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COVID-19 : les risques de transmission par courrier sont faibles

Postes Canada prévient toutefois que l’épidémie pourrait ralentir la réception et la livraison du courrier et des colis.

Une boîte aux lettres de Postes Canada du centre-ville de Montréal.

Les craintes liées à la propagation du coronavirus par le courrier sont infondées, selon tous les intervenants à qui nous avons parlé.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Robert Boulanger a commandé une lampe de poche à rayons ultraviolets sur Amazon le 28 janvier dernier. Mais elle ne lui sera pas livrée avant la fin mars, voire le début avril.

J’ai commandé par Amazon.ca en étant convaincu que le matériel viendrait du Canada, mais j’ai reçu plus tard un avis d’Amazon.com comme quoi le colis en question viendrait de Chine, raconte ce résident de Saint-Albert, dans le Centre-du-Québec.

Or, en Chine, le ralentissement des usines à cause de l'épidémie de coronavirus retarde la livraison de certains colis.

M. Boulanger prendra toutes les précautions nécessaires lorsque le sien finira par arriver. Je prévois de récupérer le colis dans mon casier groupe avec un sac de plastique et le placer en quarantaine chez moi après avoir désinfecté la case postale, dit-il.

Il demeure toutefois préoccupé pour les travailleurs qui doivent continuer à manipuler le courrier et les colis en provenance de l’étranger.

Il y a des gens au niveau du transport, que ce soit du transport aérien, du transport par bateau ou ceux qui font les transits dans les centres postaux à travers le Canada, eh bien eux, ils sont exposés à ces virus-là!

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L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) est pourtant formelle : Rien ne permet d'affirmer que des coronavirus pourraient entrer au Canada simplement en étant présents sur des colis ou des paquets en provenance des régions touchées en Chine, peut-on lire sur son site web.

Même son de cloche chez Postes Canada, qui rappelle que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a elle aussi affirmé que les risques sont très faibles quant aux articles de courrier d’arrivée, y compris le courrier en provenance de Chine, en raison de la faible capacité de survie de la COVID-19 sur les surfaces.

La société d’État prévient toutefois que l’épidémie pourrait ralentir, voire suspendre l’acheminement du courrier et des colis vers certains pays. Sur son site web (Nouvelle fenêtre), elle fait notamment mention de l’Italie, de la Mongolie et de la Chine, Hong Kong et Macao.

La réception du courrier et de colis provenant de l’étranger – comme celui attendu par Robert Boulanger – pourrait aussi être retardée, reconnaît Postes Canada.

Compte tenu des restrictions actuelles en matière de voyages internationaux et de la fluidité de cette situation, d’autres administrations postales pourraient connaître des retards dans l’expédition du courrier et des colis au Canada.

Postes Canada

Ce constat est en phase avec celui de l'Union postale universelle (UPU), une institution spécialisée de l’ONU, qui a reconnu vendredi que la pandémie de COVID-19 représente un immense défi pour les opérateurs postaux et [ses] partenaires dans les secteurs des compagnies aériennes, du transport et de la logistique mondiale.

L’UPU suit la situation de près, soutient-elle, et nous continuons à travailler avec nos membres pour assurer la sûreté des envois postaux distribués et pour faire en sorte que les retards causés par les annulations de vols soient temporaires et de courte durée.

Consultez notre dossier sur la COVID-19 : Tout sur la pandémie

Explication scientifique

Interrogé sur le sujet, le docteur Raymond Tellier, médecin microbiologiste au CUSM et professeur agrégé à la Faculté de médecine de l’Université McGill, est tout aussi catégorique que l’ASPC : les contaminations par la poste, selon lui, ne sont pas quelque chose dont on devrait se préoccuper beaucoup, nous a-t-il confirmé, cette semaine, juste avant son passage à l’émission 24/60.

D’abord, les virus ne sont pas des bactéries, rappelle-t-il. Ils ne se multiplieront pas s’ils ne sont pas dans des cellules vivantes, alors il n’y a pas à s'inquiéter d'une multiplication des virus sur des surfaces inertes.

Les virus du coronavirus vont rester infectieux pendant un certain temps, admet le Dr Tellier. Mais l’infectivité diminuera graduellement, poursuit-il, en fonction de plusieurs paramètres, comme la quantité de virus qu’on a au départ et de quelle sorte de surface il s’agit.

Pour le virus du SRAS, ça avait bien été étudié à l’époque, se rappelle le médecin spécialiste. Sur des surfaces lisses comme l’acier ou le plastique, on peut s’attendre à avoir une survie pendant deux, trois, quatre jours avant que l’infectivité disparaisse, alors que sur des surfaces absorbantes comme le carton, le carton des emballages, le papier, des enveloppes, des choses comme ça, l’infectivité va disparaître beaucoup plus rapidement.

La COVID-19 est en outre très facile à décontaminer, fait valoir le Dr Tellier. C’est un virus enveloppé dont l'effectivité va être détruite par les savons, par les détergents, par les alcools – y compris les solutions pour décontaminer les mains, qui sont à base d’alcool –, par l’eau de javel à la bonne dilution, etc.

Les travailleurs des postes aux aguets

C’est d’ailleurs parce que le coronavirus est aussi facile à décontaminer que la Chine a entrepris, dès le mois de janvier, de désinfecter le courrier sortant du pays avec un produit dilué à base de javellisant appelé 84 Disinfectant.

Or, ce produit s’assèche lors du transport, faisant en sorte que lors de l’ouverture des sacs contenant les paquets chinois, une odeur s’apparentant au chlore dilué peut en ressortir, prévient le syndicat des employés de Postes Canada, qui a partagé sur son site web une fiche technique relative aux propriétés de ce produit afin de rassurer ses membres.

Dire qu’il n’y a pas de crainte, ce serait faux, admet au bout du fil Marc Roussel, responsable de la Santé et sécurité à la permanence nationale du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes. Mais les précautions d’usage (se laver les mains, éviter les contacts avec le visage, etc.) ont été communiquées aux syndiqués.

Oui, des employés de Postes Canada à Peterborough, en Ontario, ont refusé de rentrer au travail le 6 mars dernier, mais c’était parce qu’un de leurs collègues, récemment revenu de l’étranger, avait des symptômes s’apparentant à la grippe, explique M. Roussel. Des tests ont finalement révélé que la personne en question n’avait pas contracté la COVID-19.

Cela dit, les syndiqués qui s’inquiètent d’avoir à manipuler des colis ou du courrier en provenance de Chine peuvent notamment se procurer des gants de nitrile fournis par l’employeur. Au besoin, ils peuvent aussi porter un masque de type N-95 jetable, précise le syndicat sur son site web.

Pas d’inquiétude aux douanes

De son côté, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) affirme qu’à l'heure actuelle, aucune mesure supplémentaire n'est en place dans les trois centres de traitement du courrier international, soit Toronto, Montréal et Vancouver.

L'ASFC continue de traiter le courrier tel qu'il est présenté par Postes Canada, dit-elle, en précisant que les agents des services frontaliers qui travaillent dans les centres postaux [continuent de se protéger] contre tout inconnu, selon des procédures normales d’exploitation.

L’Agence affirme toutefois travailler de près avec l’ASPC pour prévenir l'introduction et la propagation de maladies transmissibles au pays à tous les points d’entrée internationaux du Canada.

Washington ne semble pas craindre non plus une propagation du virus par la poste. Sur son site web, le Service postal des États-Unis mentionne qu'il ne ressent pas d'impacts opérationnels en raison de l'épidémie de COVID-19, et qu'aucun cas associé à des marchandises importées n'a été signalé jusqu'à maintenant.

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