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analyse

La COVID-19, une crise de la mondialisation

Deux personnes observent la ville de Seattle.

Deux personnes observent la tour Space needle, un des emblèmes visuels de la ville de Seattle, une ville aux prises avec un des plus importants nombres de cas de coronavirus aux États-Unis.

Photo : Reuters / JASON REDMOND

En annonçant, le 11 mars au soir, l’interdiction de tous les vols de passagers en provenance des pays de l’Union européenne, le président Donald Trump a frappé l’imagination et souligné la gravité de la crise causée par la COVID-19. Ce faisant, il semblait enfin prendre la mesure de l’ampleur de cette pandémie, après l’avoir systématiquement minimisée au cours des semaines précédentes.

Mais par cette mesure, il a aussi envoyé un message qui – sur le ton comme sur le fond – est conforme à son idéologie nationaliste. On se souvient de ses premières annonces, au tout début de sa présidence, sur le « mur » à la frontière mexicaine et les interdictions de séjour visant les ressortissants de pays musulmans.

Le ton était donné. Ce ton, on le retrouve tel quel aujourd’hui. Un « virus étranger » nous menace, a dit Trump. Le péril vient d’ailleurs; contre le monde et ses dangers, érigeons des barrières : telle était la teneur de sa déclaration.

Consultez notre dossier sur la COVID-19 : Tout sur la pandémie

Charles Michel réfléchit.

Le président du Conseil européen, Charles Michel.

Photo : Reuters

Une Europe choquée

Les dirigeants européens n’ont pas apprécié. Ils ont été choqués autant par la mesure elle-même – dont on craint à juste titre les effets économiques – que par la manière utilisée pour l’annoncer : sans aucun préavis aux premiers concernés.

Jeudi matin, le président du Conseil européen Charles Michel a déclaré que « le coronavirus est une crise globale, qui ne se limite pas à un seul continent, et qui exige la coopération et non pas des mesures unilatérales ».

Pire encore : dans la bouche du chef de la Maison-Blanche, la déclaration de mercredi soir avait d’abord semblé annoncer une suspension globale de tous les échanges, de tous les mouvements (de personnes comme de marchandises) avec l’Europe.

Plus tard, comme ils le font souvent, des assistants du président ont rectifié et précisé ses propos : il ne s’agissait « que » d’une interdiction des passagers, et non des marchandises ou des échanges commerciaux.

À peine rassurés, les Européens sont restés furieux que l’annonce ait été faite sans consultation préalable. Barack Obama n’était pas toujours gentil avec l’Europe, mais une façon aussi cavalière aurait été impensable sous son administration. On mesure une nouvelle fois la distance que Donald Trump a réussi à mettre entre les États-Unis et l’Union européenne.

Une rue quasi déserte à Turin, en Italie.

La ville de Turin, en Italie, est pratiquement à l'arrêt, après l'imposition d'une quarantaine nationale.

Photo : Reuters / Massimo Pinca

Encore plus durs que Trump...

Pour autant, et sur le fond, une telle annonce n’apparaît pas aussi draconienne que ce qu’ont pu faire, ces derniers jours ou ces dernières semaines, les Italiens et les Chinois avec la mise en place de barrières et des mesures de confinement plus strictes encore.

L’Italie est la plus frappée sur le Vieux Continent. En tout cas, elle a été la première touchée, peut-être à cause des liens privilégiés qu’elle a développés avec la Chine depuis quelques années. Délaissée par ses voisins, elle a aussi décidé volontairement de s’isoler, de suspendre pratiquement toutes ses activités non essentielles.

On a mis en quarantaine des régions entières du nord, la Lombardie et la Vénétie, locomotives économiques du pays. Pour aboutir, en cette fatidique semaine du 9 mars, à des restrictions sans précédent à la liberté de circulation des individus.

En France, le président Emmanuel Macron s’est adressé le 9 mars aux dirigeants de l’UE: « Pour faire face au COVID-19, l’union fait la force. J’appelle nos partenaires européens à une action urgente pour coordonner les mesures sanitaires, les efforts de recherche et notre réponse économique. [...] Nous n’abandonnerons pas l’Italie à son sort, cette crise nous concerne tous », a-t-il ajouté.

Pour autant, la France suit sa propre politique. Le 12 mars dans une allocution solennelle à la nation aux accents patriotiques, il a ajouté que « la France unie est notre meilleur atout », annonçant que « notre pays » travaillait à trouver « l’antidote » à ce virus.

Le « grand frère » chinois au secours

L’Europe elle-même n’est pas un exemple d’efficacité ou de coopération dans cette affaire. Malgré les proclamations, la politique des États face à la crise sanitaire n’est pas unifiée. Celle de la France diffère de celle de l’Italie.

Le 10 mars, les 60 millions d’Italiens ont été sommés par leur gouvernement de rester chez eux jusqu’au 3 avril, à ne sortir qu’avec des permissions spéciales. Une mesure de confinement unique dans l’histoire du monde démocratique en temps de paix.

Autre exemple d’une Europe « non solidaire », agissant en ordre dispersé. L’Allemagne a refusé de fournir du matériel médical aux pays voisins, Berlin interdisant l’exportation de matériel médical : masques, tests de coronavirus (encore trop peu disponibles au demeurant).

Ce manque de fraternité entre pays d’Europe a fourni à la Chine l’occasion d’un bon « coup » de propagande. Ce pays, on le sait, a commencé sa propre sortie de crise, après des mesures de confinement efficaces, mais appliquées – à Wuhan et ailleurs – avec la brutalité d’une dictature.

Eh bien, la bonne Chine est aujourd’hui capable d’annoncer l’expédition de deux millions de masques vers l’Italie, de milliers de combinaisons de protection, de centaines d’appareils respiratoires, etc.

Une belle image : alors que les autres Européens regardent ailleurs (et tout d’abord, chez eux), c’est le « grand frère » chinois qui vole au secours des pauvres Italiens en détresse. Un bon coup pour Pékin qui a bien besoin, depuis quelque temps, de réparer son image internationale! L’épisode, en revanche, souligne l’absence cruelle de la supposée « solidarité européenne ».

Donc, malgré les appels à la coordination, c’est le « chacun-pour-soi » qui domine.

Gros plan sur un homme à lunettes qui parle.

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d'un point de presse sur le coronavirus à Genève.

Photo : afp via getty images / FABRICE COFFRINI

L’OMS ne coordonne pas les opérations

Quant à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle fait avec diligence le suivi et les statistiques de la crise,déclare « l’état d’urgence international », distribue bons et mauvais points, applaudit les Chinois, multiplie les exhortations… Mais – détail capital – elle ne coordonne pas les opérations, comme pourtant l’organisation avait prévu le faire, après la crise mal gérée du SRAS en 2003.

Une fois de plus, les intentions multilatéralistes se heurtent à la réalité du terrain, aux situations diverses et aux susceptibilités nationales.

On voit dans cette crise à la fois une absence de réflexes européens des dirigeants nationaux (on ferme les frontières, comme en Italie) mais également une absence de réaction de l’Union européenne comme entité dirigeante. Une Union qu’on a pu dénoncer comme envahissante ou tatillonne dans certains domaines… mais certainement pas dans celui de la santé ou des urgences sanitaires.

Donald Trump donne une allocution dans le Bureau ovale.

Le président américain Donald Trump s'adresse à la nation, le 11 mars 2020, au sujet de la pandémie de coronavirus.

Photo : Getty Images

Entre le local et le mondial

Peut-on blâmer une collectivité ou un pays de se mobiliser pour aider et protéger en priorité ses propres concitoyens?

Certaines épidémies sont essentiellement nationales ou régionales. Le point de vue local est important à prendre en considération. Une ville, une région ont des autorités médicales, avec des prérogatives et des responsabilités propres. La conjonction des menaces peut obliger à des protections spécifiques, répondant aux réalités de chaque pays. Les frontières peuvent aussi, parfois, fournir de véritables protections.

La crise du coronavirus montre une tendance qui ne s’applique pas seulement au domaine des crises sanitaires : le repli sur soi, parfois nécessaire ou efficace (la Chine, et peut-être l’Italie devant la COVID-19), peut aussi empêcher de mettre en avant des solutions qui dépassent l’échelon local ou régional, et supposent une coopération, voire une coordination mondiale. Mais il semble qu’on n’en soit pas encore là aujourd’hui.

On l’a vu : une crise sanitaire spécifiquement chinoise, liée à des pratiques culturelles chinoises (les marchés aux animaux vivants, des habitudes alimentaires très singulières, un certain rapport à l’autorité), un mal singulier – le « virus de Wuhan », comme on l’a appelé – tout cela est vite devenu une crise sanitaire mondiale. Mais aussi une crise du commerce mondial, de la finance mondiale, de l’économie mondiale.

Et maintenant, au fur et à mesure de sa progression, on découvre une véritable crise géopolitique, une crise de la mondialisation. Car la mondialisation a certainement un rapport avec la fulgurance de cette pandémie. Et la réponse à cette crise, telle qu’on l’a traitée à Pékin ou à Rome, est d’abord – surprise! – une réponse nationale.

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