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Coronavirus : le milieu artistique québécois en mode « urgence »

Maestro Kent Nagano, le chef d'orchestre de l'Orchestre symphonique de Montréal.

Les spectacles de l'Orchestre symphonique de Montréal sont annulés jusqu'au 5 avril.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Justine de l'Église

Devant la rapide progression mondiale de la pandémie de COVID-19, le gouvernement de François Legault a demandé jeudi à ce que soient annulés tous les événements réunissant plus de 250 personnes, ainsi que tout rassemblement qui n’est pas nécessaire, et ce pour une période de 30 jours. Une mesure qui devrait frapper de plein fouet la scène artistique, qui entre désormais en mode « urgence ».

Déjà, le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, a choisi d’annuler dès ce soir les représentations des 3 soeurs qui devaient avoir lieu jusqu’au 28 mars. L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a annoncé l’annulation des 11 concerts prévus d’ici le 5 avril. Des spectacles de François Bellefeuille, de Louis-José Houde et de Martin Petit seront reportés ou annulés. De nombreux festivals – REGARD, Festival du film de l’Outaouais, Festival international du film sur l’art – ont annoncé leur annulation. Et la liste continue de s’allonger.

Contrecoups financiers importants

Devant de telles mesures, la situation financière du milieu artistique pourrait s’avérer précaire.

C’est sûr que ça va avoir un impact. Je ne vous cacherai pas que nos membres sont nerveux et inquiets pour la suite des choses, indique Julie-Anne Richard, directrice générale de l'Association professionnelle des diffuseurs de spectacles, RIDEAU, qui réunit 350 salles de spectacle et festivals. RIDEAU regroupe une centaine de salles dont la capacité dépasse les 250 places. Le mot d’ordre qui leur a été envoyé : suspendre leurs activités jusqu’à nouvel ordre.

Impossible pour l’instant de chiffrer les pertes qui pourraient être enregistrées. Combien tout ça va représenter? C’est sûr qu’aujourd’hui, deux heures après l’annonce, je ne suis pas en mesure de vous le dire, ajoute Julie-Anne Richard.

Ça va fragiliser le milieu, poursuit-elle. Ce sont des pertes de capacités, comme on dit en bon français, de cash flow. Les gens qui paient leurs billets, ce sont des liquidités qui arrivent, qui servent éventuellement à [prévoir] des spectacles pour la prochaine saison...

Le coup pourrait être dur à encaisser pour les festivals, souligne Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), qui compte 27 membres, dont Osheaga, le Festival international de Jazz de Montréal, les Francos et le Festival Juste pour rire.

Il explique que les pertes financières sont encore plus importantes lorsque l’annulation est annoncée à quelques jours de la tenue des événements, car la majorité des dépenses pour le personnel, l’installation des scènes et tous les aspects techniques du festival ont alors été engagées.

Les membres du Regroupement ne sont toutefois pas encore touchés par la mesure du gouvernement Legault – celle-ci ne s’applique qu'aux événements des 30 prochains jours, et les festivals du REMI ne débutent qu'à la mi-mai. L'organisme reste toutefois à l'affût, car la mesure pourrait toujours être prolongée. Et après vérification faite auprès des membres, Martin Roy confirme que leurs assurances ne couvrent pas les pertes financières en cas de pandémie.

Je ne veux pas parler d’inquiétude à ce stade-ci, mais je suis préoccupé. On passe notre temps à surveiller cette situation, indique-t-il. Moi, j’ai espoir. Il faudra voir comment on sera accompagnés à travers tout ça.

Revendications au gouvernement

C’est sûr que si tous les spectacles sont annulés, si effectivement les sources de revenus sont nulles, on va avoir un gros problème, indique pour sa part le secrétaire-trésorier de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ), Éric Lefebvre, qui est également avocat. Comme dans le domaine de tourisme, il va falloir des compensations [de la part du gouvernement]. On va faire des revendications si effectivement du jour au lendemain tous nos membres perdent leur rémunération, a-t-il assuré.

C’est d’ailleurs ce qu’a fait RIDEAU ce midi, après l’annonce du premier ministre québécois. Le regroupement a immédiatement contacté le ministère de la Culture et des Communications pour entamer des discussions sur de possibles mesures de mitigation, sur l'aide d’urgence qui pourrait être fournie au milieu des arts.

Nous, ce qu’on a demandé à notre secteur, c’est de documenter les impacts financiers, les impacts des mesures qu’ils vont prendre, pour être capable de colliger tout ça et de faire des demandes, explique Julie-Anne Richard.

Le fardeau financier des artistes

Dans une situation comme celle-ci, le mieux est de reporter la date d'un spectacle plutôt que de l’annuler – et ainsi minimiser les pertes d’argent. Mais ce sera vraisemblablement impossible de le faire pour chacun des spectacles concernés.

Un moment donné, on va manquer de dates pour poursuivre la saison, et éventuellement donner celles de l’année prochaine, rappelle la directrice générale de RIDEAU. Il va y avoir des choses qui ne fonctionneront pas nécessairement, ne serait-ce qu’en termes de calendrier de tournée pour les compagnies et les artistes.

Et si les spectacles sont annulés, les artistes ne reçoivent pas forcément de cachet. Dans plusieurs conventions collectives, comme celles de l’Union des artistes, APASQ, ADISQ, il est prévu qu'en cas de « force majeure », le contrat peut être résilié sans frais, explique l’avocate spécialisée en droit du divertissement Me Véronyque Roy.

La plupart des artistes ne seront pas dédommagés s'il y a annulation à la suite d’une directive gouvernementale, par exemple, indique-t-elle.

Mais tout va dépendre du contrat signé par l’artiste. L’avocat et secrétaire-trésorier à la GMMQ, Éric Lefebvre, précise que des garanties de service pourraient protéger des artistes, « c’est-à-dire quand le producteur s’engage à rémunérer les musiciens durant un nombre minimum de semaines de travail, dans le cas des répétitions et des concerts ».

C’est le cas par exemple des musiciens et musiciennes de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), pour qui la rémunération est garantie durant un minimum de 46 semaines. L’OSM a d’ailleurs confirmé qu’ils et elles obtiendraient bel et bien leur rémunération.

Mais ce n’est pas tout le monde qui bénéficie de cette protection. Si c’est un engagement à la pige, d’un producteur membre de l’ADISQ, il y a des chances qu’il y ait un impact plus prononcé chez les musiciens, nuance Éric Lefebvre.

Du côté de l'Union des artistes (UDA), on recommande aux membres de communiquer avec les producteurs pour savoir si un spectacle est annulé, et de suivre les consignes des producteurs si c'est le cas. Cependant, sachez que vous avez des droits et que l’UDA veillera à ce qu’ils soient respectés. Si vous considérez qu’ils ne le sont pas, n’hésitez pas à appeler à l’UDA et à parler à l’équipe du Service des relations du travail qui pourra vous donner tous les renseignements nécessaires, a-t-on fait savoir par communiqué.

Et les billets?

Pour ce qui a trait aux frais liés au remboursement des billets, à la location du matériel, à la rémunération du personnel technicien, il n'y a pas de situation unique. Pour les membres de RIDEAU, par exemple, comme les diffuseurs sont également propriétaires des salles exploitées, ce sont les établissements qui vont assumer le remboursement éventuel des billets.

Mais dans le cas des spectacles diffusés par de gros joueurs comme Evenko, la situation est moins claire. Le tout dépendrait du contrat entre le diffuseur et l’établissement. Evenko n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue sur le sujet. L’entreprise a cependant indiqué par communiqué qu’elle « comprend et respecte la décision du gouvernement qui prend ainsi les moyens afin de contrôler le risque de propagation du virus ».

Dans l'ensemble de la province, il y a 13 cas confirmés de coronavirus – deux personnes ont été hospitalisées. Près de 140 personnes sont en surveillance ou en quarantaine.

Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet

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