire par les petites puissances, il est cependant opposé à l’utilisation du nucléaire comme source d’énergie.

Pourtant, au départ, Hubert Reeves était plutôt favorable à l’utilisation civile de l’énergie nucléaire.

Puis, il s’est ravisé.

Les éléments que nécessite la production de l’énergie nucléaire, l’uranium ou le lithium par exemple, sont limités. Ils seront épuisés dans un ou deux siècles, selon les estimations de l’époque.

Si l'on calcule les besoins énergétiques à long terme et de manière durable, c’est le développement de l’énergie solaire qui est le seul choix envisageable.

Cette dernière est facilement renouvelable et son coût ne cesse de baisser.

Puis l’énergie nucléaire, même civile, est, pour utiliser les termes d’Hubert Reeves, une « saloperie ».

Il n’a qu’à évoquer la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl de 1986.

Si Hubert Reeves est heureux de la décision américaine et soviétique de mettre fin à la militarisation de l’atome, il est loin cependant d’être certain que la situation est définitivement réglée.

L’humanité ne peut oublier la façon d’utiliser l’atome à des fins militaires.

La nature du nucléaire, pacifique ou militarisée, dépend en fin de compte du bon vouloir des politiciens.

… qui en 1995 vise l’État français

En 1992, le président français François Mitterrand décide d’imposer un moratoire interdisant les essais nucléaires de son pays.

Le 13 juin 1995, le successeur du président Mitterrand, Jacques Chirac, annule ce moratoire et ordonne d'entreprendre une campagne d'essais nucléaires dans l’océan Pacifique.

La France réalisera jusqu’en janvier 1996 six essais nucléaires.

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Le Point, 6 septembre 1995

C’est cette décision de l’Élysée qui amène Hubert Reeves à dénoncer l’État français dans une entrevue qu’il accorde à l’animateur de l’émission Le Point, Achille Michaud, le 6 septembre 1995.

La critique que fait le scientifique n’est pas d’ordre environnemental.

Il déplore surtout que la décision du président Jacques Chirac aille à contre-courant de l’histoire.

Au cours des dernières années, un climat de confiance s’était installé au sein de la communauté internationale qui alimentait une dynamique de démilitarisation et de non-prolifération nucléaire.

Or, la décision française mine cette dynamique.

La méfiance réapparaît au sein des nations et avec elle la tentation de relancer la prolifération des armes nucléaires.

Déjà, des pays, comme l’Inde, qui a réalisé une explosion nucléaire en 1974 mais qui a par la suite renoncé aux essais nucléaires, expriment leur réprobation face à la politique de Paris.

La décision française pouvait inciter des pays comme l’Inde à relancer leurs propres programmes militaires nucléaires, se désole Hubert Reeves.

De toute manière, soutient l'astrophysicien, les bombes nucléaires sont des armes anachroniques.

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