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Coronavirus : le Canada peut-il fonctionner en mode télétravail?

Des milliers de fonctionnaires pourraient devoir travailler de la maison en raison du virus

Montage photo d'une main sur une souris d'ordinateur. En filigrane, des virus.

Des milliers de fonctionnaires pourraient devoir travailler de la maison à cause du virus.

Photo : Radio-Canada

La pandémie de la COVID-19 force de plus en plus d’employeurs à imposer le télétravail pour freiner la propagation du virus. Au fédéral, le gouvernement assure avoir un plan en place, mais jusqu’ici, la pratique demeure marginale et la politique en vigueur a plus de 20 ans.

Le coronavirus constituera un test pour l’appareil étatique en matière de télétravail. C’est ce que croit l’Alliance de la fonction publique du Canada, qui constate déjà de l’inquiétude chez ses membres.

J’ose espérer que le gouvernement du Canada est outillé pour être capable d’offrir à des milliers de travailleurs de travailler à partir de leur domicile, indique sa vice-présidente, Magali Picard.

Des systèmes informatiques surchargés?

La représentante syndicale se demande notamment si les systèmes informatiques du gouvernement pourront tenir le coup.

On n’a pas d’historique, on n’a pas d’analyses. On ne sait pas si l’État est capable d'accommoder autant de travailleurs.

Magali Picard, vice-présidente nationale, Alliance de la fonction publique du Canada

Le vice-président de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada est plus tranché. Stéphane Aubry, qui est informaticien de formation, rappelle les problèmes vécus lors des inondations printanières, lorsque les édifices fédéraux ont dû fermer leurs portes, forçant des milliers de fonctionnaires à travailler de la maison.

La réalité, c’est ce que les systèmes ne sont probablement pas prêts à une telle charge, croit M. Aubry. Ça va occasionner des pertes de productivité, des gens qui doivent attendre pour se connecter, qui doivent travailler sans avoir accès à leurs documents.

Un écran d’ordinateur avec le logo du gouvernement du Canada.

Stéphane Aubry, vp de l'IPFPC, croit que les systèmes informatiques du gouvernement ne sont pas prêts pour le télétravail à grande échelle.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

Des préoccupations subsistent également par rapport à la confidentialité des données et à la sécurité des télétravailleurs qui deviendront responsables de leur espace de travail.C’est des choses qui se mettent en place tranquillement, mais c’est encore embryonnaire, estime Stéphane Aubry.

Il y a aussi le fait que le télétravail demeure marginal au sein de la fonction publique. Selon les dernières données recueillies par le Secrétariat du Conseil du Trésor, seuls 8 % des fonctionnaires fédéraux disent avoir accès au télétravail. Plus de la moitié des fonctionnaires ont répondu à ce sondage.

Une politique vieille de 20 ans… Qui sera bientôt changée

Au-delà du coronavirus, Ottawa cherche à revoir ses directives pour faciliter le télétravail.

Radio-Canada a obtenu copie de la nouvelle politique de télétravail du Secrétariat du Conseil du Trésor, qui entrera en vigueur le 1er avril. Cette nouvelle directive — qui remplacera celle de 1999 — clarifie les responsabilités des gestionnaires, en plus d’intégrer des éléments de cybersécurité et d’arrimer le télétravail à la Stratégie pour un gouvernement vert.

Pour l’AFPC, c’est un pas dans la bonne direction qui ne va toutefois pas assez loin. On ne donne aucun rapport de force au travailleur, déplore Magali Picard. La politique est appliquée selon le bon vouloir du gestionnaire.

L’AFPC et l’IPFPC demandent maintenant que le télétravail soit intégré dans les conventions collectives des fonctionnaires. Les deux syndicats disent espérer que le coronavirus force le gouvernement à accélérer le dossier.

L’expérience des prochaines semaines va nous montrer si c’est un scénario adéquat, conclut Stéphane Aubry.

Un « outil puissant » en cas de crise, plaide le maire de Gatineau

Le maire de Gatineau urge également le fédéral à accélérer le pas en matière de télétravail.

Si le télétravail est plus développé, que ce soit les inondations ou le coronavirus, toutes les crises auxquelles on peut faire face, ça nous donne un outil de plus pour libérer notre réseau routier, fait valoir Maxime Pedneaud-Jobin.

Portrait du maire de Gatineau

Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

En février, le conseil municipal de Gatineau a adopté une motion demandant à Ottawa de prendre des mesures immédiates pour favoriser le télétravail. Le maire Pedneaud-Jobin croit que cela permettrait aussi de réduire la congestion routière et les émissions de gaz à effet de serre.

Il faut accélérer ça. Il faut que ça aille vite et les prochaines années sont cruciales.

Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

On a besoin de se préparer pour des urgences, renchérit Ugo Lachapelle. Pour le professeur en études urbaines de l’UQAM, le télétravail au fédéral est un changement de culture qui s’impose.

Les endroits où on voit le plus du télétravail, c’est souvent dans le privé où les tâches peuvent être effectuées de façon séquentielle et où il y a déjà une culture d’évaluation de la productivité, explique le chercheur. Lorsque cette culture n’est pas établie, c’est moins aisé pour les employeurs de le faire.

Pourtant, de plus en plus de travailleurs demandent des horaires flexibles — dans le secteur privé comme dans la fonction publique.

On voit que dans le nouveau monde de l’emploi, on met beaucoup d’accent sur le recrutement et la rétention des travailleurs. On veut leur fournir des conditions de vie agréables, pour concilier le travail et la famille, observe le professeur Lachapelle.

Que la transition vers le télétravail soit forcée par le coronavirus ou par les réalités du marché du travail, cette nouvelle façon de travailler risque bien de devenir une réalité pour des milliers de fonctionnaires aux quatre coins du pays.

Le gouvernement surveille la situation de près

Dans une déclaration écrite, le président du Conseil du Trésor du Canada, Jean-Yves Duclos, a affirmé que le gouvernement fera preuve d'un maximum de flexibilité.

Radio-Canada a par ailleurs obtenu une note envoyée aux sous-ministres, signée par la dirigeante principale des ressources humaines du SCT, Nancy Chahwan.

Afin d'éviter de surcharger le système de santé, la dirigeante précise qu’aucun certificat médical ne devrait être exigé pour les employés qui choisissent de s’auto-isoler, s’ils croient être infectés par le coronavirus ou s’ils ont été en contact étroit avec une personne ayant reçu un diagnostic de COVID-19. 

Les fonctionnaires sont également invités à s'évaluer pour déceler les symptômes de maladie respiratoire.

L’autoévaluation consiste à surveiller votre état de santé pour déceler l’apparition de fièvre, de toux et de difficultés à respirer, et à éviter les endroits où vous ne pouvez pas vous isoler facilement si vous tombez malade.

Nancy Chahwan, dirigeante principale des ressources humaines, SCT

Selon nos informations, les fonctionnaires qui choisiront de s’isoler demeureront rémunérés.

Si pour le moment aucun cas n’a été signalé, Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), qui gère les édifices fédéraux au pays, demande à ses gestionnaires de signaler tout cas soupçonné ou confirmé de la COVID-19 en suivant les protocoles de déclaration des incidents critiques, précise dans un courriel la porte-parole de ministère, Michèle LaRose.

Elle ajoute que SPAC ou son fournisseur de services mobilisera les entreprises de nettoyage pour la mise en œuvre des procédures de désinfection requises.

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Ottawa-Gatineau

Relations de travail